Une spiritualité sans Dieu
Il y a près de deux mois, je publiai ici-même un extrait d'un livre de André Comte-Sponville, extrait dans lequel il faisait part d'une expérience proprement mystique qu'il a vécue au début de sa vie professionnelle.
Il y a près de deux mois, je publiai ici-même un extrait du livre de André Comte-Sponville "L'Esprit de l'athéisme" (sous-titré "Introduction à une spiritualité sans Dieu"), extrait dans lequel il faisait part d'une expérience proprement mystique qu'il a vécue au début de sa vie professionnelle. On notera que cette expérience ne l'avait cependant nullement fait quitter son positionnement athée (voire l'y avait conforté ? mais là je ne sais pas ce qu'il en est exactement, et peu importe).
Je dois avouer que, la première fois que j'avais lu ce livre, et donc le récit de cette expérience, je n'avais absolument pas compris comment il était possible, après qu'il l'ait vécue, qu'il n'ait pas changé d'optique, qu'il n'y ait pas reconnu la manifestation d'une transcendance. C'était bien sûr mon point de vue, de qui vit le même genre d'expérience, d'ordre mystique donc, mais qui, par éducation ou culture, ai toujours conçu spontanément la notion de Dieu comme une évidence.
Quand j'ai fait part de ma perplexité à ce sujet à quelque philosophe de mes amis, l'un m'a suggéré que Comte-Sponville se positionnait ainsi parce l'athéisme était en quelque sorte son fond de commerce. Ce n'est pas impossible, mais il me semble cependant que d'une part, cette expérience, il l'a faite avant de commencer à publier, et que d'autre part, même si ce n'est pas le cas, on peut quand même essayer de penser si un tel positionnement n'est pas défendable en toute honnêteté.
Sur ce dernier point, je dirais alors ceci, qu'après tout pourquoi, suite à ce genre d'expérience, devrait-on en tirer toutes les conséquences que les croyants voudraient en tirer ? N'est-il pas possible de se contenter de constater le fait lui-même, que oui de tels états d'esprit peuvent se produire, peuvent arriver (puisque c'est ce qui lui est arrivé, ce qui m'arrive aussi), tout comme il peut arriver à n'importe qui d'être plus ou moins heureux, sans forcément savoir pourquoi ?
D'un point de vue plus métaphysique, on pourrait considérer de telles expériences mystiques comme immanentes à, produites par, notre nature, tendant ainsi vers une sorte de transcendance (ça va au-delà des caractéristiques "ordinaires" de la nature), mais n'impliquant pas nécessairement l'existence de ce qu'on appelle généralement la transcendance, si on entend par ce dernier terme l'existence d'un domaine qui serait au-delà et comme indépendant de cette même nature qui est nôtre.
On rejoint ainsi un questionnement sur tous les discours au sujet de "Dieu", particulièrement tous les corpus constitués que sont les différentes religions : est-ce que toutes ces conceptions sur la notion de Dieu sont bien fondées uniquement sur des expériences mystiques authentiques comme celle vécue par Comte-Sponville (et de nombreux autres...), ou est-ce qu'elles ne résultent pas de développements plus ou moins aventureux qui sont allés, malheureusement, bien au-delà de la seule réalité vécue.
Là-dessus, c'est donc le choix de Comte-Sponville qui serait alors le plus honnête et sensé : ne pas extrapoler, à partir du seul vécu tel qu'il l'a exposé de façon cependant bien suffisamment détaillée, ne pas extrapoler donc en direction de ce qui ne serait que châteaux en Espagne, ce en quoi il rejoint en fait parfaitement la théologie qu'on appelle apophatique ou négative, celle qui considère qu'on ne peut pas définir Dieu, mais seulement dire ce qu'il n'est pas.
De ce point de vue, alors, personnellement j'adhère en ce cas volontiers à cette spiritualité sans Dieu, avec cependant cette précision, dont je ne sais si elle fait ou a fait, ou non, l'objet d'une réflexion de la part de Comte-Sponville : je suis convaincu que tout ceci, l'histoire de l'univers, de la nature, a un sens, va vers quelque chose et non vers un néant de non-sens, et ce ne serrait-ce que parce que cette aventure depuis le big-bang en a eu un de sens, jusque y compris notre apparition, nous les êtres humains.
Mais par contre je ne crois pas utile d'envisager que ce sens soit d'ores et déjà défini. C'est là ce que les religions prétendent savoir, c'est dans le fond leur seule et vraie raison d'être, prétendre savoir vers quoi tout ceci se dirige, alors que justement ceci n'existe pas encore, ni dans les faits bien sûr, ni même ne peut être conçu, pensé, seulement à construire au fur et à mesure, pas à pas.

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