Rien ne peut jamais être perdu
Très simplement, être capable de s'émerveiller, d'être ravi.
Qu'est-ce que croire ? fondamentalement ? Est-ce adhérer à un certain nombre d'affirmations, aussi sensées qu'elles puissent paraître, aussi communément puissent-elles être admises ? On dit alors : moi je crois en Dieu, moi je crois en la matière, moi je crois que tout n'est qu'une illusion. Et on développe, on étend des ramifications, on construit un système logique et nécessairement juste à partir de sa croyance initiale. Et on en arrive, alors que Jésus vient juste d'annoncer qu'il va mourir, à lui demander d'avoir les deux premières places dans son gouvernement !
Le contraste entre l'un et les autres — Jésus d'une part, et d'autre part Jacques et Jean, mais aussi les dix autres — est tel, qu'on a du mal à croire que les choses se soient réellement passées ainsi. Il va être condamné à mort, on va le bafouer, cracher sur lui, le fouetter, le tuer, et eux, tout ce qu'ils ont alors en tête, c'est leur petite gloriole, les honneurs, le pouvoir, leur orgueil ? On est un peu obligé de penser que c'est plutôt un procédé littéraire, mais le fond et l'idée restent là, tel est bien le danger de toute croyance, dans le fond, idolâtre ; toute croyance qui s'est construite en idéologie.
Dieu est avec moi, Dieu s'est révélé à moi, et ma révélation est forcément supérieure à toutes les autres, d'ailleurs il n'en existe pas d'autres qui soient authentiques, seule la mienne l'est.
Qu'est-ce que croire ? fondamentalement, c'est, très simplement, être capable de s'émerveiller, d'être ravi. Ravi devant un beau paysage, ravi devant une fleur, un visage, un nouveau-né. Ravi : c'est-à-dire qu'on s'est effacé devant autre chose que soi-même, que pour un moment au moins on ne s'est plus appartenu, on ne s'est plus soucié de soi seul, de qui on est ou croit être. On s'est oublié.
Cet émerveillement peut aller jusqu'à avoir pour objet soi-même, comme le dit un psaume (139 (138), 14) : "je te rends grâce pour tant de prodiges : merveille que je suis". Non pas soi-même uniquement du point de vue physiologique — bien que ce soit aussi tout-à-fait vrai —, mais tout soi-même, pour tout ce qu'on est, même si évidemment on est aussi plein d'imperfections. Merveille de ce que c'est que d'être humain : un être, vivant, animé, conscient. Dans un tel émerveillement, mourir ne nous fait plus peur. Non qu'on le souhaite, mais qu'on sait que tout nous a été donné, rien n'est à nous, et que, du point de vue de "cela" qui donne, rien ne peut jamais être perdu.
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Ils sont sur le chemin, montant à Jérusalem,
et, les précédant, Jésus.
Ils sont effrayés,
ceux qui suivent craignent.
Il prend avec lui de nouveau les douze,
il commence à leur dire ce qui va lui arriver :
« Voici : nous montons à Jérusalem.
Le fils de l'homme sera livré
aux grands prêtres et aux scribes :
ils le condamneront à mort.
Ils le livreront aux païens,
ils le bafoueront, cracheront sur lui,
le fouetteront et le tueront.
Et, après trois jours,
il se lèvera. »
Se rapprochent de lui
Jacques et Jean, les fils de Zébédée.
Ils lui disent :
« Maître, nous voulons que, ce que nous te demanderons,
tu le fasses pour nous. »
Il leur dit :
« Que voulez-vous que moi, je fasse pour vous ? »
Ils lui disent :
« Donne-nous d'être un à ta droite et un à gauche,
assis dans ta gloire. »
Jésus leur dit :
« Vous ne savez pas ce que vous demandez :
pouvez-vous boire la coupe
que moi je bois,
ou être baptisés du baptême
dont moi je suis baptisé ? »
Ils lui disent :
« Nous pouvons ! »
Jésus leur dit :
« La coupe que moi je bois,
vous la boirez !
Du baptême dont moi je suis baptisé,
vous serez baptisés !
Quant à s'asseoir à ma droite ou à ma gauche,
ce n'est pas à moi de le donner.
Mais... pour qui c'est préparé. »
Les dix entendent
et commencent à s'indigner autour de Jacques et Jean.
Jésus les appelle à lui et leur dit :
« Vous savez, les soit-disant chefs des nations
dominent en seigneurs sur elles,
et leurs grands
exercent de haut le pouvoir sur elles.
Il n'en sera pas ainsi parmi vous !
Mais qui voudra devenir grand parmi vous
sera votre serviteur.
Et qui voudra parmi vous être premier
sera esclave de tous.
Car le fils de l'homme
n'est pas venu pour être servi,
mais pour servir,
et donner sa vie en rançon pour beaucoup. »
(Marc 10, 32-45)
