Partage d'évangile quotidien
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Mission de confiance

Jeu. 30 Avril 2015

Jean 13, 12-20 traduction : Comparer plusieurs traductions sur le site 4evangiles.fr Lire le texte grec et sa traduction (anglaise) mot-à-mot sur le site interlinearbible.org

Quand donc il a lavé leurs pieds et mis ses vêtements, il s'allonge de nouveau et leur dit : « Comprenez-vous ce que je vous ai fait ? Vous m'appelez, vous, le maître et le seigneur et vous dites bien, car je le suis. Si donc je vous ai lavé les pieds, moi, le seigneur et le maître, vous aussi, vous devez les uns les autres vous laver les pieds. Car c'est un exemple que je vous ai donné pour que, comme je vous ai fait, vous aussi fassiez. Amen, amen, je vous dis : le serviteur n'est pas plus grand que son seigneur, ni l'envoyé plus grand que celui qui lui donne mission. Si vous savez cela, heureux êtes-vous, si vous le faites ! 

« Ce n'est pas de vous tous que je parle : moi, je sais ceux que j'ai élus, mais c'est pour que l'Écrit s'accomplisse : Celui qui mange mon pain a levé contre moi son talon. Dès à présent je vous dis avant que la chose arrive pour que vous croyiez, quand cela arrivera, que Je suis. 

« Amen, amen, je vous dis : qui reçoit celui à qui j'ai donné mission me reçoit et qui me reçoit reçoit celui qui m'a donné mission. » 

 

 

La venue de l'Esprit saint, par He-Qi

 

 

voir aussi : Autorisation de service, À bon entendeur, salut !, Poupées gigognes, Envois en chaîne, Envoyés par l'envoyé

Nous sommes maintenant juste après le lavement des pieds, c'est un petit discours destiné à expliquer ce geste accompli par Jésus, selon Jean, la veille de sa mort ; geste essentiel, puisqu'il remplace, dans cet évangile, le mémorial eucharistique relaté par les synoptiques. Il s'agit bien sûr d'un geste de service : nous sommes invités par là à nous mettre au service les uns des autres. Ce geste rejoindrait alors le jugement dernier de Matthieu (25, 31-46), où il est dit que c'est sur notre charité seule que nous serons jugés dignes ou non d'entrer dans le Royaume. On peut effectivement comprendre ainsi le lavement des pieds, mais on risque alors de passer complètement à côté d'une autre dimension du geste, qui est certainement beaucoup plus importante pour l'auteur du récit.

Nous sommes effectivement dans le contexte de la grande fête de la Pâque juive, pour laquelle les pèlerins étaient tenus de se purifier pendant plusieurs jours, ce qui comportait entre autres le fait de prendre un bain complet. Ce bain, les disciples l'avaient certainement pris, eux aussi. Pour être complètement "purs", pour le repas, il ne restait plus alors qu'à se laver à nouveau les pieds. Certes, dans les milieux aisés — et nous sommes ici dans la maison du "disciple que Jésus aimait" qui appartient à la plus haute société —, c'étaient des serviteurs qui accomplissaient la tâche. Jésus prend donc bien le rôle d'un serviteur. Mais nous ne pouvons pas pour autant mettre de côté pour quelle tâche précise il le fait : pour achever de purifier ses disciples. Le disciple que Jésus aimait est un "grand prêtre", ou au moins membre d'une de ces familles de grand prêtres ; c'est de cette dimension-là du geste qu'il a voulu parler, principalement. Il a certainement été frappé de ce que Jésus prenne la place de ses serviteurs, mais il n'a pas pu manquer non plus la signification précise du lavement des pieds en tant qu'achèvement de la purification des convives.

C'est donc, pour l'évangile de Jean, cette dimension-là qui est première. Il nous invite, surtout, à avoir, les uns pour les autres, le souci spirituel de notre salut. L'allusion à Judas ("ce n'est pas de vous tous que je parle"), alors, ne signifie pas qu'il ne serait pas invité, lui aussi, à "faire comme Jésus a fait" ! Judas est bien invité, comme tout le monde, à se soucier du salut de ses frères. Non, c'est bien du contraire qu'il est question dans ce "pas tous" : que, malgré tout ce que Jésus a pu essayer de faire pour lui, Judas n'a pas été purifié. L'explication qui nous en est donnée, "pour que l'Écrit s'accomplisse", ne nous satisfait évidemment pas, et encore moins le fait que Jésus ferait cette remarque juste pour que les disciples sachent que Jésus avait prédit la trahison de Judas... Non, mais nous pouvons retenir au moins l'idée que, bien sûr, il n'est pas non plus de notre ressort que nos efforts pour le salut spirituel des autres aboutissent toujours ; nous pouvons nous y efforcer, la réussite ne dépend pas que de nous. D'ailleurs, même pour les autres disciples, ça n'avait rien d'évident que Jésus ait "réussi" ; c'est ce qui se passera après la résurrection qui le dira...

Nous pouvons alors lire la dernière phrase de ce discours de deux manières. La première, la plus évidente, est de considérer que "à qui j'ai donné mission" désigne les disciples qui viennent de recevoir la mission de purifier leurs frères ; ceux donc qui acceptent d'entrer dans cette purification qui leur est proposée, ce n'est pas le missionnaire qu'ils reçoivent mais, par lui, Jésus lui-même, et, par Jésus, le Père. Cette lecture de la phrase la rapproche alors exactement d'une phrase similaire chez Matthieu (10, 40), où "à qui j'ai donné mission" est même remplacé par "vous" désignant explicitement les disciples. Ceci est donc une première lecture, qui fonctionne très bien. Mais une seconde lecture est aussi possible, et qui n'est d'ailleurs pas contradictoire. Le verbe grec ici utilisé dans la dernière phrase ne parle pas exactement de mission, mais plus simplement d'envoyer. Celui, donc, qui est "envoyé" par Jésus, c'est surtout celui qui va effectivement et réellement achever la purification des disciples après la résurrection, l'Esprit ; l'Esprit dont Jésus va bientôt dire qu'il l'enverra (même verbe) d'auprès du Père et qu'il témoignera pour lui (15, 26). Il est vrai que le thème de l'Esprit vient alors ici un peu tôt, difficile à comprendre, mais je crois qu'on ne peut pas ne pas comprendre cette phrase aussi dans ce sens-là.