Partage d'évangile quotidien
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Bonne conscience

Lun. 31 Décembre 2013

Jean 1, 1-18 traduction : Comparer plusieurs traductions sur le site 4evangiles.fr Lire le texte grec et sa traduction (anglaise) mot-à-mot sur le site interlinearbible.org

Au commencement était le Verbe, la Parole de Dieu,et le Verbe était auprès de Dieu,et le Verbe était Dieu. 

Il était au commencement auprès de Dieu. Par lui, tout s'est fait,et rien de ce qui s'est fait ne s'est fait sans lui. En lui était la vie,et la vie était la lumière des hommes ; la lumière brille dans les ténèbres,et les ténèbres ne l'ont pas arrêtée. 

Il y eut un homme envoyé par Dieu.Son nom était Jean. Il était venu comme témoin,pour rendre témoignage à la Lumière,afin que tous croient par lui. Cet homme n'était pas la Lumière,mais il était là pour lui rendre témoignage. Le Verbe était la vraie Lumière, qui éclaire tout hommeen venant dans le monde. 

Il était dans le monde,lui par qui le monde s'était fait,mais le monde ne l'a pas reconnu. Il est venu chez les siens,et les siens ne l'ont pas reçu. Mais tous ceux qui l'ont reçu, ceux qui croient en son nom,il leur a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu. Ils ne sont pas nés de la chair et du sang,ni d'une volonté charnelle, ni d'une volonté d'homme :ils sont nés de Dieu. 

Et le Verbe s'est fait chair,il a habité parmi nous,et nous avons vu sa gloire,la gloire qu'il tient de son Pèrecomme Fils unique,plein de grâce et de vérité. Jean Baptiste lui rend témoignage en proclamant : « Voici celui dont j'ai dit : Lui qui vient derrière moi, il a pris place devant moi, car avant moi il était. » Tous nous avons eu part à sa plénitude, nous avons reçu grâce après grâce : après la Loi communiquée par Moïse, la grâce et la vérité sont venues par Jésus Christ. Dieu, personne ne l'a jamais vu ; le Fils unique, qui est dans le sein du Père, c'est lui qui a conduit à le connaître. 

 

 

Le Seigneur ressuscité, par He-Qi

 

 

voir aussi : Nés de Dieu, Lumières, Verbe haut

Nous avons ici deux discours qui se tissent entre eux. Le premier discours est une théogonie, un exposé sur la nature de Dieu et principalement sur un de ses aspects nommé le 'verbe', la 'parole', le λόγος (logos). Le second discours concerne deux personnes, humaines, physiques, qui ont vécu il y a deux mille ans : Jean, dit le baptiste, et Jésus, considéré par certains comme étant le messie attendu par les juifs. Le point de contact entre ces deux discours est ce Jésus en tant qu'incarnation de ce logos.

Le mot grec λόγος, logos, a le sens premier de ... 'mot'. Un logos, c'est un mot. Au commencement était le mot ? Il faut ici aller plus loin dans le sens des choses. Les 'mots' signifient la connaissance et la conscience. Lorsque nous découvrons une chose nouvelle, c'est en lui donnant un nom, en lui attribuant un mot, que nous scellons le fait que nous connaissons cette chose. Et si nous sommes capables d'attribuer des mots aux choses, puis de construire un discours sur elles, c'est parce que nous sommes conscients. Car nous ne sommes pas seulement capables de connaître des choses, mais aussi et encore de connaître que nous connaissons, de savoir que nous savons. Nous savons qu'il y a des choses et qu'il y a nous qui savons. Savoir que l'on sait, c'est ce qu'on appelle la conscience. On pourrait donc traduire : "Au commencement était la conscience, et la conscience était à Dieu, et..."

Mais ici nous devons faire une pause, parce que la phrase "le Verbe (ou la conscience ou la Parole ou quoi que ce soit d'autre) était Dieu" que l'on trouve dans quatre vingt dix neuf pour cent des traductions est un contre-sens. La phrase greque est "θεὸς ἦν ὁ λόγος", soit en mot-à-mot "Dieu était le logos". Nous sommes en grec, et le sujet n'est pas forcément avant le verbe. En fait les deux, Dieu ou le logos, peuvent être le sujet. Supposer que le sujet serait le logos, c'est supposer que l'auteur a voulu faire une emphase, mettre en valeur, souligner, ce que serait censé être le logos, à savoir Dieu. Cette traduction est donc effectivement possible, mais c'est un choix, qui a été dicté par la théologie largement postérieure de la trinité. La traduction la plus naturelle est que "Dieu était le logos".

Certains ont peut-être l'impression que l'on coupe ici des cheveux en quatre. C'est pourtant une nuance importante. Dire que Dieu est le logos, c'est dire qu'il n'y a rien dans le logos qui ne soit pas de Dieu, que le logos est divin en toute chose, mais ça ne veut pas dire que Dieu se limite au logos, Dieu reste au-delà, potentiellement plus vaste, que le logos. Alors que dire que le logos serait Dieu, ce serait établir une identification entre les deux, ce serait dire que non seulement Dieu est tout dans le logos mais encore que tout Dieu est dans le logos. C'est effectivement là la doctrine de la Trinité, mais ce n'est sûrement pas ce qu'ont voulu dire les gnostiques (adeptes de la 'gnose', de la 'connaissance') qui ont rédigé l'évangile de Jean.

Au commencement, donc, était la conscience, et la conscience était à Dieu, et Dieu était la conscience. La conscience est donc un des attributs premiers de Dieu, et, nous dit le texte, tout ce qui a été créé l'a été par elle et en elle. Tout est conscience. L'univers est conscience, les astres, les planètes, sont conscience, les minéraux, les végétaux, les animaux sont conscience, nous sommes conscience. Certes une pierre, un arbre, un lion et un homme ne sont pas conscience de la même manière, au même degré. Mais c'est le fondement, la base ; nous venons de la conscience, et, pourrait-on dire pour paraphraser le texte de la Genèse auquel l'évangéliste a pensé en écrivant ce prologue que nous étudions, nous sommes destinés à devenir conscience (au lieu de "tu es poussière et tu retourneras à la poussière").

Et c'est ici que le discours théologique rejoint l'Histoire. Un homme est devenu pleinement conscience, ce qui peut aussi se dire que la conscience s'est faite homme, s'est faite chair. Par le fait même, cet homme est absolument unique, absolument distinct de tout autre homme ; contrairement à nous qui nous comportons essentiellement par imitation, par mimétisme, voire par effet de troupeau, Jésus est parvenu au cours de sa vie à se comporter exclusivement en référence à sa conscience propre, à la conscience. Et c'est ce à quoi il nous invite, mais c'est aux antipodes de toute imitation, c'est devenir nous aussi pleinement conscience, ce qui ne peut être fait que par chacun, de manière absolument unique.

Le mot grec μονογενὴς qui est correctement traduit par 'fils unique' est évidemment très marqué là aussi par la théologie postérieure qui a fait de Jésus 'le' fils unique de Dieu. Mais, en tout cas dans ce prologue de l'évangile de Jean, on ne peut pas lui associer ce sens, car il n'y a pas cet article défini 'le' qui le permettrait. Le texte ne dit donc pas que "le Fils unique, qui est dans le sein du Père...", mais bien que "un fils unique..." En ce sens, nous sommes bien appelés à devenir enfants de Dieu exactement de la même façon, de la même manière, avec la même nature et les mêmes moyens, que Jésus.