Partage d'évangile quotidien
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Deux en un

Ven. 24 Août 2012

Matthieu 22, 34-40 traduction : Comparer plusieurs traductions sur le site 4evangiles.fr Lire le texte grec et sa traduction (anglaise) mot-à-mot sur le site interlinearbible.org

Les pharisiens, apprenant qu'il avait fermé la bouche aux sadducéens, se réunirent, et l'un d'entre eux, un docteur de la Loi, posa une question à Jésus pour le mettre à l'épreuve : « Maître, dans la Loi, quel est le grand commandement ? » 

Jésus lui répondit : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton coeur, de toute ton âme et de tout ton esprit. Voilà le grand, le premier commandement. Et voici le second, qui lui est semblable : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Tout ce qu'il y a dans l'Écriture - dans la Loi et les Prophètes - dépend de ces deux commandements. » 

 

 

Les dix commandements, par He-Qi

 

 

voir aussi : La loi pour les nuls, Toute la loi

Il peut être intéressant de restituer le contexte de cet épisode pour mieux le comprendre. Les sadducéens viennent de se faire moucher par Jésus au sujet de la résurrection, de la survie au-delà de la mort. Les sadducéens n'y croient pas. Pour eux, il n'y a que cette vie-ci, terrestre. C'est ce qui explique que, toujours pour eux, la misère, la pauvreté, la maladie, sont des punitions de Dieu, et au contraire la richesse, la bonne santé, sont des récompenses. Ils ne sont pas loin du matérialisme. Il n'y a pas à se soucier d'un jugement après la mort qui corrigerait les mauvaises actions effectuées dans ce monde. La fin justifie les moyens, si je deviens riche par quelques manœuvres que ce soit, c'est que Dieu l'a voulu. Ce Dieu n'est guère plus que l'inconnu de l'univers, qu'ils amadouent et manipulent magiquement par les rites du Temple. Les sadducéens sont en fait quasiment des athées, leur seul vrai dieu est leur prospérité personnelle.

La réaffirmation du premier commandement vient donc tout-à-fait à propos. C'est justement la grande spécialité des pharisiens. Non, on ne peut pas traiter Dieu ainsi par dessous la jambe, c'est sérieux, c'est réel, même si on ne le voit ou l'entend que rarement... Voilà ce que les pharisiens attendaient comme réponse de Jésus, à ce moment-là. Et c'est bien ce qu'ils obtiennent. Mais Jésus ne veut pas, ne peut pas, s'en arrêter là. Là où les sadducéens ont tendance à ne se soucier de personne d'autre qu'eux-mêmes, les pharisiens ont tendance à ne se soucier de personne d'autre que leur Dieu. Au nom de leur Dieu et de ses commandements, ils sont prêts à sacrifier le premier venu. C'est un Dieu encore assez lointain et abstrait, qu'ils révèrent et placent au-dessus de tout. Dans le fond, c'est un étranger, dont il n'y a pas non plus grand chose à comprendre, sinon de suivre ses commandements.

La révolution de Jésus est là. Oui, Dieu, mais pas sans l'homme. Jésus ne pouvait pas ne pas citer le premier commandement en premier, mais le second, dit-il, est semblable. Le mot grec ὁμοία ici traduit par 'semblable', pourrait l'être par 'le même', 'de même rang', 'égal', et c'est ce que Jésus veut dire. On ne peut pas aimer Dieu sans aimer son prochain. On ne peut pas le rencontrer autre part que dans son prochain. Il est vrai qu'on peut aussi le trouver en soi-même, mais c'est alors d'une façon telle qu'on sait qu'il est aussi, de la même façon, dans son prochain. C'est là l'expérience qu'a faite Jésus. Ayant découvert que Dieu est dans l'homme, celui qu'il a appelé son Père, il n'a eu de cesse que de le révéler à chacun : tu es une histoire sacrée, tu comptes plus pour Dieu que tous les sabbats et tous les jeûnes et toutes les offrandes, Dieu t'aime de toute éternité, sans conditions, sans marchandages.

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