Partage d'évangile quotidien
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Pertes et profits

Lun. 18 Juin 2012

Matthieu 5, 38-42 traduction : Comparer plusieurs traductions sur le site 4evangiles.fr Lire le texte grec et sa traduction (anglaise) mot-à-mot sur le site interlinearbible.org

« Vous avez appris qu'il a été dit : Oeil pour oeil, dent pour dent. Eh bien moi, je vous dis de ne pas riposter au méchant ; mais si quelqu'un te gifle sur la joue droite, tends-lui encore l'autre. Et si quelqu'un veut te faire un procès et prendre ta tunique, laisse-lui encore ton manteau. Et si quelqu'un te réquisitionne pour faire mille pas, fais-en deux mille avec lui. 

« Donne à qui te demande ; ne te détourne pas de celui qui veut t'emprunter. » 

 

 

David et Saül, par He-Qi

 

 

voir aussi : Un prêté pour un rendu, Donner et par-donner

Voilà bien un domaine important de l'enseignement de Jésus, mais qui a trop subi de mauvaises interprétations. Il n'est en aucun cas dit ici que l'on doive se résigner à être des victimes ! Que la femme battue devrait se laisser faire jusqu'à ce que mort s'ensuive, que l'enfant victime de pédophilie devrait supporter patiemment son bourreau, encore moins que les juifs devaient supporter l'holocauste quand ils pouvaient s'y soustraire !

Une bonne façon de comprendre ce que Jésus voulait dire est de regarder comment il s'est lui-même comporté lorsque cela lui est arrivé. "si quelqu'un te gifle sur la joue droite" : c'est précisément ce qu'il s'est passé lorsqu'il a été interrogé par Caïphe. Un soldat un peu zélé le frappe parce qu'il estimait que Jésus faisait preuve d'insolence, pour lui rabattre son caquet, le mettre en condition, comme on dit. Jésus lui montra-t-il alors l'autre joue, sans rien dire, pour qu'il puisse équilibrer son geste ?

Au contraire. Premièrement, il prit la parole. Ceci est déjà essentiel, il fallait qu'il exprime son point de vue sur cette action qu'il avait subie. Et il dit alors : "pourquoi m'as-tu frappé ?" Là aussi c'est important, il établit clairement quel est l'objet du désaccord. En même temps, il ne dit pas non plus que le soldat ait nécessairement eu tort ! Il pose seulement la question : es-tu sûr que tu avais raison ? Enfin, il suggère une méthode de résolution du conflit : "si j'ai mal parlé, dis-moi en quoi". Bref, j'ai peut-être tort, mais explique-le moi alors.

Mais alors, en quoi Jésus tend-il l'autre joue ? On a l'impression qu'il fait tout pour éviter un autre coup. Et c'est vrai, il adopte exactement la meilleure attitude possible pour cela, mais tout en restant fidèle à lui-même, sans se renier. Car s'il avait voulu être vraiment sûr de ne pas en recevoir une seconde, il se serait tout simplement écrasé. Là le soldat aurait été content, aurait cru être parvenu à ses fins, et on en serait resté là.

En choisissant par contre de ne pas se taire, Jésus prend en fait doublement le risque d'une seconde gifle, voire pire. D'abord, parce qu'il risque d'être mal compris, que le soldat n'écoute pas ce qu'il a dit, retenant seulement une attitude de contestation, auquel cas il y a de fortes chances qu'il réplique du tac au tac avec le même langage que précédemment. Ensuite, parce qu'il prend le risque, au moins théorique mais réel quand même, que ce soit le soldat qui ait effectivement raison.

Oui, la non-violence nécessite un double effort, c'est-à-dire à la fois de celui qui veut l'exercer comme de celui vers lequel elle veut s'exercer. Celui qui veut l'exercer doit être prêt à se remettre en cause lui-même. Il ne s'agit pas de se renier soi-même (cf. exemples du début, femme battue, etc...), mais on doit quand même être réellement prêt, sur le principe, à se rendre compte, le cas échéant, que c'est notre vision qui était erronée.

Sinon, on diabolise l'autre. Et on ne saura pas alors trouver les mots qui pourront le toucher, qui pourront le rejoindre là où il est lui aussi un être humain, fondamentalement, au-delà de ses conditionnements éventuels qui le déshumanisent. Et c'est bigrement essentiel d'arriver à voir l'autre ainsi, car c'est uniquement sur notre faculté à trouver ces mots justes, que cet autre arrivera, éventuellement, à fournir lui aussi sa part de l'effort nécessaire pour la résolution heureuse du conflit.

Ouf !

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