Partage d'évangile quotidien
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S'il n'en reste qu'un

Jeu. 5 Novembre 2015

Luc 15, 1-10 traduction : Comparer plusieurs traductions sur le site 4evangiles.fr Lire le texte grec et sa traduction (anglaise) mot-à-mot sur le site interlinearbible.org

Ils s'approchaient de lui, tous les taxateurs et les pécheurs pour l'entendre. Les pharisiens aussi bien que les scribes murmuraient en disant : « Celui-là accueille des pécheurs et mange avec eux. » Il leur dit cette parabole : 

« Quel homme parmi vous, ayant cent brebis, s'il a perdu une seule d'entre elles, ne quitte les quatre-vingt-dix-neuf dans le désert, pour aller après la perdue jusqu'à ce qu'il la trouve ? Quand il a trouvé, il la pose, joyeux, sur ses épaules. Il vient au logis, il convoque les amis et les voisins et leur dit : "Réjouissez-vous avec moi, parce que j'ai trouvé ma brebis, la perdue !"  Je vous dis : Ainsi il y aura joie dans le ciel sur un seul pécheur qui se convertit, plus que sur quatre-vingt-dix-neuf justes qui n'ont pas besoin de conversion ! 

« Ou quelle femme, ayant dix drachmes, si elle a perdu une drachme, n'allume une lampe et balaie la maison, et cherche avec soin jusqu'à ce qu'elle trouve ? Quand elle a trouvé, elle convoque les amies et voisines. Elle dit : "Réjouissez-vous avec moi, parce que j'ai trouvé la drachme que j'avais perdue !"  Ainsi, je vous dis, il y a joie en face des anges de Dieu, sur un seul pécheur qui se convertit ! » 

 

 

Le rêve de Jacob, par He-Qi

 

 

voir aussi : Réjouissez-vous !, Joie sans mélange, Les bons comptes, Un seul être vous manque ..., Irréversibles, Petit troupeau

Dans le contexte culturel et religieux de Jésus, cet ostracisme des "purs" à l'égard de ceux qu'ils considéraient comme pécheurs était un élément essentiel des règles de vie, plus ou moins intégré par ceux-là mêmes qui en pâtissaient. Nous pouvons considérer que dans notre monde occidental, nous avons fini par nous débarrasser de telles barrières — surtout celles tenant à des motifs que nous ne comprenons plus du tout, évidemment — au point qu'on peut se demander si les paraboles adaptées à notre société ne feraient pas mieux de parler : de l'homme qui, sur cent brebis, en ayant perdu quatre vingt dix neuf, décide d'abandonner purement et simplement à son sort celle qui croit encore à ces histoires, et rejoint les quatre vingt dix neuf, qui se trouvent en réalité bien contentes de brouter à leur guise dans les prés, qu'ils soient au voisin ou pas ; ou de la femme qui, sur dix drachmes, en ayant perdu neuf, décide d'arrêter de s'empêcher de dormir pour son trésor qui n'en comporte maintenant plus qu'une, et la donne donc à ses amies pour qui cela compte encore, et tant pis pour elles.

Je ne veux pas dire par là que nous vivrions dans un monde qui n'aurait plus de repères, il n'y a plus de morale mon bon monsieur, et tout fout le camp. Mais il semble que quand même une telle façon de voir les choses, où certains pensent pouvoir se gargariser d'être meilleurs que les autres sur la base de critères finalement purement extérieurs, a largement perdu du terrain, et c'est heureux. Si des églises cherchent les raisons de la désaffection des foules à leur égard, elles devraient regarder de ce côté-là comme étant un des éléments non négligeable de réponse à leurs questions. Non, le sens moral n'a pas disparu ; oui, les hommes et les femmes de notre temps s'efforcent toujours, dans leur grande majorité, de mener leur vie avec honnêteté et droiture ; mais surtout, ils ne voient plus qu'il y ait là matière à se faire mousser les uns par rapport aux autres, voilà sans doute ce qui a vraiment changé. C'est normal, naturel, de chercher à vivre de manière juste, mais nous mesurons aussi peut-être de manière plus adéquate à quel point nous faisons surtout ce que nous pouvons dans ce sens, et qu'il serait bien vain de vouloir établir des classements de ceux qui sont les plus ou les moins méritants sur ces bases.

Ce qui a sans doute le plus fait pour modifier notre regard sur toutes ces questions, c'est la découverte — ou faut-il dire l'invention ? — de l'inconscient. Avec cette nouvelle notion, il n'est plus possible de dire qu'il suffirait de vouloir pour pouvoir : la volonté reste une nécessité si on veut s'améliorer, mais elle ne suffit plus, elle se heurte à des obstacles qu'elle ne peut pas, à elle seule, lever ; des obstacles qui nécessitent l'aide bien intentionnée, et attentionnée, de tierces personnes. Par un détour qui n'était sans doute pas voulu lorsque les pionniers ont commencé d'explorer l'inconscient, ce dernier nous empêche maintenant de pouvoir prétendre nous en sortir pas nos seuls mérites, et, au bout du compte, nous rend tous solidaires les uns des autres ; tous dépendants, mais aussi tous responsables : qu'on y pense bien, les deux vont ensemble, dépendants et responsables (y compris du dernier "pur"). Finies les histoires de gagner "son" paradis, il n'y a plus de salut individuel qui puisse tenir ; nous sommes tous, spirituellement (et non pas seulement matériellement), dans la même galère. Finalement, il semblerait que notre nouveau monde, soit disant matérialiste, est en réalité beaucoup plus spiritualiste que l'ancien... du moins, qu'il le pourrait.

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