Partage d'évangile quotidien
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Enfants modèles

Sam. 18 Août 2012

Matthieu 19, 13-15 traduction : Comparer plusieurs traductions sur le site 4evangiles.fr Lire le texte grec et sa traduction (anglaise) mot-à-mot sur le site interlinearbible.org

Alors, on présenta des enfants à Jésus pour qu'il leur impose les mains en priant. Mais les disciples les écartaient vivement. 

Jésus leur dit : « Laissez les enfants, ne les empêchez pas de venir à moi, car le Royaume des cieux est à ceux qui leur ressemblent. » 

Il leur imposa les mains, puis il partit de là. 

 

 

Le bébé Moïse, par He-Qi

 

 

voir aussi : Enfance de l'art, Enfants rois

Matthieu avait déjà abordé le thème du Royaume des cieux qui appartient à ceux qui sont comme des enfants. S'il y revient ici, dans un très court passage comme une forme de rappel, c'est à cause du thème précédent. Il vient, en effet, de parler de ceux "qui ont choisi de ne pas se marier à cause du Royaume des cieux", ce qui était le cas de Jésus, et qui peut s'apparenter à une promotion du célibat par rapport au mariage.

Nous avons vu hier que telle n'était sans doute pas la pensée de Jésus. Pour lui, son célibat n'était que son choix personnel, qu'il n'avait nulle intention d'imposer à qui que ce soit. Pour les premiers chrétiens, il en va autrement. Les premières communautés, dont celle de Matthieu, s'attendent à l'instauration imminente du Royaume, dans lequel la procréation n'aura plus de raison d'être puisqu'on n'y meurt plus. Si l'on est déjà marié, ce n'est pas une mauvaise chose en soi, mais si on ne l'est pas, il n'y a pas de raison de le faire. On n'est pas, comme Jésus, sur un choix volontaire de célibat, on est sur l'idée que le mariage n'a plus de raison d'être, on n'a plus besoin de descendance, et même celle que l'on a déjà engendrée, les enfants, n'ont plus trop de sens...

Il est intéressant de noter que Matthieu est le seul des trois synoptiques à développer ce thème du célibat volontaire. C'est que la question ne se posait pas encore en ces termes avant lui. Pour Marc, qui lui est antérieur, il n'était pas encore question d'un retour ultérieur de Jésus, pour la résurrection générale. Pour Marc, Jésus est toujours là, et avec lui, le Royaume. On est encore dans la dynamique qu'il a inaugurée de son vivant, on a juste franchi un palier de plus avec sa résurrection. C'est ensuite seulement, avec Matthieu, qu'on commence à trouver que ça ne suffit pas, les apparitions se sont raréfiées, puis plus rien, alors on ne croit plus que c'est déjà arrivé, mais sûr, ça ne va plus tarder...

Avec Luc, enfin, c'est encore autre chose. On ne croit plus au retour proche de Jésus. Pour le dire, Luc (lui seul !) raconte l'ascension : Jésus est parti, définitivement. Sans doute le retrouvera-t-on un jour, à la fin des temps, mais ce n'est plus pour demain, ni après-demain. C'est aussi pourquoi Luc est le seul à s'intéresser à une histoire des premières communautés, dans ses Actes des Apôtres. Pour Luc, l'aventure du christianisme ne fait que commencer, ce n'est plus le moment d'arrêter de faire des enfants, si on veut qu'elle puisse continuer.

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