Tempêtes sous les crânes
Ce jour-là, le soir venu, il dit à ses disciples : « Passons sur l'autre rive. » Quittant la foule, ils emmènent Jésus dans la barque, comme il était ; et d'autres barques le suivaient.
Survient une violente tempête. Les vagues se jetaient sur la barque, si bien que déjà elle se remplissait d'eau. Lui dormait sur le coussin à l'arrière. Ses compagnons le réveillent et lui crient : « Maître, nous sommes perdus ; cela ne te fait rien ? »
Réveillé, il interpelle le vent avec vivacité et dit à la mer : « Silence, tais-toi ! » Le vent tomba, et il se fit un grand calme. Jésus leur dit : « Pourquoi avoir peur ? Comment se fait-il que vous n'ayez pas la foi ? »
Saisis d'une grande crainte, ils se disaient entre eux : « Qui est-il donc, pour que même le vent et la mer lui obéissent ? »
voir aussi : Sommeil du juste, De plus en plus fort
Jusqu'à présent, Jésus était un homme. Pas un homme ordinaire, certes. Un homme avec un gros charisme, avec une force d'empathie peu commune, au point que des signes se produisent par son intermédiaire : guérisons physiques, psychiques, spirituelles. Un homme avec un discours aussi, une parole à la fois forte et cohérente, qui lui permet de remettre en cause et de déstabiliser les uns, et de rassurer et remettre en route les autres. Bref, un homme quand même.
Tout d'un coup, nous changeons d'univers. Ce n'est plus un homme mais un démiurge que nous avons devant nous. Ce n'est plus un re-créateur de l'humain mais un créateur de l'univers. Les vents, la mer, la tempête, lui obéissent au doigt et à l'œil. Nous ne sommes plus dans la parole qui cherche et provoque la foi, mais dans celle qui commande et impose l'obéissance. L'homme-dieu s'invite, presqu'en catimini, subrepticement, dans nos esprits.
Nous ne pouvons pas adhérer littéralement à cet épisode. Sa symbolique, très riche en elle-même, nous suffira. Apprenons à faire confiance, nous aussi, au souffle de Dieu modelant les eaux. Apportons ainsi notre modeste, mais indispensable, contribution à son œuvre de création. Alors une grande paix nous envahira, et nous l'habiterons.

