Partage d'évangile quotidien
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Fin de la récréation

Ven. 31 Mai 2013

Marc 11, 11-25 traduction : Comparer plusieurs traductions sur le site 4evangiles.fr Lire le texte grec et sa traduction (anglaise) mot-à-mot sur le site interlinearbible.org

Jésus entra à Jérusalem, dans le Temple. Il inspecta du regard toutes choses et, comme c'était déjà le soir, il sortit avec les Douze pour aller à Béthanie. 

Le lendemain, quand ils quittèrent Béthanie, il eut faim. Voyant de loin un figuier qui avait des feuilles, il alla voir s'il y trouverait quelque chose ; mais, en s'approchant, il ne trouva que des feuilles, car ce n'était pas la saison des figues. Alors il dit au figuier : « Que jamais plus personne ne mange de tes fruits ! » Et ses disciples écoutaient. 

Ils arrivent à Jérusalem. Alors Jésus entra dans le Temple et se mit à expulser ceux qui vendaient et ceux qui achetaient dans le Temple. Il renversa les comptoirs des changeurs et les sièges des marchands de colombes, et il ne laissait personne traverser le Temple en portant quoi que ce soit. Il enseignait, et il déclarait aux gens : « L'Écriture ne dit-elle pas : Ma maison s'appellera maison de prière pour toutes les nations ? Or vous, vous en avez fait une caverne de bandits. » Les chefs des prêtres et les scribes apprirent la chose, et ils cherchaient comment le faire mourir. En effet, ils avaient peur de lui, car toute la foule était frappée par son enseignement. 

Et quand le soir tombait, Jésus et ses disciples s'en allaient hors de la ville. 

Le lendemain matin, en passant, ils virent le figuier qui était desséché jusqu'aux racines. Pierre, se rappelant ce qui s'était passé, dit à Jésus : « Rabbi, regarde : le figuier que tu as maudit est desséché. » Alors Jésus leur déclare : « Ayez foi en Dieu. Amen, je vous le dis : tout homme qui dira à cette montagne : 'Enlève-toi de là, et va te jeter dans la mer', s'il ne doute pas dans son coeur, mais croit que ce qu'il dit va arriver, cela lui sera accordé ! C'est pourquoi, je vous le dis : tout ce que vous demandez dans la prière, croyez que vous l'avez déjà reçu, cela vous sera accordé. Et quand vous êtes là, en train de prier, si vous avez quelque chose contre quelqu'un, pardonnez-lui, pour que votre Père qui est aux cieux vous pardonne aussi vos fautes. » 

 

 

Le paradis perdu, par He-Qi

 

 

voir aussi : Quelle autorité !, 1-0 pour Jésus, Leçons de prière

Jérusalem ! enfin ! Ils ont marché toute la journée, et peut-être ont-ils déposé quelques affaires à Béthanie au passage, mais malgré la fatigue ils ont tenu à aller faire un tour sur place, tout de suite. "Il examine tout" : il prend note des lieux, des gens, ce qui sous-entend qu'il n'est pas un habitué de Jérusalem, contrairement à ce qu'on pourrait penser en lisant l'évangile de Jean, ou alors qu'il y a eu des changements depuis la dernière fois qu'il y est venu. Peut-être cette histoire de marché installé dans l'enceinte du Temple, une invention récente de la famille de Hanne, prétexte à une taxe de plus qui rentre dans son escarcelle ? Mais il ne réagit pas sur le champ, il se donne le temps de la réflexion, et puis c'est le soir, il n'y a plus grand monde... ils retournent à Béthanie, vraisemblablement dans la propriété de Lazare, Marthe et Marie, qui leur offrent l'hospitalité.

