Partage d'évangile quotidien
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Pas de ça chez nous

Mer. 30 Juin 2010

Matthieu 8, 28-34 traduction : Comparer plusieurs traductions sur le site 4evangiles.fr Lire le texte grec et sa traduction (anglaise) mot-à-mot sur le site interlinearbible.org

Comme Jésus arrivait sur l'autre rive du lac, dans le pays des Gadaréniens, deux possédés sortirent du cimetière à sa rencontre ; ils étaient si méchants que personne ne pouvait passer par ce chemin. Et voilà qu'ils se mirent à crier : « Que nous veux-tu, Fils de Dieu ? Es-tu venu pour nous faire souffrir avant le moment fixé ? » 

Or, il y avait au loin un grand troupeau de porcs qui cherchait sa nourriture. Les démons suppliaient Jésus : « Si tu nous expulses, envoie-nous dans le troupeau de porcs. » 

Il leur répondit : « Allez-y. » Ils sortirent et ils s'en allèrent dans les porcs ; et voilà que, du haut de la falaise, tout le troupeau se précipita dans la mer, et les porcs moururent dans les flots. Les gardiens prirent la fuite et s'en allèrent en ville annoncer tout cela, avec l'affaire des possédés. Et voilà que toute la ville sortit à la rencontre de Jésus ; et lorsqu'ils le virent, les gens le supplièrent de partir de leur région . 

 

 

Silence ! Calme-toi !, par He-Qi

 

 

Ah, Matthieu n'est pas mon préféré, à priori. Je trouve son cadre juif strict plutôt rébarbatif. Mais je commençais justement ces jours-ci à lui trouver un peu d'intérêt ...

C'est vrai que sur ce passage Matthieu semble avoir eu du mal à recopier ce que Marc avait écrit, ou peut-être que la tradition qu'il a reçue avait été fortement altérée. Là où Marc et Luc rapportent de nombreux détails sur ce possédé et son histoire, Matthieu se contente d'un récit très schématique. Je pense que c'est surtout parce que, pour lui, ce passage n'a pas le même sens, ne s'inscrit pas dans la même visée rhétorique que pour les deux autres.

Pour Marc et Luc, cette guérison d'un possédé se situe dans une progression de démonstration des 'pouvoirs' de Jésus : ils commencent par la tempête (plus fort que la nature), poursuivent par le possédé (plus fort que les démons), et enchaînent sur la fille de Jaïre (plus fort que la mort). Aussi est-il important pour eux de bien expliquer la gravité du cas, pour rehausser le prestige du thaumaturge.

Matthieu a bien aussi l'enchaînement tempête-possédé, mais pas de Jaïre à la suite. Pour lui, à mon sens, la tempête vient plus comme une illustration des avertissements de Jésus qu'il a rapportés juste avant, sur le fait que le suivre signifie être prêt à tout. Et l'épisode du possédé sert plus de contrepoint à ce qui précédait encore les avertissements, le centurion de Capharnaüm. Certes ce 'goïm' a fait preuve d'une foi peu commune, mais il ne faudrait pas pour autant généraliser, et s'imaginer que, faute d'être reconnus par les autres juifs, on pourra au moins se consoler avec les étrangers qui accueilleront le nouvel enseignement à bras ouverts.

Ceux d'aujourd'hui, visiblement, ne sont pas enchantés de cette guérison de deux des leurs. Eux aussi trouvent que le prix à payer est trop lourd.