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Cours de géo

Lun. 16 Novembre 2015

Luc 18, 35-43 traduction : Comparer plusieurs traductions sur le site 4evangiles.fr Lire le texte grec et sa traduction (anglaise) mot-à-mot sur le site interlinearbible.org

Or, comme il est proche de Jéricho, un aveugle était assis au bord du chemin, à quémander. Il entend une foule passer, et s'enquiert : « Qu'est-ce que c'est ? »  Ils lui annoncent : « Jésus le Nazôréen passe à côté ! » 

Il crie en disant : « Jésus, fils de David, aie pitié de moi ! » Ceux qui précèdent le rabrouent pour qu'il garde le silence. Mais combien plus il crie : « Fils de David, aie pitié de moi ! » 

Jésus s'arrête. Il ordonne de le lui amener. Quand il est proche, il l'interroge : « Pour toi que veux-tu que je fasse ? » Il dit : « Seigneur ! Que je re-voie ! »  Et Jésus lui dit : « Re-vois ! ta foi t'a sauvé ! » 

Soudain il re-voit, et il le suit en glorifiant Dieu. Tout le peuple, ayant vu, donne louange à Dieu. 

 

 

Josué sonne la trompette, par He-Qi

 

 

voir aussi : Faudrait voir à voir, Dernière chance, Quand la caravane passe, Trompettes de la renommée, Aveugle mais pas sourd, Aveugles

Chez Marc (10, 46-52), et chez Matthieu à sa suite (20, 29-34), l'aveugle de Jéricho est une figure éminemment symbolique. La ville de Jéricho est en effet la dernière étape avant l'arrivée à Jérusalem. Quand le pèlerin quitte Jéricho, le matin, il sait que le soir il sera arrivé au terme de son voyage. Chez Marc et Matthieu, c'est précisément à ce moment-là qu'a lieu la rencontre avec l'aveugle, quand Jésus quitte la ville, et l'aveugle qui, guéri, se met à "le suivre sur le chemin", se met donc en route, sur le champ, pour aller lui aussi à Jérusalem. Notre aveugle récapitule, en quelque sorte, à lui seul, les motivations de ceux qui suivent Jésus ; on peut dire qu'il en est un représentant typique : il en a appelé au Messie ("fils de David" : c'est pratiquement le seul cas dans les évangiles où une personne s'adresse à Jésus en lui donnant ce titre), il en a été récompensé d'une guérison physique qui n'est que la conséquence de sa guérison spirituelle (il voit maintenant de ses yeux de chair ce Messie qu'il avait discerné par les yeux de l'Esprit), et il l'accompagne désormais à la capitale pour son intronisation sur le siège de David.

Étant donnée l'abondance de symboles de cet épisode, nous sommes bien sûr en droit de le considérer uniquement ainsi : un symbole. Qu'il y ait réellement eu une guérison d'un aveugle à Jéricho importe peu, puisque nous voyons bien que c'est uniquement cette dimension symbolique qui vaut à cette histoire de figurer, à ce moment-là du ministère de Jésus, dans les évangiles. Cet épisode est en réalité le coup d'envoi de l'entrée, censément triomphale, dans la capitale, qui, chez Marc et Matthieu, suit immédiatement. On comprend aussi qu'au vu de la prégnance du thème du Messie dans cette histoire, Luc, bien que n'osant pas la supprimer purement et simplement, ait voulu par contre en atténuer les effets. C'est ce qui nous vaut d'avoir, chez lui, une guérison de l'aveugle au moment de l'entrée à Jéricho — et non de la sortie, comme chez Marc et Matthieu. Ainsi, l'aveugle qui suit Jésus, le suit juste pour entrer dans Jéricho ; puis Luc va nous placer l'histoire de Zachée ainsi que la parabole des dix mines : le lien entre l'aveugle et l'entrée "messianique" dans Jérusalem est rompu. On peut d'ailleurs noter que, lors de cette entrée à Jérusalem, Luc a supprimé le mot "David" des acclamations mises dans la bouche de la foule...

On l'a compris : Luc n'est pas un fana du messianisme judéo-chrétien. Ce n'est pas une surprise, nous savons bien que Luc est païen d'origine, qu'il nous parle au nom des communautés, d'origine majoritairement païenne, fondées par Paul, pour lesquelles le mot "Christ" (traduction grecque du mot hébreux "Messie") n'a plus grand rapport avec le messianisme du judaïsme classique. Luc sait bien que Jésus était juif, mais, avec raison, considère que la stature de Jésus dépasse largement ces particularismes d'un Messie politique venant établir un Royaume politique en Israël. Dit ainsi, cela peut nous sembler évident, pour nous, aujourd'hui ; pourtant c'est exactement ce dont veulent nous parler l'aveugle de Jéricho et l'entrée à Jérusalem chez Marc et Matthieu. Malgré la mort de Jésus sur la croix, leur judéo-christianisme était resté dans ces attentes qui peuvent nous sembler terriblement terre-à-terre ; ou devons-nous dire provinciales ? Certes, la nature exacte du Royaume avait changé, n'exagérons quand même pas. Mais ce Royaume n'en restait pas moins fortement lié à la géographie terrestre. Si la famille de Jésus, à la tête de la communauté dont témoigne Matthieu, s'était déplacée de Galilée pour s'installer à Jérusalem, c'était bien pour être au bon endroit le moment venu, lorsque Jésus reviendrait...

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