Partage d'évangile quotidien
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L'heure du doute

Mar. 30 Avril 2013

Jean 14, 27-31 traduction : Comparer plusieurs traductions sur le site 4evangiles.fr Lire le texte grec et sa traduction (anglaise) mot-à-mot sur le site interlinearbible.org

« C'est la paix que je vous laisse, c'est ma paix que je vous donne ; ce n'est pas à la manière du monde que je vous la donne. Ne soyez donc pas bouleversés et effrayés. 

« Vous avez entendu ce que je vous ai dit : Je m'en vais, et je reviens vers vous. Si vous m'aimiez, vous seriez dans la joie puisque je pars vers le Père, car le Père est plus grand que moi. Je vous ai dit toutes ces choses maintenant, avant qu'elles n'arrivent ; ainsi, lorsqu'elles arriveront, vous croirez. 

« Désormais, je ne parlerai plus beaucoup avec vous, car le prince du monde va venir. Certes, il n'y a rien en moi qui puisse lui donner prise, mais il faut que le monde sache que j'aime mon Père, et que je fais tout ce que mon Père m'a commandé.Levez-vous, partons d'ici. » 

 

 

Il n'est plus là, par He-Qi

 

 

voir aussi : C'est parti, Même pas peur, Paix sans faille

Ainsi, il n'y a rien qui oblige Jésus à passer par cette issue qui se profile devant lui, mais il le fait pour que "le monde sache qu'il aime le Père". Présenté ainsi, nous avons l'impression d'un Père sadique, qui a commandé ce qu'il avait finalement empêché Abraham de faire : sacrifier son fils. Il y a des gens qui se disent chrétiens et qui souscrivent à ce genre d'opinion sans sourciller : Jésus s'est offert à notre place, il nous a rachetés en apaisant par son sacrifice la juste colère de Dieu contre les hommes. On ne peut être que navrés de cette perversion de l'image du Père telle que Jésus voulait nous la transmettre. Une telle théologie prend ses racines ici, particulièrement dans l'évangile de Jean, mais aussi dans les écrits de Paul, même si ce n'était pas nécessairement et précisément ce qu'ils voulaient dire.

En fait, rien n'oblige à tirer de telles interprétations d'un passage comme celui-ci. Certains veulent le lire ainsi, mais il ne nous est pas dit ici positivement qu'il y ait un lien entre la "venue du prince de ce monde" et l'obéissance de Jésus à son Père parce qu'il l'aime. Supposer un tel lien signifie inéluctablement qu'il y aurait une certaine connivence entre Dieu et ce prince, alors que, d'une part, la seule connivence dont bénéficie dans les faits le triste sire est celle des hommes, de ceux qui vont condamner et exécuter Jésus, de ceux qui vont laisser faire aussi, et que, d'autre part, si Dieu n'intervient pas, ce n'est certes parce qu'il approuverait de quelque manière que ce soit, mais au contraire parce qu'il est celui que Jésus veut nous montrer, celui qui refuse de s'imposer, celui qui laisse l'homme entièrement libre de ses actes.

Voici un bon exemple du grand écart entre deux façons de comprendre un même passage. La même chose s'est passée d'une manière générale avec la compréhension de Jésus, de la personne qu'il a été, de ce qu'il a voulu dire, de ce qu'il a fait. C'est à chacun de choisir, en son âme et conscience, la voie qui lui semble la plus juste, la plus vraie. Si on hésite, si on a des doutes, peut-être des scrupules par rapport à des enseignements que l'on a reçus, à des mises en garde solennelles qui ont pu nous être adressées, on sera alors bien inspiré de faire usage du critère qui nous est donné au début du texe de ce jour : la paix. Jésus souhaitait que ses disciples trouvent la paix, la même que celle qui l'habitait à cette heure précise où pourtant sa vie allait se finir comme on sait, une paix basée sur une confiance intime, sur une relation personnelle et profonde. À l'heure du doute, donc, entre deux représentations de Dieu qui se présentent à nous, suivons celle qui nous mènera à cette paix.