Partage d'évangile quotidien
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Accusations à mots couverts

Lun. 31 Mai 2010

Marc 12, 1-12 traduction : Comparer plusieurs traductions sur le site 4evangiles.fr Lire le texte grec et sa traduction (anglaise) mot-à-mot sur le site interlinearbible.org

Jésus se mit à leur parler en paraboles : « Un homme planta une vigne, il l'entoura d'une clôture, y creusa un pressoir et y bâtit une tour de garde. Puis il la donna en fermage à des vignerons, et partit en voyage. 

« Le moment venu, il envoya son serviteur auprès des vignerons pour se faire remettre par ceux-ci ce qui lui revenait du produit de la vigne. Mais les vignerons se saisirent du serviteur, le frappèrent, et le renvoyèrent sans rien lui donner. 

« De nouveau, il leur envoya un autre serviteur ; et celui-là, ils l'assommèrent et l'insultèrent. Il en envoya encore un autre, et celui-là, ils le tuèrent ; puis beaucoup d'autres serviteurs : ils frappèrent les uns et tuèrent les autres. 

« Il lui restait encore quelqu'un : son fils bien-aimé. Il l'envoya vers eux en dernier. Il se disait : 'lls respecteront mon fils.' Mais ces vignerons-là se dirent entre eux : 'Voici l'héritier : allons-y ! tuons-le, et l'héritage va être à nous !' Ils se saisirent de lui, le tuèrent, et le jetèrent hors de la vigne. 

« Que fera le maître de la vigne ? Il viendra, fera périr les vignerons, et donnera la vigne à d'autres. N'avez-vous pas lu ce passage de l'Écriture ?La pierre qu'ont rejetée les bâtisseursest devenue la pierre angulaire. C'est là l'oeuvre du Seigneur, une merveille sous nos yeux ! » 

Les chefs des Juifs cherchaient à arrêter Jésus, mais ils eurent peur de la foule. (Ils avaient bien compris que c'était pour eux qu'il avait dit cette parabole.) Ils le laissèrent donc et s'en allèrent. 

 

 

Les espions reviennent de Canaan, par He-Qi

 

 

Ses adversaires ayant abandonné le terrain sur la question de l'autorité dont se réclame Jésus (hier), ce dernier en profite pour pousser un peu plus loin son avantage. La parabole d'aujourd'hui est limpide : le maître de la vigne c'est Dieu, la vigne c'est la terre d'Israël, les vignerons ce sont les juifs, les serviteurs ce sont les prophètes, et le fils c'est Jésus lui-même. Jésus accuse les juifs de n'en avoir fait qu'à leur tête depuis qu'ils ont reçu la terre promise, et prédit qu'ils vont le tuer. Une parabole trop limpide ?

On doit en tout cas exclure ce qui vient à partir de ce moment de ce que Jésus a pu prononcer. Le maître qui fait périr les vignerons et donne la vigne à d'autres est une idée spécifiquement chrétienne et tardive. Tout du long de sa vie, Jésus s'est considéré comme juif et comme venant inaugurer pour le peuple juif, et pour lui en premier, le royaume. Et les premiers chrétiens ne se considéraient pas non plus comme opposés aux juifs, mais comme une branche, parmi tant d'autres, du judaïsme.

Il est étonnant comme, si on lui enlève cette finale, l'ensemble du pasage prend une tonalité toute différente. Tel qu'il est actuellement, le récit est d'une rare violence ; il reflète l'état d'esprit des chrétiens après la chute du Temple et leur exclusion de la synagogue, mais il pose aussi problème sur les intentions de Jésus à ce moment. Si Jésus avait vraiment prononcé cette parabole telle qu'elle est ici, on serait obligé de considérer son initiative comme un acte suicidaire à peine voilé.

Si par contre on lui enlève, donc, cette finale, la parabole se lit alors comme un simple avertissement, un discours à portée pédagogique, une tentative de convertir encore ceux qui peuvent l'être. Le passage sur le meurte du fils ne se lit plus comme une accusation mais comme une interrogation et une invitation à réfléchir : est-ce que vous êtes vraiment décidés à aller jusque là ?