Partage d'évangile quotidien
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Supériorité de l'Esprit ?

Sam. 17 Octobre 2015

Luc 12, 8-12 traduction : Comparer plusieurs traductions sur le site 4evangiles.fr Lire le texte grec et sa traduction (anglaise) mot-à-mot sur le site interlinearbible.org

« Je vous dis : qui se déclarera pour moi devant les hommes, le fils de l'homme aussi se déclarera pour lui devant les anges de Dieu. Et qui m'aura nié en face des hommes sera renié en face des anges de Dieu ! 

« Qui dira une parole contre le fils de l'homme, cela lui sera remis. Mais qui aura blasphémé contre le saint Esprit, cela ne sera pas remis. 

« Quand ils vous feront entrer devant les synagogues, les pouvoirs et les autorités, ne vous inquiétez pas : comment ? ou en quoi vous défendre ? ou que dire ? Car l'Esprit saint vous enseignera, à cette heure même, ce que vous devez dire. » 

 

 

La venue de l'Esprit saint, par He-Qi

 

 

voir aussi : N'ayez pas peur !, Le fils et pas le Fils, Suprématie de l'esprit, et du Saint-Esprit, Témoignage capital, Tactique de combat

Luc a rassemblé ici ces trois péricopes, qu'on retrouve aussi chez Marc et Matthieu mais dispersées dans des contextes différents, ce qui pose quand même quelques difficultés. Les deux premières péricopes sont liées par la notion de condamnation : qu'est-ce qui est impardonnable. Or la première nous dit que "renier" Jésus suffit à nous faire renier "devant les anges de Dieu" (Matthieu dit : "devant le Père"), alors que la seconde dit que pas du tout, on peut "parler contre" Jésus, mais pas contre "le saint Esprit". Ce saint Esprit sert ensuite de lien avec la troisième péricope, mais d'une manière quand même assez lâche : entre "blasphémer" contre lui, et douter qu'il saura venir à notre secours quand nous en aurons besoin, on n'est pas dans le même degré de "péché"...

Revenons aux deux premières péricopes, et plus particulièrement à la seconde : parler contre le fils de l'homme est pardonnable, mais pas de parler contre l'Esprit. Il faut la lire dans sa version parallèle de Marc (3, 28-30) pour comprendre qu'elle n'est, finalement, pas forcément incompatible avec la première. Ce qui importe ici, chez Marc, est le contexte : nous sommes dans la controverse où Jésus est accusé d'opérer ses guérisons par la puissance de Béelzeboul, et c'est même là la conclusion de sa réponse. Cette phrase est donc sa défense : en l'accusant "d'avoir un esprit impur", ses adversaires commettent un blasphème contre l'Esprit. Dans cette version de la péricope, nous voyons qu'il n'y est pas question de pouvoir parler "contre le fils de l'homme" ; au contraire, du fait que Jésus est censé agir sous la motion de l'Esprit, parler contre lui est exactement la même chose que parler contre l'Esprit.

Nous ne pouvons donc pas prendre à priori cette autorisation à "parler contre le fils de l'homme" de manière trop littérale ! Il est possible cependant qu'il y ait eu une première période du christianisme où ce qui était le plus important était de faire l'expérience de l'Esprit, que cette expérience soit ou non liée à une foi en Jésus ou pas. L'expérience de cette présence n'est en effet pas l'apanage du seul christianisme, puisque nous savons que même des athées, ou au moins agnostiques, peuvent la faire, tout en souhaitant rester athées ou agnostiques. Il est donc possible que ce qui s'est passé aux débuts du christianisme soit quelque chose comme cela : une sorte d'épidémie d'expériences de cette présence, touchant aussi des gens qui n'étaient pas forcément prêts à entrer dans une profession de foi concernant Jésus, et que cette formule telle qu'on la trouve ici chez Luc, et chez Matthieu (12, 31-32), soit là pour dire, en quelque sorte, que l'essentiel est cette expérience. Ce serait un christianisme fondé sur l'expérience de l'Esprit, sans qu'il soit nécessaire de croire en la messianité de Jésus, encore moins à sa filiation divine. Peut-être y a-t-il là, pour nous aussi aujourd'hui, une piste d'avenir ?

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