Mesures populaires
Jésus était en train d'enseigner dans une synagogue, le jour du sabbat. Il y avait là une femme, possédée par un esprit mauvais qui la rendait infirme depuis dix-huit ans ; elle était toute courbée et absolument incapable de se redresser. Quand Jésus la vit, il l'interpella : « Femme, te voilà délivrée de ton infirmité. » Puis, il lui imposa les mains ; à l'instant même elle se trouva toute droite, et elle rendait gloire à Dieu.
Le chef de la synagogue fut indigné de voir Jésus faire une guérison le jour du sabbat. Il prit la parole pour dire à la foule : « Il y a six jours pour travailler ; venez donc vous faire guérir ces jours-là, et non pas le jour du sabbat. »
Le Seigneur lui répliqua : « Esprits faux que vous êtes ! N'est-il pas vrai que le jour du sabbat chacun de vous détache de la mangeoire son boeuf ou son âne pour le mener boire ? Et cette femme, une fille d'Abraham, que Satan avait liée il y a dix-huit ans, n'est-il pas vrai que le jour du sabbat il fallait la délivrer de ce lien ? »
Ces paroles de Jésus couvraient de honte tous ses adversaires, et toute la foule était dans la joie à cause de toutes les actions éclatantes qu'il faisait.
voir aussi : A temps et contre-temps, Emu aux entrailles
Me vient un parallèle visuel entre cette femme courbée en deux, comme j'en vois parfois dans ma campagne, et ces animaux attachés, courbés eux aussi vers leur mangeoire. La position verticale est de fait une caractéristique de l'humanité, et la maladie de cette femme avait tendance à la ramener vers l'animalité. On peut interpréter ainsi l'action attribuée ici à Satan : déshumaniser la personne, la ramener à sa seule composante animale, lui faire perdre sa gloire selon le mot d'Irénée ("La gloire de Dieu, c'est l'homme debout").
Le chef de synagogue est plus vrai que nature. On l'imagine bien, comme tous les fonctionnaires religieux, prompt à organiser, à gérer, au mieux des intérêts et disponibilités, pour le confort de tous. C'est juste qu'il aimerait faire tenir l'Esprit dans des grilles ! Pour un peu, il demanderait bien à Jésus de s'abstenir de guérir le jour du sabbat, comme si c'était lui qui décidait d'être ému par les misères qu'il rencontre. Ou peut-être les malades devraient-ils s'abstenir de prendre part à l'office ce jour-là ?
Mais ce n'est pas Jésus qui guérit, c'est Dieu. Et si Dieu décide d'agir un jour de sabbat, cette institution s'effondre, et beaucoup plus encore. Dieu se serait reposé le septième jour parce qu'il serait arrivé alors à la perfection dans la création, plus aucun détail à ajouter, plus rien à toucher ! Jésus, par son action, se relie à ces temps mythologiques des origines, et les dynamite : non, le monde n'était et n'est pas parfait ; oui, le monde, et Dieu, attendaient et attendent que l'homme prenne sa part dans le processus créateur ; et non, Dieu ne s'était et ne s'est pas retranché dans un isolement autiste, mais il reste avec l'homme, solidaire, jusqu'au bout.

