Dans les ténèbres
Il ne peut être question de prééminence de certains sur d'autres du fait de leur seul milieu d'origine, ni génétique, ni culturel, ni religieux, ni...
"Les fils du Royaume" est un sémitisme qui désigne Israël, le "peuple élu", ceux qui devraient être les "héritiers" naturels de ce Royaume, ceux auxquels il devrait être destiné, sinon exclusivement, du moins en priorité. Que beaucoup venant d'Orient et d'Occident puissent bénéficier eux aussi de ce Royaume, c'est dans l'ordre des choses, c'est ce qui est prévu ; la révélation de YHWH à Israël n'est pas destinée à Israël seul, mais aussi à toutes les nations ; mais que les "fils du Royaume", eux, se trouvent rejetés dans les ténèbres extérieures, qu'ils en soient exclus : Matthieu y va fort, là ! d'autant qu'il ne dit pas que ce seront "certains" des fils du Royaume, ni même "beaucoup" d'eux, mais "les" fils du Royaume, donc a priori tous.
Dans son passage parallèle, Luc (13, 28-29) n'est peut-être pas aussi tranché, il ne dit pas "les fils du Royaume" mais "vous", désignant ainsi ceux qui sont en train de l'écouter ; on peut alors supposer que, au-delà de l'assistance de ce moment-là, c'est quand même une adresse générale à l'ensemble de ses coreligionnaires, mais cela n'en reste pas moins un peu plus vague, laissant un espace pour que quelques uns ne soient pas concernés, ne serait-ce que ses disciples... Et puis, évidemment, on peut aussi se dire, pour se rassurer, que c'est une figure de rhétorique, ou une "exagération orientale", une façon de choquer son auditoire pour le faire réagir. D'autant que le contexte, ici chez Matthieu, nous parle de la foi d'un païen qui serait supérieure à celle de tout Israélite, mais supérieure ne signifie pas que les autres n'en ont pas du tout !
D'autant plus aussi que, dans l'ensemble des évangiles, Jésus a peu de rapports avec les païens, affirmant même qu'il considère que sa mission ne s'adresse qu'à Israël, aux "fils du Royaume" donc. On voit mal alors qu'il se soit donné du mal pour une cause perdue d'avance... Mais on aurait cependant tort de minimiser l'importance de l'avertissement.
Il faut le reconnaître : cette formule quasiment sans appel contre "les fils du Royaume" est exceptionnelle, et ne reflète certainement pas la pensée réelle de Jésus, et la séparation qui s'est faite ultérieurement entre christianisme et judaïsme n'était sûrement pas non plus dans ses intentions. Mais il n'en reste pas moins qu'en témoignant d'une relation autre à Dieu, une relation personnelle, directe, immédiate, de chacune et chacun avec Lui, il dynamitait malgré tout par là-même toutes les spécificités du judaïsme, notamment la supposée élection d'Israël ; il ne peut plus désormais être question de prééminence de certains sur d'autres du fait de leur seul milieu d'origine, ni génétique, ni culturel, ni religieux, ni...
Même si le christianisme, en se prenant à son tour pour la seule voie de salut, témoigne qu'il n'a pas su pousser jusqu'au bout cet universalisme qui l'a pourtant fondé.
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puis il entra dans Capharnaüm
et vint à lui un chef de cent
le suppliant et disant
« Seigneur ! mon garçon gît dans ma maison paralysé
et terriblement tourmenté »
il lui dit :
« moi je viens et je le guérirai »
mais le chef de cent répondit et disait
« Seigneur ! je ne mérite pas
que tu entres sous mon toit
mais dis seulement une parole !
et mon garçon sera rétabli
car moi aussi je suis un homme sous une autorité
et ayant sous moi des soldats
et je dis à l'un "va !" et il va
et à un autre "viens !" et il vient
et à mon serviteur "fais ceci !" et il fait »
alors Jésus entendit et il admira
et il dit à ceux qui le suivaient
« amen je vous dis
chez personne en Israël je n'ai trouvé une si grande foi
et je vous dis
que beaucoup de l'Orient et de l'Occident viendront
et s'installeront à table avec Abraham et Isaac et Jacob
dans le royaume des cieux
mais que les fils du royaume
seront jetés dehors dans la ténèbre extérieure
là sera le pleur
et le grincement des dents »
et Jésus a dit au chef de cent
« va ! qu'il en soit pour toi comme tu as cru ! »
et le garçon fut rétabli à cette heure-là
et Jésus vint dans la maison de Pierre
et il vit sa belle-mère gisant et fiévreuse.
et il toucha sa main
et la fièvre la laissa
et elle fut éveillée
et elle le servait
puis le soir vint
et on lui apporta de nombreux possédés
et il expulsa les esprits d'un mot
et tous ceux qui étaient malades il les guérit
afin que soit accomplie la parole d'Isaïe le prophète disant
"lui-même a pris nos infirmités
et porté nos maladies"
(Matthieu 8, 5-17)
