Partage d'évangile quotidien
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Tout jeté

Lun. 23 Novembre 2015

Luc 21, 1-4 traduction : Comparer plusieurs traductions sur le site 4evangiles.fr Lire le texte grec et sa traduction (anglaise) mot-à-mot sur le site interlinearbible.org

Il lève le regard et voit ceux qui jettent dans le trésor leurs offrandes : des riches. Il y voit une veuve indigente y jeter deux liards.  Il dit : « Pour de vrai, je vous dis, cette veuve, qui est pauvre, a jeté plus que tous : car tous ceux-là, c'est de leur surplus qu'ils ont jeté dans les offrandes. Mais elle, de sa pénurie, tout ce qu'elle avait pour subsister elle l'a jeté ! » 

 

 

Saint François, par He-Qi

 

 

voir aussi : Là sera ton cœur, Pauvreté en esprit, C'est l'intention qui compte, Tout est relatif, Pour vivre, Donner sa vie

"le trésor" : nous somme dans le Temple de Jérusalem, les offrandes mises dans ce "trésor" sont destinées aux frais d'entretien du Temple et de son culte. Jésus n'avait pas une très haute estime de cette institution, ce n'est donc pas là le sujet de ce passage ; d'ailleurs, ce qui suit immédiatement et que nous verrons demain, parle de la destruction prochaine de ce Temple... Jésus n'admire pas cette veuve parce qu'elle soutient cette cause, et encore moins, sans doute, d'avoir donné pour ça "tout ce qu'elle avait pour subsister". Quand on pense justement à la prochaine destruction du Temple, c'est plutôt un sentiment de gâchis malheureux que son geste devrait faire surgir. Mais il reste quand même cette observation, qui peut alors sembler comme presque purement clinique : elle, elle s'est vraiment donnée, elle y croit et cela s'est traduit très concrètement dans ses actes, contrairement aux riches qui, malgré les apparences, sans qu'on puisse dire qu'ils n'y croient pas du tout, se révèlent à leur corps défendant, par contraste, nettement moins impliqués.

C'est cette question que doit nous poser ce texte : qu'est-ce que représente pour nous notre recherche spirituelle ? Quitte à nous tromper — et il est inévitable que nous le fassions, plus ou moins — est-elle pour nous plus importante que notre vie, ou n'est-elle qu'un de ses éléments parmi d'autres, un sujet auquel nous pensons parfois, de temps en temps ? Mais on peut aussi inverser la question, dans ce sens : est-ce qu'il y a quelque chose dans nos vie auquel nous soyons attachés par dessus tout, quelque chose qui nous dépasse et pour lequel nous sommes prêts à perdre notre vie ; quelque chose qui, s'il nous apparaissait que nous ne pourrions jamais, ou jamais plus, y atteindre, il nous semblerait alors préférable de mourir, parce que notre vie n'aurait plus de sens ? si tel est le cas, nous pouvons alors appeler cela notre spiritualité, car il ne s'agit pas ici de s'attacher à, ou se laisser rebuter par, des mots précis ; ce sont le sens et l'idée qui importent, de quelque chose qui nous dépasse et que nous poursuivions, en le plaçant au-dessus de tout.

Pour notre veuve, c'était la censément présence de YHWH dans le "saint des saints" du Temple ; c'était pour que YHWH puisse habiter là, sur terre, qu'elle était prête à donner sa vie. Jésus va bientôt donner la sienne, et lui ce serait plutôt pour que le Père puisse habiter en chaque homme. Chacun de nous, nous nous faisons forcément des représentations de cela qui nous dépasse, et forcément ces représentations sont parcellaires, partiellement erronées, comme celle de la veuve. Mais nous n'avons pas vraiment d'autre chemin devant nous ; nous devons nous donner, même à ce qui nous apparaîtra plus tard comme des mirages, car c'est le seul moyen de les dissiper, de les épurer. Il est certain qu'il ne s'agit pas non plus d'aller mourir en combattant des moulins à vent, si nous savons avec certitude qu'ils ne sont que ça ! Même si nous devons nous méfier de survaloriser notre intelligence, nous n'avons pas non plus à la mépriser. Mais si ce après quoi nous courons nous dépasse réellement, alors nécessairement il y a un moment où notre intelligence cale, où elle ne peut pénétrer ; elle reste utile comme garde-fou, mais elle ne peut nous servir pour autant de guide.

Que dire alors des autres moyens que nous avons ordinairement à notre disposition pour mener notre vie, sinon que eux non plus ne peuvent pas plus, par eux-mêmes, nous amener là où nous aspirons ? Nous éviterons donc l'ascétisme morbide, et d'une manière générale tout ce qui voudrait mener la guerre contre nos sens et nos sentiments ; eux aussi sont une forme d'intelligence que nous devons respecter. Mais ils ne suffiront pas ; notre bien-être est une bonne chose, mais ce à quoi nous aspirons est bien au-delà... Alors vient le moment où, sans rien mépriser de tout ce que nous sommes, nous ne pouvons cependant que nous en détacher, pour que cet autre chose puisse se révéler un tant soit peu à nous, au-delà de nous, au-delà de notre vie.

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