Partage d'évangile quotidien
<
Enregistrer le billet en pdf

La vie en héritage

Lun. 19 Octobre 2015

Luc 12, 13-21 traduction : Comparer plusieurs traductions sur le site 4evangiles.fr Lire le texte grec et sa traduction (anglaise) mot-à-mot sur le site interlinearbible.org

Quelqu'un, de la foule, lui dit : « Maître, dis à mon frère de partager avec moi l'héritage. »  Il lui dit : « Homme, qui m'a établi juge ou partageur sur vous ? »  Il leur dit : « Voyez ! Gardez-vous de toute cupidité : si quelqu'un a du surplus, sa vie n'est pas tirée de ses biens. » 

Il leur dit une parabole : « Le domaine d'un homme riche a bien rapporté.  Il fait réflexion en lui-même et dit : "Que faire ? Je n'ai pas où rassembler mes fruits !"  Il dit : "Voilà ce que je ferai ! Je supprimerai mes greniers et j'en bâtirai de plus grands. J'y rassemblerai tout mon blé et mes biens. Et je dirai à mon âme : Ô âme, tu as beaucoup de biens, entassés pour beaucoup d'années : repose-toi, mange, bois et festoie."  Dieu lui dit : "Insensé ! Cette nuit-même on te redemandera ton âme. Ce que tu as préparé, pour qui ce sera ?" Ainsi de celui qui thésaurise pour lui-même, au lieu de s'enrichir en Dieu. » 

 

 

Les noces de Cana, par He-Qi

 

 

voir aussi : Une vie riche, Argent facile, Soucis d'argent, Propriété privée, Priorités vitales, L'enfer, c'est ... moi

Le thème de l'argent, ou plus exactement des possessions, tient particulièrement à cœur à Luc. On le retrouve aussi chez Marc et Matthieu (et incidemment quasiment pas ou pas du tout chez Jean, sans doute trop "spirituel" dans sa démarche pour que ça l'effleure), mais Luc y insiste plus que ses deux confrères des synoptiques, comme en témoigne ce texte qui lui est propre, ainsi que tout son chapitre 16, lui aussi entièrement propre à Luc, et entièrement consacré au même sujet.

Ce dont il est question ici n'est d'ailleurs pas à proprement parler le sujet des possessions en soi, mais plus exactement celui du "surplus" de possessions : que faisons-nous, lorsque nous en avons, de ces biens "en plus", de ces biens qui dépassent ce dont nous avons besoin pour vivre, c'est-à-dire pour manger et nous protéger des intempéries. Au-delà d'avoir le ventre raisonnablement rassasié et d'éviter de trop souffrir de la chaleur ou du froid, qu'est-ce qui nous semble tellement indispensable pour notre bonheur que nous y consacrions toute notre vie dans une course sans fin à l'accumulation de toujours plus de "biens" de consommation ?

La question nous est introduite par un fils cadet, qui trouve injustes les règles d'héritage en vigueur de l'époque, qui donnaient double part du patrimoine à l'aîné. Sur le fond, il est certain qu'on puisse contester ce principe, et Jésus d'ailleurs ne dit pas ici qu'il l'approuve, mais il utilise seulement l'occasion pour poser la question, autant d'ailleurs au cadet envieux qu'à l'aîné qui trouve très bien ce système : pourquoi l'un comme l'autre tiennent-ils tant à avoir ces biens, qu'est-ce que cela va leur apporter ?

La petite parabole qui nous est alors donnée peut sembler extrême, surtout si nous la comprenons mal. Il ne s'agirait pas que nous ne fassions plus aucun projet pour notre vie, parce que la mort pourrait venir à tout moment y mettre fin ! Si nous comprenons l'histoire ainsi, alors il y a de fortes chances que nous ne l'écoutions pas, parce que nous savons que, raisonnablement, il est très peu probable que cela se produise ; nous connaissons notre santé et notre âge, et nous reporterons alors la question à plus tard, n'est-ce pas ? Cette manière de comprendre la parabole provient de ces conceptions dont nous parlions samedi, qui envisagent la mort comme un terme final, le coup de gong, le "rien ne va plus" au jeu de la roulette. Mais s'il est certain que la mort reste une étape importante dans notre aventure personnelle dans l'univers, elle ne change en réalité rien sur le fond. Il ne se passe rien, dans la mort, qui ne soit déjà présent dans la vie, au contraire.

Notamment et particulièrement : nous ne connaîtrons pas mieux Dieu dans la mort que nous ne le connaissons déjà dans cette vie-ci... La mort ne nous apportera aucune révélation, ne nous apprendra rien que nous n'ayons déjà appris. C'est dans ce sens-là qu'il faut comprendre cette parabole : que faisons-nous de nos biens ? nous servent-ils à nous rapprocher de Dieu ? "Repose-toi, mange, bois, et festoie" : tout ceci n'a éventuellement rien d'illégitime, tout dépend de comment tu le fais. Donnes-tu un festin auquel tu convies tous ceux que tu peux trouver "dans les rues et sur les places", ou n'est-ce pas plutôt seulement pour tes "pairs", ceux qui te rendront la pareille à leur tour, ou encore et plus vraisemblablement t'offres-tu un bon gueuleton tout seul dans ton coin ?

Commenter cet évangile

Lechain Françoise 19/10/2015 09:00

bien lu, mais je pense à celui qui n'aura pas eu la chance de le découvrir pendant sa vie....quelle rencontre fera-t-il ? Un grand merci à vous

Anon 19/10/2015 12:38

si je ne crois pas que la mort nous donne plus d'opportunités de Le connaître que la vie, je ne crois pas non plus qu'elle nous enlève toute opportunité.

Contrairement à ce que je dis dans le billet, ce n'est pas samedi mais vendredi (http://evangile-partage.over-blog.net/luc/12/1-7/ne-craignez-pas) que j'avais commencé d'évoquer comment je conçois la mort : la vie continue d'une autre manière. Peut-être que "celui qui n'aura pas eu la chance de Le découvrir pendant sa vie" reviendra dans une nouvelle vie humaine, peut-être pas, peu importe. Nous aussi, nous aurons en quelque sorte une autre vie, différente, laquelle aura aussi son terme avant que nous passions à encore une autre vie, encore différente. Tant que quelque chose nous séparera encore de Dieu, l'aventure n'est pas finie, et se poursuit sous d'autres formes. Et je crois que l'aventure se poursuit à l'infini, car toujours il restera quelque chose qui nous sépare de Dieu.

Ou, pour le prendre d'un autre point de vue, on peut se demander aussi s'il existe vraiment des personnes qui ne Le connaissent absolument pas. Dieu est forcément inscrit en nous. Qu'on ne puisse pas le nommer est une chose qui ne signifie pas nécessairement qu'on ne le connait pas. Et qu'on le nomme est une autre chose, qui ne signifie pas nécessairement qu'on le connaisse, que ce qu'on croit connaître de Lui soit juste ...!

Mais je ne voudrais surtout pas que ceci vous perturbe. Les choses ne sont peut-être pas si simples qu'on se l'imagine généralement, mais c'est aussi parce qu'elles sont beaucoup plus simples ...qu'on se l'imagine.