D'où je viens et où je vais...
...sans oublier qui suis-je, bien sûr : quelles sont mes perspectives dans la vie ? acquérir encore et toujours plus de biens et de richesses, ou même de savoirs et de savoir-faire ? et sinon quoi ?
Comment comprendre ce mashal, cette parabole ? Évidemment on peut la prendre au sens premier : Dieu veut que nous accumulions des biens matériels, Dieu aime les riches, être riche est un des signes auxquels on reconnaît que Dieu aime particulièrement telle ou telle autre personne. Une telle conception de Dieu fait partie du fond le plus ancien du judaïsme : je ne me prononce pas par là sur ce qu'il peut rester de nos jours de ce fond, y compris dans le christianisme, mais, malgré le "malheur à vous les riches" et "il est plus difficile à un riche d'entrer dans le règne de Dieu qu'à une corde de passer par le chas d'une aiguille", il me fallait quand même mentionner cette lecture possible de cette petite histoire, tant je suis sûr que c'est ainsi que certains la comprennent, ou du moins s'en servent pour se justifier de leur besoin d'avoir encore et toujours plus...
Mais quoi alors ? s'agit-il de faire fructifier nos "talents", dans le sens de nos dons, de nos capacités et aptitudes ? sauf qu'une telles interprétation ne fonctionne pas vraiment non plus : l'histoire parle d'acquérir de nouveaux talents, et non pas de simplement s'en servir. Il est certain qu'il est sensé de faire usage de nos talents, mais qui d'ailleurs s'y refuserait ? si je suis doué pour les maths, pourquoi me lancerais-je dans une carrière littéraire, ou inversement ? si je suis plutôt manuel, pourquoi vouloir à tout prix devenir "gratte papier" plutôt qu'artisan ? Ceci est évident. Mais ce n'est donc pas de cela qu'il s'agit, on parle de "nouveaux" talents, acquérir de nouveaux talents. Mais qu'est-ce que ça veut dire, nouveaux ? Si on veut parler par là de développer des talents qui ne seraient qu'embryonnaires, en ce cas ils ne sont pas vraiment non plus nouveaux, à strictement parler.
Prenons un peu de recul : comment sommes-nous devenus ce que nous sommes, nous les humains ? Au commencement de notre univers, il n'y a que de la matière et de l'énergie. Et puis, à un moment, cette matière et cette énergie arrivent à produire quelque chose de vraiment nouveau : une cellule, la vie. Ça c'est du nouveau, du vrai, quand des molécules se sont unies et ont formé une cellule, il y a eu quelque chose de vraiment nouveau dans l'univers. Et puis un peu plus tard (oui, ça a pris du temps quand même, mais déjà beaucoup moins que pour la création de la cellule), de telles cellules en s'assemblant ont réussi à produire, elles aussi, quelque chose de vraiment nouveau, que nous appelons des êtres vivants, végétaux comme animaux, dont la caractéristique ultime est apparue le plus clairement dans ce que nous sommes, nous les humains : la conscience. Après la vie, voici donc la conscience, deux nouveautés révolutionnaires dans l'aventure de notre univers.
Quel peut être alors ce talent, cette nouveauté, que l'univers, ou Dieu, attendrait, espérerait, de nous ? Paul en a donné une réponse purement intuitive, mais assez juste, avec son concept d'une sorte de corps mystique du Christ, cette entité unique dont nous pourrions tous faire partie. Paul ne connaissait évidemment absolument rien à l'histoire de l'évolution de l'univers, il est donc d'autant plus remarquable qu'il ait eu cette intuition qui la prolonge : après la vie surgie, sous la forme de la cellule, de la collaboration de molécules, et après la conscience surgie, sous la forme de l'être vivant, de la collaboration de cellules, l'étape suivante sera logiquement quelque chose surgissant de la collaboration de tels êtres vivants. Là, ce sera vraiment du nouveau.
Comment y prendre part, activement ? une chose est certaine : il s'agit d'y coopérer, tous ensemble, y compris d'ailleurs avec tous les autres êtres vivants ; il s'agit d'un projet à l'échelle de toute notre planète... La perspective de Paul, évidemment, en restait là, avec l'ensemble de la création souffrant dans les douleurs de l'enfantement, où, "la création", signifiait pour lui en fait la Terre. Avec ce que nous connaissons maintenant de l'univers, on peut envisager comme très vraisemblable que la vie se soit développée aussi sur d'autres planètes dans l'univers, et que la conscience y soit aussi apparue, et que là aussi le même défi se soit posé, de coopération intelligente de tous les êtres vivants ; espérons que quelque part le défi ait été mieux relevé que chez nous ? parce que nous, le moins qu'on puisse dire dans l'état actuel de notre monde, c'est que c'est mal barré...
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car c'est comme
un homme partant au loin
appela ses serviteurs et leur livra ses biens
et à l'un il donna cinq talents
et à un autre deux
et à un autre un
à chacun selon sa propre capacité
et il partit au loin
aussitôt celui qui avait reçu les cinq talents
se mit à travailler avec eux et gagna cinq autres
de même celui des deux
gagna deux autres
mais celui d'un seul
l'ayant reçu alla creuser la terre
et cacher l'argent de son seigneur
puis après beaucoup de temps
le seigneur de ces serviteurs vient
et il fait ses comptes avec eux
et s'étant approché
celui qui avait reçu les cinq talents
présenta cinq autres talents en disant
"seigneur ! tu m'avais livré cinq talents
voici cinq autres talents que j'ai gagnés !"
son seigneur lui a dit
"bien ! serviteur bon et fidèle
tu as été fidèle sur peu
je t'établirai sur beaucoup
entre dans la joie de ton seigneur !"
alors s'étant aussi approché
celui des deux talents a dit
"seigneur ! tu m'avais livré deux talents
voici deux autres talents que j'ai gagnés !"
son seigneur lui a dit
"bien ! serviteur bon et fidèle
tu as été fidèle sur peu
je t'établirai sur beaucoup
entre dans la joie de ton seigneur !"
puis s'étant aussi approché
celui qui avait reçu un seul talent a dit
"seigneur ! je te connaissais
que tu es un homme dur
moissonnant où tu n'as pas semé
et rassemblant d'où tu n'as pas dispersé
et ayant pris peur je suis allé
et j'ai caché ton talent dans la terre
voici ! tu as ce qui est à toi"
alors répondant son seigneur lui a dit
"serviteur mauvais et paresseux !
tu savais que je moissonne où je n'ai pas semé
et rassemble d'où je n'ai pas dispersé
il te fallait alors placer mon argent chez les banquiers
et à ma venue moi j'aurais recouvré ce qui est mien
avec un intérêt
prenez-lui donc le talent
et donnez à celui qui a les dix talents !
— car à quiconque a il sera donné et il aura en abondance
mais à qui n'a pas même ce qu'il a lui sera pris —
et le serviteur bon à rien
jetez-le dans la ténèbre extérieure
là sera le pleur et le grincement des dents"
(Matthieu 25, 14-30)
