Partage d'évangile quotidien
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De l'avenir du christianisme ?

Jeu. 23 Avril 2026

Est-il capable d'intégrer le fait que, à son niveau le plus infime, la matière transcende et l'espace et le temps ?

Une des caractéristiques les plus riches du christianisme est d'avoir su proposer une perspective universelle, là où le judaïsme dont il est issu en était resté à ce qu'on doit bien appeler un Dieu chauviniste pour ne pas dire tribal, n'étant capable de proposer comme perspective aux nations autres qu'Israël tout au plus qu'un vague strapontin. Cet égocentrisme du judaïsme — au moins celui de l'époque, mais s'en est-il totalement débarrassé depuis ? — explique tout naturellement l'expansion ultérieure du christianisme sans commune mesure avec ce judaïsme qui, de fait, ne visait pas vraiment une telle perspective.


Il est sans doute possible de se faire une remarque similaire au sujet du bouddhisme par rapport à l'hindouisme dont il est issu, le premier ayant su se répandre dans une aire géographique nettement plus importante que le second, même si ici le "provincialisme" de l'hindouisme ne tient pas tant à une notion de "race" — ou de génétique si on préfère —, mais plutôt à une question de coûtume culturelle et sociale, à savoir le système des castes (lequel se retrouve d'ailleurs un peu aussi dans le judaïsme avec le système des tribus, et notamment celle de Lévi, la seule d'où puissent être issus les "prêtres").


De nos jours, cependant, c'est à un autre type d'universalisation que sont appelées les traditions spirituelles, si elles veulent continuer d'avoir un sens. C'est que le mot "universel" n'a plus du tout le même sens qu'aux époques où le bouddhisme ou le christianisme sont nés. En ces temps-là, ce qu'on appelait l'univers désignait en réalité simplement notre planète, le seul lieu sur lequel on pensait que puissent exister des êtres doués de conscience, des êtres humains en somme. Mais nous savons maintenant quelle est l'immensité de cet univers au sein duquel nous vivons, d'une part, et d'autre part que la vie est une propriété innée de la matière, capable de surgir, de se maintenir, et même de se développer, jusque dans des conditions les plus extrêmes, en sorte qu'il est certain que nous ne sommes pas la seule planète sur laquelle l'évolution soit allée jusqu'à produire d'autres êtres "humains".


Dans une telle perspective, à ma connaissance, c'est le bouddhisme qui semble le mieux armé, le moins susceptible d'en être déstabilisé : cela ne le remet pas fondamentalement en cause ; ne serait-ce, peut-être, que parce qu'il n'est pas à proprement parler une religion ? En tout cas, on peut constater que les scientifiques qui se confrontent au plus près aux limites de nos connaissances, dans ces domaines tant des infiniment petit et grand que de la biologie aussi, quand ils cherchent à, ou éprouvent le besoin de, s'investir aussi dans une tradition spirituelle, le font le plus souvent dans le bouddhisme...


Le christianisme, de ce point de vue, pose effectivement un problème proprement insurmontable, du fait qu'il ait identifié de manière unique l'homme Jésus à Dieu. On retrouve en effet là le même type de provincialisme que lorsque les hébreux ont décrété que leur "dieu", leur "révélation", autrement dit leur compréhension de ce que peut être la divinité, était la seule authentique, toutes les autres ne pouvant au mieux que contenir quelque parcelle de vérité.


Je ne sache pas que le christianisme ait réfléchi sérieusement au fait que son "christ" ne peut pas avoir de sens pour des êtres conscients issus de l'évolution de la vie dans d'autres systèmes solaires que le nôtre. Je ne sache pas surtout qu'il ait non plus réfléchi sérieusement au fait qu'à son niveau le plus infime la matière transcende et l'espace et le temps, autrement dit les propriétés typiques de toute notion de déité, ce qui élimine, en premier lieu, la nécessité d'un Dieu extérieur à l'univers considéré comme sa création, et en second lieu la possibilité même qu'un être composé d'une telle matière puisse jamais à lui seul représenter la perfection inégalable de ce que l'évolution puisse produire.


Et quand je parle ici de perfection, je n'entends évidemment pas une perfection esthétique ou physique ou intellectuelle ou même de cœur ni même de tout cela ensemble ; je ne crois simplement pas qu'un être puisse jamais être identifié au tout, je ne crois pas non plus que l'être humain, c'est-à-dire un être conscient de soi-même, soit le point terminal de l'évolution. Nous sommes les produits d'un univers intrinsèquement et matériel et spirituel, et c'est lui seul en tant que tout qui a un sens. En tant qu'éléments du tout, nous ne pouvons que contribuer plus ou moins au sens de ce tout, mais en aucun cas à soi seul être le tout ! Je ne vois donc pas qu'il y ait place pour un Jésus qui aurait de plus été Dieu lui-même... mais c'est peut-être parce que je suis trop ou pas assez intelligent ?