Sans prix
Alors Jésus dit à ses disciples : « Si quelqu'un veut marcher derrière moi, qu'il renonce à lui-même, qu'il prenne sa croix et qu'il me suive. Car celui qui veut sauver sa vie la perdra, mais qui perd sa vie à cause de moi la gardera.
« Quel avantage en effet un homme aura-t-il à gagner le monde entier, s'il le paye de sa vie ? Et quelle somme pourra-t-il verser en échange de sa vie ?
« Car le Fils de l'homme va venir avec ses anges dans la gloire de son Père ; alors il rendra à chacun selon sa conduite. Amen, je vous le dis : parmi ceux qui sont ici, certains ne connaîtront pas la mort avant d'avoir vu le Fils de l'homme venir dans son Règne. »
L'annonce de la venue prochaine du Fils de l'homme est évidemment formulée par la première communauté chrétienne. Comment Jésus pourrait-il dire qu'il va venir bientôt alors qu'il est encore là ? De même pour la prédiction, dans le texte d'hier, de sa future résurrection : il y a incompatibilité intrinsèque à annoncer un événement qui dépend entièrement d'un autre. Jésus ne s'est pas ressuscité lui-même, c'est Dieu qui l'a ressuscité. Jésus est arrivé à la fin de sa vie avec le sentiment d'avoir échoué (mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné), confiant que le Père ne l'oubliait quand même pas, mais ignorant complet de ce qu'il allait se passer.
Renoncer à lui-même, prendre sa croix, perdre sa vie, c'est ce qu'il a effectivement fait. Perdre sa vie pour finalement la gagner, c'est ce qui lui est effectivement arrivé, qu'il pouvait espérer, mais pas assurer. Encore moins pouvait-il l'assurer pour ceux qui le feraient en son nom. De telles interprétations du texte d'aujourd'hui seraient des rétroprojections. Et c'est sans doute ce qu'a fait Matthieu et sa communauté.
Il est important d'analyser ces tenants et aboutissants des évangiles, de discerner qui parle réellement. Reste que, d'une part, même si Jésus n'a sans doute pas formulé lui-même ces demandes, sa vie, elle, l'a fait, et d'autre part, si nous accordons quelque crédit à sa personne, nous sommes bien obligés de nous conformer peu ou prou à son exemple.

