Partage d'évangile quotidien
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Choix de vie

Jeu. 27 Février 2014

Marc 9, 41-50 traduction : Comparer plusieurs traductions sur le site 4evangiles.fr Lire le texte grec et sa traduction (anglaise) mot-à-mot sur le site interlinearbible.org

« Oui, qui vous abreuve d'une coupe d'eau au nom de votre appartenance au messie, amen je vous dis : il ne perdra pas son salaire. 

« Qui sera occasion de chute pour un de ces petits qui croient, il est meilleur pour lui que soit mise une meule d'âne autour de son cou, et qu'il soit jeté à la mer ! Si ta main est pour toi occasion de chute, coupe-la ! Il est bon pour toi d'entrer mutilé dans la vie, plutôt qu'avec les deux mains t'en aller dans la géhenne, dans le feu jamais éteint.  Et si ton pied est pour toi occasion de chute, coupe-le ! Il est bon pour toi d'entrer dans la vie boiteux, plutôt qu'avec les deux pieds être jeté dans la géhenne.  Et si ton œil est pour toi occasion de chute, jette-le dehors ! Il est bon pour toi avec un seul œil d'entrer dans le royaume de Dieu, plutôt qu'avec deux yeux être jeté dans la géhenne, où le ver ne périt, et le feu ne s'éteint. Car tous, par le feu, seront salés. 

« Bon, le sel ! Mais s'il devient, le sel, non salé, avec quoi l'assaisonnerez-vous ? Ayez en vous-mêmes du sel. Et soyez en paix les uns avec les autres. » 

 

 

Le prince de la paix, par He-Qi

 

 

voir aussi : Salée, l'addition !, Plus dure sera la chute

La première phrase du passage d'aujourd'hui arrive assez mal à propos, dans le contexte où Jésus se méfie des attentes du peuple à son égard. Il a pris conscience, en effet, que les gens interprètent les signes qui se produisent par son intermédiaire comme l'inauguration d'un Royaume très matériel, très terrestre. S'il accepte d'endosser le rôle du Messie, alors c'est fini, définitivement, il ne pourra pas les faire sortir de leurs schémas traditionnels. Nous avons vu, il y a une semaine, que Jésus a interdit aux disciples de lui donner ce titre. Il n'est donc pas possible qu'il leur ait, juste après, parlé ainsi de leur appartenance "au messie"... La notion d'appartenance à une personne peut se comprendre dans le cadre du judaïsme de l'époque, comme signifiant le maître, le rabbi, auquel on déclare se rattacher. Il ne faudrait pas l'interpréter dans le sens qui a été développé plus tard pour l'expression "appartenir au Christ", qui signifie pourtant exactement la même chose si on ne regarde que les mots. Dans ce langage théologique ultérieur, le Christ désigne un corpus mystique, spirituel, censé rassembler tous les baptisés. Ce sens, donc, n'est pas de mise ici.

Reste le fond de la question : Jésus souhaitait-il seulement qu'on se réclame de lui ? Son projet était que chacun découvre le Père en lui-même, que chacun entre dans une relation personnelle et directe avec Lui. Le but que s'était assigné Jésus n'allait pas plus loin ! le seul vrai maître est Dieu, pas Jésus. Le problème de cette expression est qu'elle signifie maintenant tout autre chose. Jésus a été promu à un rang qui l'égale à Dieu, il a été décidé qu'il était une personne radicalement différente de nous tous, les autres humains, en sorte que "appartenir au Christ" est devenu synonyme de la seule voie possible vers le salut. Encore une fois, si Jésus a jamais parlé de disciples qui lui 'appartiendraient', ce n'était certainement pas dans ce sens. Lorsque nous découvrons le Père en nous, Jésus a fini sa mission. Nous pouvons, bien sûr, nous référer encore à lui comme étant celui qui nous a montré le chemin, nous garderons une tendresse et une profonde admiration pour lui, mais nous n'avons plus, à proprement parler, besoin de lui. En réalité, le Christ a été élevé par les Églises au rang d'obstacle à la révélation qu'il était venu nous faire. Il a été érigé comme un écran entre Dieu et nous, au mépris de ses propres paroles.

Nous ne devons pas pour autant juger trop durement nos prédécesseurs dans la foi. C'est plus par ignorance qu'autre chose, qu'ils ont agi ainsi. Ils ont fait comme ils ont pu, comme ils étaient, croyant sincèrement bien faire. Et ils ont eu le mérite que, grâce à eux, deux mille ans plus tard, nous connaissons encore l'existence de cet homme. Mais nous avons aussi le devoir de prendre garde à la troisième péricope de notre passage du jour : "si le sel devient non salé...", car on ne peut que constater que le Christ de la foi est bien fade par rapport au Jésus historique, à l'homme et à son message, tels qu'on peut les retrouver dans les évangiles. Et aussi : ayons donc "du sel en nous-mêmes". Si nous nous contentons de vouloir simplement copier servilement Jésus, nul doute que nous ne serons qu'une pâle image de l'original. Alors que si nous avons le sel "en nous-mêmes", si nous vivons nous-mêmes en relation avec le Père, qui sait, peut-être pourrons-nous même "accomplir de plus grandes choses encore" que lui, comme il nous l'a prédit (Jean 14, 12). Oui, que vaut-il mieux, que nous entrions entiers dans la géhenne, avec tout l'appareil théologique développé par nos prédécesseurs, ou... ?