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Tout ou rien

Sam. 6 Juin 2015

Marc 12, 38-44 traduction : Comparer plusieurs traductions sur le site 4evangiles.fr Lire le texte grec et sa traduction (anglaise) mot-à-mot sur le site interlinearbible.org

Dans son enseignement, il disait : « Gardez-vous des scribes : ils veulent marcher en robes longues, et salutations sur les places publiques,  et premières stalles dans les synagogues, et premiers sofas dans les dîners. Ces dévoreurs des maisons des veuves affectent aussi de prier longuement ! Ils recevront un surplus de condamnation. » 

Il s'assoit devant le Trésor: il regarde comment la foule jette du billon dans le Trésor. Beaucoup de riches en jettent beaucoup. Vient une veuve, pauvre, elle jette deux liards (c'est un quart de sou).  Il appelle à lui ses disciples et leur dit : « Amen, je vous dis, cette veuve, qui est pauvre, a jeté plus que tous ceux qui ont jeté dans le Trésor : car tous ont jeté de leur surplus. Mais elle, de son manque, tout, autant qu'elle avait, elle a jeté, sa subsistance entière ! » 

 

 

Saint François, par He-Qi

 

 

voir aussi : Le monde du spectacle, Du bien des veuves, Veuves et veuve

Pour terminer notre parcours de Marc, voici deux petites péricopes, assez vaguement reliées par la mention des veuves dans la première, pour ce qui est de la forme. Mais c'est plus sur le fond, la description de deux attitudes différentes dans la vie, que leur mise en relation est intéressante. Sans trop nous focaliser sur la question de savoir ce que la veuve a mis exactement dans le tronc de la quête, il est certain que nous avons d'un côté des "scribes" — des gens dont la religion est la profession — qui apparaissent surtout soucieux de leurs aises personnelles, et de l'autre une femme qui, au contraire, paie de sa personne pour ce en quoi elle croit.

Ces scribes ne sont pas nécessairement cyniques, ils peuvent être parfaitement sincères, pleins de bonne volonté, et avoir la conscience tranquille. Ils ont passé de longues années penchés sur les rouleaux de la Torah, à la lire, chercher à la comprendre, et la mémoriser, et ils continuent encore de le faire. Ce sont des intellectuels, ils ont des capacités qui ne sont pas données à tout le monde, ils détiennent un savoir que beaucoup leur envient, et tout ceci justifie largement à leurs yeux qu'ils vivent dans un minimum de standing. Il n'y a rien de changé de ce point de vue de nos jours ; les médecins, les avocats, les ingénieurs, tous ceux qui ont fait de longues études, trouvent normal d'avoir un meilleur niveau de vie que les ouvriers. Ce n'est pas pourtant que leur journée de travail soit forcément tellement plus fatigante (en tout cas pas au point de justifier les écarts de revenus), et par ailleurs elle est certainement moins fastidieuse, mais c'est comme ça, pour la plupart ils sont incapables d'apprécier à leur juste valeur les satisfactions que leur apporte leur travail, en soi, il faut encore qu'il leur permette d'accumuler et thésauriser, sans qu'ils sachent trop d'ailleurs à quoi cela leur sert réellement.

Mais passons, là nous parlions de métiers "profanes" ; après tout on peut vivre ainsi, avec d'un côté "César", notre vie civile, et de l'autre "Dieu". C'est bien sûr un peu schizophrène comme façon d'être, mais c'est toute notre société qui est ainsi. Mais quand on en arrive à un métier dont le domaine est précisément la religion, c'est alors que le grand écart finit quand même par poser question : comment peut-on encore se soucier à ce point de sa petite personne quand on est censé se référer à Dieu ? La seule explication possible est que ce qu'on appelle religion est tout sauf une relation à Lui ; on appelle religion tous les moyens possibles et imaginables qu'on a trouvés pour Le mettre, celui-là qui nous interpelle et nous interroge, aussi loin que faire se peut de nous. La religion, dans ce cas, bien loin d'être un chemin qui nous y mène, est au contraire le barrage derrière lequel on s'abrite et se cache pour Lui échapper.

Alors arrive notre pauvre veuve. On peut ne pas comprendre l'attachement qu'elle a au Temple — puisque l'argent déposé dans le "trésor" servait à financer l'entretien du bâtiment et son activité —, mais c'est sa foi : elle croit à la présence de YHWH dans le sanctuaire, et, en donnant cet argent, elle prouve que YHWH est plus important pour elle que sa propre vie, et c'est cette attitude, et seulement elle, qui nous est montrée ici. Après avoir seriné tout du long de son ministère que c'est avant tout dans nos prochains que se trouve Dieu, Jésus ne pourrait pas se mettre ici à réhabiliter l'activité sacrificielle d'un Temple, dont la suite du texte va d'ailleurs immédiatement prédire la destruction ! Mais voilà, la question est là, toute simple en fait : avec Dieu, on ne peut pas ruser, rester dans la demi-mesure (encore moins le septième de mesure : un jour pour lui et les six autres pour nous) ; soit il est tout pour nous, et c'est toute notre vie que nous lui donnons, soit...