Partage d'évangile quotidien
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Monuments aux morts

Jeu. 15 Octobre 2015

Luc 11, 47-54 traduction : Comparer plusieurs traductions sur le site 4evangiles.fr Lire le texte grec et sa traduction (anglaise) mot-à-mot sur le site interlinearbible.org

« Malheureux ! Vous qui bâtissez les sépulcres des prophètes, et ce sont vos pères qui les ont tués ! Ainsi, vous êtes des témoins, et vous approuvez les œuvres de vos pères : eux ils les ont tués, vous, vous bâtissez !  Aussi la Sagesse de Dieu a dit : je leur enverrai prophètes et apôtres. Ils en tueront et persécuteront, afin que soit requis de cet âge le sang de tous les prophètes répandu depuis le fondation de l'univers,  depuis le sang d'Abel jusqu'au sang de Zacharie, assassiné entre l'autel et la Maison. Oui, je vous dis : cela sera requis de cet âge ! 

« Malheureux, vous, les hommes de loi ! Vous avez pris la clef de la connaissance ! Vous-mêmes n'entrez pas, et ceux qui entrent, vous les empêchez ! » 

Quand il sort de là, les scribes et les pharisiens commencent à en avoir terriblement contre lui et à lui tirer de la bouche une multitude de choses : il lui tendent des traquenards pour capter ce qui sort de sa bouche. 

 

 

Il n'est plus ici, par He-Qi

 

 

voir aussi : Les raisins verts de la colère, Vieilles connaissances, Monuments littéraires, Ça coince !, Complicité et obstruction, Déclaration de guerre

Lorsque nous construisons des "mausolées" pour les grandes figures de sagesse du passé, c'est autant de temps que nous passons à ne pas mettre en œuvre leur enseignement. L'immense mausolée qui a été construit pour Jésus et qui s'appelle l'Église est assez exactement cela : son second tombeau. Tout cet appareil semble avoir pour fonction essentielle de l'empêcher d'en sortir, vivant, et de nous interpeller, simplement, directement, en toute humanité : qui dis-tu que je suis ? Dès que nous répondons "tu es le Christ", ou "tu es le Fils de Dieu", c'en est fini de lui, il n'est plus là, englouti par la statue, le rôle, l'archétype, qu'on lui a fait endosser très tôt après sa mort et qu'on a ensuite sans cesse étoffé au fil des siècles d'un monceau d'oripeaux de bric et de broc.

Les évangiles sont pourtant assez clairs : jamais lui-même n'a accepté d'être défini ainsi. Ni fils de Dieu, ni Messie, la seule expression autre que "je" ou "moi" qu'il ait pu utiliser est ce "fils d'homme", dans laquelle la tradition a très vite voulu voir une allusion au "comme un fils d'homme" de la vision prophétique de Daniel. Mais ce rapprochement, à son tour, ne se fonde sur rien que Jésus lui-même aurait attesté... Si effectivement, selon toutes probabilités, Jésus parlait bien de lui-même en se désignant comme "fils d'homme" (ou "fils de l'homme" si on préfère — mais cela ne change rien au sens sur le fond), nous n'avons aucun passage où il dirait ce qu'il entendait par là. La tradition qui avait déjà décidé de l'identifier au Messie y a bien sûr trouvé un terreau propice pour soutenir ses intentions, mais à partir du moment où on a posé un axiome, qu'on puisse tourner des indices autrement neutres en preuves, ne prouve rien du tout, en réalité.

Or, s'il y a bien des passages où Jésus parle de la venue du "Fils de l'homme" dans un sens qui fait clairement allusion à la vision de Daniel, ces passages ne disent pas en même temps que Jésus pensait qu'il était ce fils de l'homme là. Lorsqu'il emploie cette expression, il aurait aussi bien pu parler du "jour du jugement", ou de "la fin des temps", ou autres formules, qui parlent simplement de cet événement que tous attendent à l'époque. Nous avons donc d'une part des emplois de "fils de l'homme" qui parlent clairement de la vision apocalyptique, mais qui ne font pas de lien explicite avec Jésus, et d'autre part des emplois de "fils de l'homme" qui parlent clairement de Jésus, mais qui ne font pas de lien avec la vision apocalyptique. Étant donné alors que cette locution "fils d'homme" (ou "fils de l'homme" — cela ne change toujours rien sur le fond) est un sémitisme tout ce qu'il y a de plus classique pour parler simplement ...d'un homme, d'un membre de l'espèce humaine, il est fortement permis de penser que Jésus voulait par là, tout aussi simplement, se définir comme étant justement profondément humain, tout ce qu'il y a de plus humain.

On peut affiner un peu : ce sémitisme — qui n'est pas réservé à l'espèce humaine puisqu'on dira aussi un "fils d'âne" pour parler d'un âne, etc. — sert justement à renforcer la certitude qu'on a bien affaire à un homme — ou à un âne — avec toutes les caractéristiques de son espèce. Il apparaît alors fort possible que, si Jésus a choisi cette expression pour parler de lui-même, ce soit précisément pour combattre ce qu'on voulait faire de lui, déjà de son vivant. Par réaction contre ceux qui voulaient le mettre au-dessus d'eux, dans un statut en quelque sorte intermédiaire entre le divin et l'humain (de son vivant il n'était quand même pas question de le faire égal de Dieu), Jésus, semble-t-il, avait choisi de revendiquer au contraire sa condition pleinement humaine, ceci de manière parfaitement cohérente avec son enseignement sur un Dieu qui n'est pas extérieur, mais intérieur, à l'homme.

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