Partage d'évangile quotidien
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...il faut choisir

Mer. 4 Novembre 2015

Luc 14, 25-33 traduction : Comparer plusieurs traductions sur le site 4evangiles.fr Lire le texte grec et sa traduction (anglaise) mot-à-mot sur le site interlinearbible.org

Des foules nombreuses faisaient route avec lui. Il se tourne et leur dit : 

« Si quelqu'un vient à moi et ne hait point son père et sa mère, sa femme et ses enfants, ses frères et ses sœurs, et même sa propre vie, il ne peut être mon disciple ! Qui ne porte sa propre croix en venant derrière moi ne peut être mon disciple ! 

« Car lequel d'entre vous, s'il veut bâtir une tour, ne s'assoit d'abord pour calculer la dépense : s'il a pour terminer ? Autrement, s'il pose les fondations, et n'a pas la force de mener à terme, tous ceux qui voient  commencent à le bafouer en disant : "Cet homme a commencé à bâtir, et n'a pas eu la force de mener à terme !" Ou bien quel roi, s'il va affronter un autre roi à la guerre, ne s'assoit d'abord pour examiner s'il est capable, avec dix mille, de rencontrer qui, avec vingt mille, vient contre lui ? Sinon, tandis qu'il est encore loin, il lui envoie une ambassade pour solliciter des conditions de paix. 

« Ainsi donc pour tous : qui parmi vous ne dit pas adieu à tous ses biens ne peut être mon disciple ! » 

 

 

Le sacrifice d'Abraham, par He-Qi

 

 

voir aussi : Beaucoup d'appelés, Éliminatoires, En exclusivité, Forces spéciales, Le juste prix, Disciple

Luc est dur : c'est bien de "haïr" père, mère, etc., qu'il parle ici, alors que dans sa version parallèle Matthieu (10, 37-38) parle seulement de ne pas les aimer "plus" que Jésus. Il ne faut peut-être quand même pas tirer de conclusions trop hâtives de cette "haine" chez Luc. On voit mal qu'elle puisse être compatible avec l'amour du prochain, et jusqu'à l'amour des ennemis, enseignés par ailleurs. C'est sans doute une expression qui se veut un peu paradoxale, une manière de frapper les esprits, mais à ne pas prendre au pied de la lettre. Ceci dit, concrètement, cet amour auquel Jésus appelle, qui soit capable d'aller jusqu'à l'amour des ennemis, peut fort bien nous amener, non pas à haïr, mais éventuellement à en donner l'impression, à nos père, mère, etc.

Il faut faire attention que le développement initial du christianisme a pu avoir des aspects très proches de ce que nous appelons des sectes, avec toute cette dimension qu'on leur reproche, de couper la personne de sa famille. Ce sont aussi des échos de ces conditions que nous retrouvons dans des textes comme celui-ci, ou dans celui qui parle de la division dans une famille, père contre fils, mère contre fille, belle-mère contre bru (Matthieu 10, 35 ; Luc 12, 53). Là, sans doute, il a pu y avoir de vraies haines. Mais sans aller jusqu'à de tels excès regrettables, qu'il s'agit évidemment d'éviter dans le mesure du possible, il n'en reste pas moins que notre chemin spirituel peut nous amener à provoquer l'incompréhension de nos proches. Ceux-ci ne peuvent pas exiger de nous que nous leur passions tout et n'importe quoi au nom des seuls liens du sang. C'est de cela que nous parle donc essentiellement cette parole : au nom de Jésus nous pouvons être amenés jusqu'à nous couper d'eux, mais ce, en réalité, par amour pour eux.

Dit ainsi, cela reste encore difficile à accepter ; mais nous ne nous rendons même pas compte à quel point cela pouvait l'être encore plus du temps de Jésus. Nous vivons, en occident, dans une culture où le concept d'individu, de personne, ont pris un développement dont nous ne mesurons sans doute pas l'importance. Dans d'autres cultures, ou en d'autres époques, même pas si lointaines chez nous, il n'en est pas du tout ainsi : l'individu n'y existe pratiquement pas pour lui-même, entièrement subordonné qu'il est à la famille, au clan, au village, où il est né. Jésus lui-même, le premier, a eu à rompre de tels liens ; nous en avons des échos avec la scène où "les siens" étaient venus avec l'intention de le ramener de force chez eux, et cela ne lui a certainement pas été facile. Quand les évangiles lui font dire avec assurance que "ma mère, mes frères, ce sont mes disciples", lui a dû en réalité en avoir gros sur la patate pendant un certain temps, d'avoir eu à rompre ces liens-là.

Maintenant, et heureusement, nous ne sommes pas toujours forcés d'en arriver à de telles extrémités. Mais qu'il nous faille quand même envisager un sérieux détachement, ne serait-ce qu'intérieur, voilà ce que voudraient nous faire comprendre les deux petites paraboles données ensuite. Si nous ne sommes pas capables d'un tel détachement, nous allons inéluctablement disperser nos forces et ne parviendrons pas au terme de notre entreprise. Si nous sommes effectivement dans des relations affectives qui nous rendent tributaires des fantaisies ou caprices de nos proches, alors il est certain que nous aurons tôt fait de nous faire dérouter et de nous retrouver à peu près n'importe où sauf là où nous voulions aller. Mais un dernier avertissement, quand même : ne confondons pas chemin spirituel et idéologie. Le père de famille, qui bannit de sa maison fils ou fille parce qu'ils ont enfreint quelque règlement du code de morale qu'il prétendait leur imposer, ne rentre pas dans le cadre dont nous parlons... Il ne nous est pas dit que nous devions préférer des principes à nos père, mère, etc., mais Jésus. Ce n'est pas la même chose...

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