Charité bien ordonnée
« Alors, le Royaume des cieux sera comparable à dix jeunes filles invitées à des noces, qui prirent leur lampe et s'en allèrent à la rencontre de l'époux. Cinq d'entre elles étaient insensées, et cinq étaient prévoyantes : les insensées avaient pris leur lampe sans emporter d'huile, tandis que les prévoyantes avaient pris, avec leur lampe, de l'huile en réserve.
« Comme l'époux tardait, elles s'assoupirent toutes et s'endormirent.
« Au milieu de la nuit, un cri se fit entendre : 'Voici l'époux ! Sortez à sa rencontre.' Alors toutes ces jeunes filles se réveillèrent et préparèrent leur lampe. Les insensées demandèrent aux prévoyantes : 'Donnez-nous de votre huile, car nos lampes s'éteignent.' Les prévoyantes leur répondirent : 'Jamais cela ne suffira pour nous et pour vous ; allez plutôt vous en procurer chez les marchands.'
« Pendant qu'elles allaient en acheter, l'époux arriva. Celles qui étaient prêtes entrèrent avec lui dans la salle des noces et l'on ferma la porte. Plus tard, les autres jeunes filles arrivent à leur tour et disent : 'Seigneur, Seigneur, ouvre-nous !' Il leur répondit : 'Amen, je vous le dis : je ne vous connais pas.'
« Veillez donc, car vous ne savez ni le jour ni l'heure. »
Variante sur le même thème qu'hier. L'insistance de Matthieu sur ce sujet témoigne de l'importance de la question pour sa communauté : quelle signification précise donner à la résurrection de Jésus ?
Ce n'est pas de la réalité de la résurrection qu'on discute, c'est de sa portée. C'est une question tout-à-fait d'actualité encore aujourd'hui plus de deux mille ans après l'événement. Que nous importe que Jésus soit ressuscité ? Quelle espérance nous apporte-t-il ? Pour chacun personnellement, et pour l'humanité dans son ensemble ?
Les évangélistes n'ont pas donné une réponse unanime à cette question. J'évoquais déjà hier que Matthieu ignore l'événement que Luc rapporte comme s'étant déroulé à la Pentecôte. On peut aller un peu plus loin : chez Matthieu, comme chez Marc d'ailleurs, le thème de l'Esprit Saint est très peu développé dans l'ensemble de leurs évangiles. Ce n'est pas chez eux qu'il faut chercher les racines de ce qui deviendra la vision trinitaire de Dieu. Pour eux, la résurrection de Jésus est la bonne nouvelle. Ceux qui y croient, tant mieux pour eux; les autres, tant pis (là il y aura des pleurs et des grincements de dents ...). Ce qui donne cette attente, un peu statique, du jour dans un avenir, de plus en plus difficile à cerner, où "Jésus reviendra".
Jean, tout au long de son évangile, et Luc, spécifiquement par son récit de la Pentecôte, ont de leur côté largement exploré le thème d'un mode nouveau de présence de Jésus grâce à cet 'Esprit' envoyé par le Père (je compte ici sur Albocicade pour corriger ce que ma formulation comporterait d'hétérodoxie, voire carrément d'hérésie ... :-). C'est en tout cas, pour moi, une manière beaucoup plus dynamique d'envisager les choses. Le royaume n'est pas un événement futur hypothétique mais une réalité déjà inaugurée, vivante, en développement.
A chacun de saisir le train en marche, et d'y faire venir d'autres voyageurs.

