Partage d'évangile quotidien
<
Enregistrer le billet en pdf

Renégats et mécréants

Mar. 17 Juillet 2012

Matthieu 11, 20-24 traduction : Comparer plusieurs traductions sur le site 4evangiles.fr Lire le texte grec et sa traduction (anglaise) mot-à-mot sur le site interlinearbible.org

Jésus se mit à faire des reproches aux villes où avaient eu lieu la plupart de ses miracles, parce qu'elles ne s'étaient pas converties : 

« Malheureuse es-tu, Corazine ! Malheureuse es-tu, Bethsaïde ! Car, si les miracles qui ont eu lieu chez vous avaient eu lieu à Tyr et à Sidon, il y a longtemps que les gens y auraient pris le vêtement de deuil et la cendre en signe de pénitence. En tout cas, je vous le déclare : Tyr et Sidon seront traitées moins sévèrement que vous, au jour du Jugement. 

« Et toi, Capharnaüm, seras-tu donc élevée jusqu'au ciel ? Non, tu descendras jusqu'au séjour des morts ! Car, si les miracles qui ont eu lieu chez toi avaient eu lieu à Sodome, cette ville subsisterait encore aujourd'hui. En tout cas, je vous le déclare : le pays de Sodome sera traité moins sévèrement que toi, au jour du Jugement. » 

 

 

L'adoration des mages, par He-Qi

 

 

voir aussi : Nul prophète en son pays, Désillusions

Cette histoire de 'jour du jugement' est propre à Matthieu. Les autres évangélistes n'en parlent pas, Paul non plus, Matthieu en est presque obsédé. C'est important pour lui, le légaliste, le moraliste, dans l'âme. Il peut accepter qu'il faille pardonner jusqu'à soixante dix fois sept fois, mais il a besoin de cette certitude que les comptes se régleront quand même un jour. Ce serait trop facile, sinon. Suivre Jésus ne veut pas dire que l'on peut faire n'importe quoi sous prétexte que le Père nous aime sans condition.

Cette notion de jour du Jugement est donc une connotation propre à Matthieu. Mais il n'est quand même pas le seul à croire en un jour à venir qui sera le dernier. Luc, Jean, Paul aussi, parlent du jour où Jésus reviendra, de la fin des temps et de l'établissement définitif du royaume, avec la résurrection de tous ceux qui seront morts avant. Paul précise même que ce sont les morts, ressuscités ce jour-là, qui entreront les premiers, suivis ensuite seulement de ceux qui auront survécu jusque là. Pour Paul, c'est donc une perspective pas très éloignée. Luc, lui, qui écrit en fait après Paul, ne croit plus à ce retour plus ou moins proche, c'est pour cette raison qu'il a composé les Actes des Apôtres, qui jettent les bases d'une église institutionnalisée, organisée pour durer et traverser les siècles.

Reste Marc. Marc est le premier à composer son œuvre. Et Marc ne parle pas de retour de Jésus. Il ne parle d'ailleurs pas non plus de son départ, son évangile s'achève sur la découverte du tombeau vide, les quelques versets qui suivent étant un ajout ultérieur. On retrouve ce que pensaient les premiers chrétiens, avant Matthieu, Jean, Luc, dans la formule 'maranatha', "viens, Seigneur" ou "le Seigneur viens". La mort de Jésus n'a pas mis fin à son chemin, au contraire. C'est le même œuvre qui se poursuit, Jésus vient, le Royaume vient.

Cette dernière conception est la plus fidèle à l'enseignement de Jésus de son vivant. Il ne parlait pas du Royaume comme d'un événement futur, situable dans le temps. C'était une de ses grandes différences avec son ancien maître Jean-Baptiste. Là où Jean annonçait la fin d'une époque, et donc de la venue proche d'une autre, Jésus, lui, parlait de quelque chose de déjà là, déjà commencé, ne serait-ce que comme une infime semence, mais contenant déjà en puissance l'arbre entier. N'attendons donc pas des temps à venir, n'attendons pas une hypothétique résurrection après notre mort, c'est aujourd'hui que ça se passe, ici, maintenant.

Commenter cet évangile