Partage d'évangile quotidien
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Des petites choses

Mar. 27 Octobre 2015

Luc 13, 18-21 traduction : Comparer plusieurs traductions sur le site 4evangiles.fr Lire le texte grec et sa traduction (anglaise) mot-à-mot sur le site interlinearbible.org

Il disait donc : « À quoi est semblable le royaume de Dieu ? À quoi l'assimiler ? Il est semblable à une graine de moutarde qu'un homme prend et jette dans son jardin. Elle croît et devient un arbre : les oiseaux du ciel font leur nid dans ses branches. » 

De nouveau il dit : « À quoi assimiler le royaume de Dieu ? Il est semblable à du levain qu'une femme prend et cache dans trois panerées de farine, jusqu'à ce que tout ait levé. » 

 

 

Le cantique de Salomon, par He-Qi

 

 

voir aussi : C'est magique, C'est contagieux ?, Croissance de rêve, Petit à petit, Placement pépère, Force tranquille

Luc introduit cette parabole de la graine de moutarde par un "donc" dont on a du mal à voir la logique avec ce qui précède et que nous avions hier, la guérison de la femme courbée... On peut dire que la femme a été redressée, comme le plant de moutarde s'est dressé ; ou encore noter la "petitesse" sociale de la femme par rapport au chef de synagogue, et pourtant c'est elle que Jésus a mise en lumière, à comparer à la petitesse de la graine de moutarde, et pourtant c'est elle que le jardinier a choisi de semer. Mais on est aussi en droit de trouver que ces rapprochement restent quelque peu artificiels, en surface. On peut alors se demander si l'enchaînement ne fonctionnerait pas mieux avec la péricope précédant la guérison de la femme, celle de l'ouvrier qui suggère au propriétaire d'accorder un an de plus au figuier pour donner ses figues, avant de le couper. Outre que nous sommes dans les deux cas dans des images agricoles, les deux histoires partagent aussi le thème de la patience.

Même si le thème n'est pas exprimé explicitement, ici, il reste évident que la graine ne devient pas arbre en un jour. C'est aussi le contexte de la même parabole dans les versions parallèles qui nous incite à la lire dans ce sens. Ainsi, chez Marc (4, 30-32), elle vient juste après la parabole du champ de blé qui nous est dit pousser "nuit et jour" jusqu'à la moisson, et encore plus net chez Matthieu (13, 31-32), juste après la parabole du blé et de l'ivraie. Ce n'est peut-être pas évident pour les citadins que nous sommes devenus pour beaucoup d'entre nous, mais le public de Jésus, lui, entendait certainement cette notation implicite. De même, d'ailleurs et encore, pour la seconde parabole du jour : le levain ne fait pas lever la pâte instantanément (ce n'est pas de la levure chimique !). Dans le fond, on peut être sensibles, dans ces deux paraboles, au seul aspect spectaculaire d'une petite chose qui finit par occuper tant de place, mais on aurait tort d'oublier qu'entre les deux il s'est nécessairement aussi passé le temps qu'il fallait. Ceci nous invite alors à une certaine confiance, qui n'est jamais, à y réfléchir, qu'un autre nom de la patience.

Voilà : c'est d'une patience confiante dont nous avons besoin, si nous cherchons le Royaume. Nous pouvons arroser notre graine de moutarde, veiller à ce qu'elle ne soit ni trop à l'ombre ni trop exposée aux ardeurs du soleil ; nous pouvons optimiser l'hygrométrie et la température de notre pâte en train de lever ; mais au-delà il reste que le processus a aussi besoin de temps, et là, tout ce que nous pouvons y faire, c'est garder notre sérénité. Si nous n'y croyons plus et disons à l'ouvrier de couper le figuier, évidemment c'est fichu... Mais si nous nous mettons en tête de tirer sur la plante de moutarde pour qu'elle grandisse plus vite, nous ne ferons aussi que la fragiliser (pensons encore aux qualités gustatives et nutritives déplorables des produits de l'agriculture chimique...). Et même si nous venons sans cesse "surveiller" la pâte en train de lever, nous allons la contrarier, en produisant des courants d'air ou autres à-coups dans les conditions de multiplication du levain. C'est comme avec une personne que nous aimons — conjoint, enfants : il y a une bonne distance à trouver. Après tout, Dieu n'est-il pas lui aussi une personne, et qu'est le Royaume sinon de vivre avec lui ?

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