L'esprit de la lettre ?
« Ne pensez pas que je suis venu abolir la Loi ou les Prophètes : je ne suis pas venu abolir, mais accomplir.
« Amen, je vous le dis : Avant que le ciel et la terre disparaissent, pas une lettre, pas un seul petit trait ne disparaîtra de la Loi jusqu'à ce que tout se réalise. Donc, celui qui rejettera un seul de ces plus petits commandements, et qui enseignera aux hommes à faire ainsi, sera déclaré le plus petit dans le Royaume des cieux. Mais celui qui les observera et les enseignera sera déclaré grand dans le Royaume des cieux. »
voir aussi : A la lettre
On sait que Matthieu fait partie de, et écrit son évangile pour, une communauté à très forte culture juive. On comprend que les commandements soient importants dans leur pensée, et qu'ils ne sont pas prêts à les brader sans raison. Mais l'image qu'ils nous donnent ici, pas un seul 'iota' n'est à négliger dans la loi, est difficilement compatible avec le Jésus qui se proclame maître du sabbat et qui interdit à ses disciples de pratiquer le jeûne. A moins d'en appeler à la cabale, et plus particulièrement à la gématrie, cette 'science mystique' qui pense pouvoir trouver des sens cachés aux textes même les plus anodins, et qui permet en fait de leur faire dire à peu près n'importe quoi et son contraire ...
La première phrase de ce passage nous donne plus sûrement la pensée de Jésus : Jésus est juif, il s'inscrit dans la révélation de la Torah, il assume le Dieu de l'Alliance. Cela, il ne l'abolit pas. Mais dans cet héritage, il fait quand même des choix : le Dieu des armées, celui qui demande d'exterminer jusqu'au dernier les ennemis, ne fait visiblement pas partie de ses options. Par contre il pousse jusqu'au bout la logique du Dieu d'amour en nous disant de l'appeler papa. Son accomplissement des écritures consiste quand même à réordonner les priorités.

