Partage d'évangile quotidien
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Bientôt l'été !

Ven. 29 Novembre 2013

Luc 21, 29-33 traduction : Comparer plusieurs traductions sur le site 4evangiles.fr Lire le texte grec et sa traduction (anglaise) mot-à-mot sur le site interlinearbible.org

Il leur dit une parabole : « Voyez le figuier et tous les arbres :  quand déjà ils pointent, en regardant, de vous-mêmes, vous connaissez que déjà l'été est proche. Ainsi, vous aussi : quand vous verrez cela arriver, connaissez qu'il est proche, le royaume de Dieu ! Amen, je vous dis : cet âge ne passera pas que tout n'arrive. 

« Le ciel et la terre passeront, mes paroles, non, ne passeront pas ! » 

 

 

L'arche de Noé, par He-Qi

 

 

voir aussi : Tout passe, tout lasse, Gravées dans le marbre ?, Permanence du verbe, Le temps que dure cet aujourd'hui

"Cet âge ne passera pas que tout n'arrive". Pris tel quel, ce propos assure que le grand jour, la fin des temps et du monde, se seraient produits il y a deux mille ans. Nous attendons encore... du moins certains. Jésus est né juif, il a reçu une éducation religieuse et une foi qui étaient celles de son époque, il est donc vraisemblable qu'au moins jusqu'à la première révélation qu'il a eue — celle qui l'a lancé dans le ministère public, la découverte du Père — il concevait la venue du Royaume comme la plupart de ses contemporains : un jour le Messie viendrait et tout le peuple d'Israël serait rétabli dans ses frontières, il n'y aurait plus la mort, etc... un jour. Et il est possible qu'il ait continué un temps, pendant la première période de son ministère, à penser peu ou prou de la même façon : il voyait les miracles qui se produisaient par son intermédiaire, ces signes semblaient témoigner en ce sens, d'un rapprochement du ciel avec la terre, de la venue imminente de Dieu pour gouverner le monde.

Ce fut un premier temps de la pensée de Jésus sur le Royaume et sa manifestation. Mais il lui a bien fallu ensuite constater que malgré les signes, ou peut-être précisément à cause d'eux, les gens n'arrivaient pas à entrer dans la même relation que lui avec le Père. Les malades étaient très contents d'être guéris, les possédés d'être exorcisés, et tout le monde ouvrait de grands yeux et lançait des vivats et des hourras, mais n'en passaient pas pour autant du Dieu extérieur à une relation intime avec le Père. Certes ils découvraient un visage plus avenant du YHWH de leurs pères, mais on voit bien comment les choses ont fini : ses disciples en sont venu à le remplacer par Jésus lui-même, devenu Christ, et propulsé pour la cause au même rang que Dieu. C'est à partir de là que Jésus a commencé à parler du Royaume comme présent au milieu et en chacun, et de sa venue comme une aventure personnelle, et d'un pas à franchir, par chacun, à un moment, pour y entrer – la seconde naissance – et de sa croissance ensuite naturelle comme une moisson qui lève, ou une graine qui finit par donner un arbre. On voit qu'on n'est plus du tout dans les histoires de jour du jugement, de grand soir universel, etc...

Selon cette conception du Royaume, la phrase "cet âge ne passera pas..." ne peut plus avoir le sens que nous lui avons d'abord attribué. Mais elle contient une idée fort juste et à laquelle peu font attention, c'est qu'il n'y a aucune raison que nous attendions notre mort pour le trouver, ce sacré Royaume ! rien ne justifie que ce serait plus facile après que maintenant. Il faut ici combattre fermement les pensées du genre qu'il n'y aurait que dans la mort qu'on peut voir Dieu vraiment face à face, comme si notre vie, notre condition humaine, terrestre, était un obstacle, un handicap ! Dieu n'est pas plus absent de la vie que de la mort, il est partout, dans la mort aussi, mais certainement pas plus que dans la vie. Cette dévalorisation du corporel, qui nous est venue plutôt de la pensée grecque qu'hébraïque, n'est pas fidèle, ni à ce que Jésus enseignait, ni à ce qu'il a vécu, et vit encore. Si nous entrons dans cet héritage-là qu'il nous transmet, alors seulement nous rendrons témoignage et justice à cette affirmation que "ses paroles ne passeront jamais". Quant au ciel et à la terre, effectivement ils sont appelés à passer en tant que lieux opposés, antagonistes, lorsque germe en nous le nouveau monde où ils sont unifiés.