A malins, malin et demi
Un autre jour de sabbat, Jésus était entré dans la synagogue et enseignait. Il y avait là un homme dont la main droite était paralysée. Les scribes et les pharisiens observaient Jésus afin de voir s'il ferait une guérison le jour du sabbat ; ils auraient ainsi un motif pour l'accuser.
Mais il connaissait leurs pensées, et il dit à l'homme qui avait la main paralysée : « Lève-toi, et reste debout devant tout le monde. » L'homme se leva et se tint debout. Jésus leur dit : « Je vous le demande : Est-il permis, le jour du sabbat, de faire le bien, ou de faire le mal ? de sauver une vie, ou de la perdre ? »
Alors, promenant son regard sur eux tous, il dit à l'homme : « Étends ta main. » Il le fit, et sa main redevint normale. Quant à eux, ils furent remplis de fureur et ils discutaient entre eux sur ce qu'ils allaient faire à Jésus.
L'affrontement entre deux conceptions de la Loi. Ou : qu'est-ce que la vérité ? On sait que cette question n'est pas facile, qu'il n'y a pas de réponse toute faite valable en tout temps et tout lieu. La vérité est toujours relative à la situation concrète où l'on se pose la question.
Face à cette incertitude ontologique, certains (ici, les adversaires de Jésus) échafaudent un édifice de définitions et de 'vérités' intangibles qui les rassurent, à défaut d'être fondées. Ainsi des dix paroles au SinaÏ, qui auraient été dictées directement par Dieu à Moïse, telles quelles. On est exactement dans la même attitude que pour la réception du Coran. L'homme qui a reçu la révélation, dans les deux cas, n'était qu'un instrument, un genre de phénomène d'écriture automatique. On n'avait pas encore inventé le magnétophone, à l'époque ....
Résultat : on ne touche pas à un iota des écritures. Dieu sait mieux que l'homme ce qui est bon pour lui, donc l'homme doit se conformer sans états d'âme aux injonctions de Dieu. Point à la ligne, circulez, y'a rien à voir.
D'autres refusent d'abdiquer leur conscience. Ce que Dieu a révélé par l'intermédiaire de certains ne peut pas se révéler contradictoire avec ce qu'il ne cesse de révéler en tous et chacun à chaque génération. Il y a lieu de respecter la grandeur de ceux qui nous ont transmis ces monuments que sont la Bible et le Coran, mais ils n'en étaient pas moins hommes, vivant en des lieux et des époques déterminées. Ajoutons l'accumulation des générations qui s'efforcent de comprendre et développer la révélation initiale, sans avoir forcément le génie (la sainteté) des héros fondateurs.
Jésus, pourtant, ne transgresse par vraiment le tabou. Il dit seulement à l'homme d'étendre sa main. Il se trouve qu'à ce moment cette main guérit, ce qui ne peut être pris pour une coïncidence, mais ne peut non plus être imputé à un travail formel de Jésus, puisqu'il n'a accompli lui-même aucun geste. Jésus a agi, mais seulement par sa parole, comme Dieu aux commencements.
On pourrait dire que Jésus a respecté la forme de la Loi, sans en respecter l'esprit ?

