Partage d'évangile quotidien
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Fâcheux antécédents

Sam. 8 Septembre 2012

Luc 6, 1-5 traduction : Comparer plusieurs traductions sur le site 4evangiles.fr Lire le texte grec et sa traduction (anglaise) mot-à-mot sur le site interlinearbible.org

Un jour de sabbat, Jésus traversait des champs de blé ; ses disciples arrachaient et mangeaient des épis, après les avoir froissés dans leurs mains. Des pharisiens lui dirent : « Pourquoi faites-vous ce qui n'est pas permis le jour du sabbat ? » 

Jésus leur répondit : « N'avez-vous pas lu ce que fit David un jour qu'il eut faim, lui et ses compagnons ? Il entra dans la maison de Dieu, prit les pains de l'offrande, en mangea, et en donna à ses compagnons, alors que les prêtres seuls ont la permission d'en manger. » 

Jésus leur disait encore : « Le Fils de l'homme est maître du sabbat. » 

 

 

Le jugement de Salomon, par He-Qi

 

 

voir aussi : Restauration rapide, Appétit d'oiseau

En répondant par l'exemple de David et ses compagnons, Jésus est bien dans le style de l'argumentation des pharisiens. Nous sommes dans une discussion de type législative, et la transgression que se permit le vieux roi fonctionne comme une jurisprudence. Les pharisiens doivent le lui accorder, Jésus a respecté leur mode de pensée. Ça ne lui était d'ailleurs pas difficile, c'est eux qui l'ont éduqué. Et au passage, bien sûr, il a de plus établi un parallèle entre lui et ses disciples, d'une part, et David et ses compagnons d'autre part.

Cependant, si Jésus a respecté les formes, les pharisiens n'ont pas pu pour autant lui donner raison. Ils ont certainement objecté que l'exemple de David autorisait seulement Jésus à, éventuellement, s'approprier les pains d'offrande d'un sanctuaire quelconque, et non à moissonner (à quoi s'assimile le fait de cueillir des épis) un jour de sabbat, d'autant que l'épisode de David s'était déroulé en semaine. Examiné ainsi de près, l'argument de Jésus est trop générique pour satisfaire la méticulosité de ses interlocuteurs.

C'est un bon exemple de ce qui sépare les deux attitudes. Jésus raisonne à un niveau général, pour lui la nécessité prime sur toutes les règles. Deux groupes d'hommes ont faim, aucune législation, soit-disant sacrée, ne doit s'imposer s'ils ont un moyen non violent de satisfaire leur besoin, pas plus le fait que les pains d'offrande étaient réservés aux prêtres, que l'interdiction de tout travail le jour du sabbat. La conclusion est ici un peu réductrice, l'homme n'est pas seulement maître du sabbat mais, en fait, de tout règlement religieux.

C'est la révolution copernicienne dans laquelle Jésus s'efforce de faire rentrer ses coreligionnaires. Pour les pharisiens, Dieu est premier de manière absolue, et c'est un Dieu extérieur à l'homme, dont on ne sait finalement que ce qu'il a révélé de lui dans les temps anciens, en quelques occasions et à quelques uns seulement. Les traditions qui viennent de cet héritage ont fini par prendre sa place, l'absolu s'est déplacé de la source vers ses manifestations passées. Ils n'ont de fait pas d'autre choix.

Pour Jésus aussi, Dieu est premier de manière absolue, mais c'est ce Dieu, le Père, intérieur à l'homme, présent en chacun, en sorte qu'il ne saurait y avoir de conflit entre eux pour le "fils de l'homme", c'est-à-dire tout être humain qui sait entendre ce Père en lui. Et pour Jésus, il ne s'agit pas d'un privilège qui lui serait réservé. Chacun a le Père en lui, et ceux qui le découvrent sont nés une seconde fois, nés fils de Dieu, non plus seulement de la volonté de chair de leurs parents, mais désormais de l'Esprit.

Les points de vue sont trop différents. Même par la suite, au cours des siècles, qui l'a compris ainsi ? Quelques uns, une minorité, trop peu en tout cas. Des premiers témoignages, l'évangile de Jean est sans doute celui qui s'en rapproche le plus. Mais le courant général de l'Église ne suit pas cette voie. Au contraire, on repart "comme en 40", on fait de Jésus un nouveau Moïse, une nouvelle figure absolue d'où l'on peut faire découler toute une législation, des dogmes, une théologie même. Nouvelle naissance ? baptême ! Esprit ? confirmation ! Tout ça a été analysé, expliqué, codifié, et nouveaux gardiens du Temple pour veiller à ce qu'aucune tête ne dépasse...

J'exagère, bien sûr. Et puis ce n'est pas si facile à expliquer, si tant est d'ailleurs qu'on puisse l'expliquer. Bienheureux es-tu si tu le sais, car ce n'est pas la chair qui te l'a révélé, mais l'Esprit.

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