À partir de là, si on met de côté les deux événements du figuier et de l'explusion des marchands du Temple, on lit en filigrane ce qui va être le rituel des jours suivants : départ de Béthanie le matin, journée passée à Jérusalem, plutôt dans le Temple et ses différentes parties, puis retour le soir à Béthanie pour y passer la nuit. Nous ne savons pas combien de temps a duré ce programme. D'un côté, on imagine mal que ce soit dès cette première semaine qu'il se soit fait arrêter. Mais d'un autre côté, Jésus n'est sûrement pas venu trop tôt avant la Pâques, il voulait qu'il y ait du monde pour recevoir son message et être témoin de son arrestation. Peut-être donc deux semaines en tout seulement, en comptant celle de sa mort. Mais des semaines qui ont sûrement été chargées en tensions, à faire attention à ne pas trop s'écarter de la foule, à moucher les provocateurs envoyés par le camp sadducéen, à ne pas se laisser manipuler par ceux du camp zélote.

Deux événements, donc, nous sont rapportés pour marquer cette journée type inaugurale. Dit ainsi, il est évident que ces événements sont hautement symboliques, et donc pas forcément à prendre au pied de la lettre. Voyons d'abord les marchands, qui sont quand même la grande affaire du jour. C'est bien sûr une déclaration de guerre à Hanne et sa clique, plutôt bien fondée et argumentée, mais ce qui nous frappe, c'est que c'est nouveau que ce soit Jésus qui attaque. Ce n'est pas qu'on ait une image de lui comme d'un timoré, encore moins d'un lâche, mais jusqu'à présent ce n'avait jamais été lui qui ouvrait l'offensive ! On l'a déjà vu incisif, voire mordant, mais en réponse à une offensive d'adversaires venus lui chercher noise sans qu'il n'ait rien demandé. Ou on l'a vu aussi avancer des propositions audacieuses qui pouvaient choquer, et même faire grincer des dents, mais le cadre de la discussion rabbinique permet à chacun d'exprimer ce qu'il pense pourvu qu'il ne prétende pas par là l'imposer à l'autre. Ici, c'est différent, c'est clairement une attaque, et c'est lui qui en est à l'origine.

Et puis nous avons ce figuier, comme deux tranches de pain prenant en sandwich l'expulsion des marchands. Ici, tout nous dit que c'est une anecdote entièrement symbolique : cette disposition d'abord, et puis cette malédiction (les signes accomplis par Jésus sont toujours des bénédictions...), prononcée comme un enfant gâté (le contraire exact de l'homme au désert qui refusa de transformer des pierres en pain...), contre un arbre qui ne fait que suivre les lois de sa nature, les lois qui lui viennent du Père ! Cet arbre, qui est traditionnellement considéré comme l'arbre de la connaissance du bien et du mal, celui dont Ève et Adam mangèrent avec les suites que l'on sait, ne donnera donc plus jamais de tels fruits, là est sans doute la seule signification de l'anecdote. Et elle concerne Jésus aussi. Lui aussi a dû faire retour sur lui-même, après l'histoire de la multiplication des pains. Lui aussi a eu à se remettre en cause, abandonner des rêves et des illusions, pour finir par venir ainsi résolument sur le terrain de l'adversaire, sans plus tergiverser, sans plus barguigner.

Et enfin, ce figuier donne aussi le prétexte à une leçon sur la prière, ce qui est de circonstance après le reproches aux sadducéens d'avoir transformé la "maison de prière" en "repaire de bandits". Oui, Jésus l'affirme, ce n'est pas par caprice qu'il est venu balayer cette maison, mais c'est ce que sa prière lui a inspiré, et il soutient que son action aboutira, que cette montagne qu'est devenue l'institution du Temple finira à l'eau, sera engloutie. Nous ne sommes pas ici dans les prédictions faites après coup de la destruction de Jérusalem par les romains, ça ce sera pour bientôt, un soir, en repartant, les disciples admirant à distance le Temple sous les derniers rayons du soleil... Non, ici, c'est au fond la reprise du fil conducteur originel de la prédication du Baptiste, c'est la conclusion du discours à la Samaritaine, c'est l'annonce de la fin de tout système religieux pour faire place à la foi personnelle, le temps du Père après celui de la Loi, le temps où l'homme, le frère, est remis au centre de la relation et non plus considéré comme un rouage tenu de se soumettre à une machinerie qu'il ne comprend pas et qui, en fait, se sert de lui et l'utilise en pure perte, si ce n'est pernicieusement et cyniquement.