Partage d'évangile quotidien
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Si tu le veux

Ven. 28 Juin 2024

Puis il est descendu de la montagne, et voici un lépreux s'est approché et il se prosternait en disant : « Si tu le veux, tu peux me purifier. » et il tendit la main et le toucha en disant : « Je le veux, sois purifié ! » et aussitôt fut purifiée sa lèpre.

L'évangéliste Matthieu vient de dérouler sur trois chapitres (5, 6 et 7) tout un ensemble d'enseignements qu'il a rassemblés dans ce qu'on appelle généralement le "sermon sur la montagne". C'est évidemment un procédé littéraire, mais peu importe. Ce sermon s'est conclu (hier) sur la recommandation de ne pas se contenter d'avoir écouté tous ces enseignements, mais de les mettre en pratique, et c'est ce que Matthieu va faire faire maintenant à Jésus lui-même, dans les deux chapitres qui viennent (8 et 9), à travers une série de dix miracles, un peu comme une démonstration de ce qui peut se passer quand on prend au sérieux cet enseignement...

Le premier de ces miracles est la guérison du lépreux. Chez Marc (1, 40-45) comme chez Luc (5, 12-16), cette même guérison n'est pas à strictement parler la première, mais elle n'est précédée que par ce qu'on appelle souvent la journée inaugurale, ou journée-type, qui se passe à Capharnaüm, et qui est elle aussi une fiction littéraire, une sorte de programme en résumé de ce que sera le ministère du héros. Aussi, que cette guérison du lépreux figure dans les trois évangiles synoptiques au tout début des guérisons, indique qu'elle avait pour le moins frappé ceux qui en avaient été témoins, qu'elle avait en tout cas une importance particulière.

De fait, on trouve dans les trois versions, ce geste en deux étapes : "il tend la main" puis "il le touche", qui dénote une hésitation de Jésus, il ne sait pas trop ce qu'il est en train de faire. On remarque d'ailleurs que c'est le lépreux qui a expliqué à Jésus qu'il pouvait le guérir, c'est lui qui l'a invité, qui l'a incité, avec ce "si tu le veux, tu peux" : dans les autres guérisons des évangiles, les gens demandent simplement d'être guéris, ils n'ont pas besoin de lui expliquer qu'il peut le faire, sa réputation a déjà été faite !

Puis, une fois que la guérison s'est produite, Marc note que Jésus "s'irrite" ou "est fortement troublé" à cause du lépreux, et en conséquence qu'il le "rejette", le "repousse" ! On peut alors se poser la question : Marc a-t-il inventé ces précisions, puisqu'il est le seul des trois à les rapporter ? mais c'est forcément plutôt l'inverse, ce sont Matthieu et Luc qui les ont gommées, passées sous silence, parce qu'elles montrent une attitude de Jésus qui détonne par rapport à l'image générale que les évangélistes — c'est-à-dire les premiers chrétiens dans leur ensemble — veulent donner de leur héros. On peut donc tenir pour certain que Jésus a été le premier surpris de cette guérison, qu'elle l'a profondément troublé pour ne pas dire bouleversé, au point d'en vouloir à celui qui en a été la cause, même plus ou moins involontairement...

À partir de là, c'est toute la suite de l'histoire de Jésus qui est déjà écrite : ces guérisons qui vont continuer de se produire, vont amener les gens à voir en lui le Messie tel qu'ils l'entendent, la figure politico-militaire qui inaugurera le Royaume très terrestre qu'ils espèrent et attendent tous, au point qu'à un moment (la multiplication des pains) ils seront sur le point de se lancer dans une insurrection, de l'emmener de force à Jérusalem, de défier le sanhédrin et, derrière lui, Rome elle-même, ce qui, fatalement, entraînera la nécessité de faire mourir Jésus, pour éviter que ça finisse dans le bain de sang que ne manquerait pas de provoquer la répression romaine.

Ces guérisons, Jésus n'a pas su résister à leurs sollicitations, il avait pitié de la souffrance de ses coreligionnaires, et ce sont en même temps elles qui l'auront mené sur la croix. C'est son Dieu, son Père, qui les a permises, et il pourra alors s'exclamer, agonisant : "Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ?", pour ne pas dire "pourquoi m'as-tu trahi ?"

 

 

puis il est descendu de la montagne
    et l'ont suivi de grandes foules
et voici un lépreux s'est approché
    et il se prosternait devant lui en disant
« Seigneur ! si tu le veux
tu peux me purifier »

    et il tendit la main et le toucha en disant
« je le veux
sois purifié ! »
    et aussitôt fut purifiée sa lèpre

    et Jésus lui dit
« fais attention à ne le dire à personne
    mais va !
montre-toi au prêtre
et offre le présent
    qu'a prescrit Moïse !
en témoignage pour eux »

(Matthieu 8, 1-4)