Partage d'évangile quotidien
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Nul adversaire

Mer. 25 Novembre 2015

Luc 21, 12-19 traduction : Comparer plusieurs traductions sur le site 4evangiles.fr Lire le texte grec et sa traduction (anglaise) mot-à-mot sur le site interlinearbible.org

« Mais avant tout cela, ils jetteront sur vous leurs mains, ils vous persécuteront, ils vous livreront aux synagogues et aux prisons, ils vous emmèneront devant rois et gouverneurs, à cause de mon nom : cela débouchera pour vous sur un témoignage. Mettez donc en vos cœurs de ne pas vous soucier d'avance de vous défendre, car Moi, je vous donnerai une bouche et une sagesse à quoi ils ne pourront s'opposer, ni contester, nul de tous vos adversaires. 

« Vous serez livrés même par parents, frères, proches et amis, et ils en feront mourir parmi vous. Vous serez haïs par tous en raison de mon nom. Mais cheveu de votre tête point ne se perdra. Par votre endurance vous posséderez vos âmes. » 

 

 

La femme surprise en adultère, par He-Qi

 

 

voir aussi : Gagner sa vie, Sans souci, S'il n'en reste qu'un, Temps incertains, Comme l'or par le feu, Vérité qui libère

Dans la série des supposées prédictions — faites en réalité après coup, par les évangélistes qui connaissaient la suite de l'histoire — voici maintenant, après la destruction du Temple, que nous avons vue hier, les persécutions contre les partisans de Jésus comme Messie. Il est difficile de savoir quelle réalité recouvrent ces exactions mises en avant. Le texte mêle, habilement (?), deux sortes d'adversaires allégués : les "synagogues", et les "rois et gouverneurs" ; des autorités religieuses, et des autorités civiles. Concernant les premières, le terme précis de "synagogue" désignerait les pharisiens, ou leurs héritiers le rabbinisme, comme instigateurs. Mais, avant la destruction du Temple, les pharisiens n'avaient pas l'autorité qui leur aurait permis de s'en prendre de cette façon aux judéo-chrétiens, et, après la destruction du Temple, le rabbinisme était déjà suffisamment content que les romains tolèrent leur activité strictement religieuse, il ne pouvait être question pour lui de se faire remarquer par de telles actions violentes.

Il est vrai que chez Marc, et Matthieu à sa suite, sont mentionnés, outre les synagogues, aussi les sanhédrins, lesquels désigneraient alors les sadducéens comme instigateurs possibles. Les sadducéens avaient effectivement le pouvoir de décider d'une telle lutte contre les partisans de Jésus. Mais il faut quand même comprendre que les sadducéens se moquaient pas mal des controverses religieuses, en elles-mêmes, du moment qu'on ne menaçait pas de les déloger de leur sinécure à la tête de l'institution du Temple. S'ils s'en sont pris à Jésus, c'est à cause de l'histoire des cinq mille hommes prêts à monter à Jérusalem pour le mettre sur le trône. Jésus avait effectivement montré que son charisme pouvait être dangereux. On peut douter que les judéo-chrétiens aient jamais représenté une telle menace, ni directement contre le pouvoir des sadducéens, ni indirectement en suscitant des troubles capables d'attirer l'attention, et la répression, des romains. Bref, du côté des autorités religieuses, on ne peut guère envisager qu'il y ait eu des opérations sérieuses montées et dirigées contre le christianisme naissant.

L'aspect d'énumération que prend chez Marc la mention successive de tous ces ennemis — les sanhédrins, les synagogues, les gouverneurs et rois — ne peut alors être compris que comme un effet de rhétorique : on veut décrire un christianisme en butte à une hostilité générale. Il est certain qu'il a pu y avoir des hostilités ponctuelles de la part de représentants de toutes ces autorités ; les chrétiens cherchaient à se développer, avaient un message qui ne pouvait pas plaire à tout le monde, ils ont forcément déclenché des résistances, mais on ne doit pas chercher plus que ça dans ce texte. Notamment, l'allusion aux "gouverneurs et rois" ne parle certainement pas des persécutions romaines visant spécifiquement les chrétiens en tant que tels ; ces dernières ne concernaient pas les judéo-chrétiens à l'origine de ce texte. Ces précisions contextuelles étant faites, on peut alors apprécier la portée exacte de la recommandation qui est faite de ne pas se "soucier d'avance".

S'il s'agissait en effet de répondre à des opérations systématiques et planifiées, "ne pas se soucier" serait alors criminel, le délire d'un fou prêt à envoyer à la boucherie ses petits soldats sans qu'ils n'aient aucune chance d'en réchapper. En fait, ce n'est même pas tant de recommandations, qu'il s'agit, mais d'abord du témoignage d'une expérience vécue, à savoir que, lorsqu'on se retrouve dans une situation difficile sans l'avoir réellement cherchée, si on ne se laisse pas perturber par la peur, il se produit alors généralement ce qui nous est dit : les mots viennent tout seuls, qui se révèlent être, parfois de manière très surprenante, exactement ceux qu'il fallait pour débloquer la situation. C'est une expérience que nous pouvons tous faire, que nous avons tous faite, à des degrés divers. C'est une expérience qu'ont faite les premiers chrétiens, grâce à l'état d'assurance intérieure dans lequel ils pouvaient se trouver, cette assurance que leur avait donnée ce qu'ils ont appelé la venue de l'Esprit.

L'explication de ce qu'il se passe dans ces cas-là est en réalité assez simple à comprendre, du point de vue théorique : lorsqu'on est bien centré sur sa réalité intérieure, on n'offre alors plus de prise à la dialectique dans laquelle l'autre voudrait nous faire entrer, et nous enfermer. On n'est véritablement pas concerné, on est au-delà de la dualité inhérente à toute confrontation, laquelle tombe alors dans le vide, et désarçonne l'agresseur. Ce sont ici les fondements de ce qu'on appelle de nos jours la non-violence. Mais il n'y a évidemment pas vraiment de truc, dans tout ceci ; on ne peut pas à proprement parler s'entraîner, élaborer ni transmettre des techniques, de non-violence. Seule compte, de fait, la réalité de notre état intérieur. C'est lui seul qui se révélera à l'épreuve : s'il est authentique, il nous fera échapper aux dangers parce que nous n'aurons même pas eu conscience qu'il y avait danger. Sinon, eh bien ! nous aurons au moins appris quelque chose sur nous. Enfin, du moins, ce sera une occasion d'une telle prise de conscience, si nous savons la saisir...

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