Le fils de la vierge
Le sixième mois, l'ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée, appelée Nazareth, à une jeune fille, une vierge, accordée en mariage à un homme de la maison de David, appelé Joseph ; et le nom de la jeune fille était Marie. L'ange entra chez elle et dit : « Je te salue, Comblée-de-grâce, le Seigneur est avec toi. »
A cette parole, elle fut toute bouleversée, et elle se demandait ce que pouvait signifier cette salutation. L'ange lui dit alors : « Sois sans crainte, Marie, car tu as trouvé grâce auprès de Dieu. Voici que tu vas concevoir et enfanter un fils ; tu lui donneras le nom de Jésus. Il sera grand, il sera appelé Fils du Très-Haut ; le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père ; il régnera pour toujours sur la maison de Jacob, et son règne n'aura pas de fin. »
Marie dit à l'ange : « Comment cela va-t-il se faire, puisque je suis vierge ? » L'ange lui répondit : « L'Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre ; c'est pourquoi celui qui va naître sera saint, et il sera appelé Fils de Dieu. Et voici qu'Élisabeth, ta cousine, a conçu, elle aussi, un fils dans sa vieillesse et elle en est à son sixième mois, alors qu'on l'appelait : 'la femme stérile'. Car rien n'est impossible à Dieu. »
Marie dit alors : « Voici la servante du Seigneur ; que tout se passe pour moi selon ta parole. »Alors l'ange la quitta.
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Voici donc ce second enfant extraordinaire, l'attraction principale, le clou du spectacle : Jésus ! Nous ne redirons pas à nouveau ce que nous pensons de la véracité de ces récits, nous nous en sommes suffisamment expliqué hier, ou encore lundi. Ce qui est intéressant est le contraste entre les milieux d'origine des deux enfants. Jean est issu d'une famille de prêtres en Judée, Jésus d'une famille de... rien du tout, et en... Galilée, ce qui veut dire aussi presque rien du tout du point de vue des judéens, des autorités religieuses.
Les spécialistes discutent beaucoup de l'existence d'un village nommé Nazareth à l'époque de Jésus. Il est fort possible que Jésus n'ait pas vécu son enfance à Nazareth, mais plutôt à Capharnaüm. Nazareth a pu être forgé de toutes pièces pour justifier l'appellation "le nazoréen", ou moins souvent "le nazarénien", qui, elles, étaient effectivement utilisées pour qualifier Jésus. Soit qu'il soit arrivé un moment où on ne savait plus ce que voulaient dire ces épithètes, et on a supposé qu'elles faisaient référence à son village d'origine, soit au contraire qu'on savait trop bien ce qu'elles voulaient dire, mais qu'on ne souhaitait pas assumer leur signification, et on a alors inventé la ville de Nazareth pour masquer cette signification.
Peu importe pour le moment, Jésus est en tout cas un galiléen, un habitant de cette province que les gardiens du Temple, les sadducéens, les familles sacerdotales, et les judéens dans leur ensemble, considèrent avec des sentiments allant du mépris à la méfiance. C'est que la Galilée est une région plutôt de plaine, lieu de passage et de commerce, au contact des autres cultures et civilisations, contrairement à la Judée, plus escarpée, plus isolée. La Galilée est qualifiée de "carrefour des nations", ce qui signifie qu'elle ne sait pas conserver sa pureté, qu'elle se laisse contaminer par les influences étrangères.
D'un côté, donc, Jean, un homme au-dessus de tout soupçon : issu d'une famille de la meilleure caste, qui a grandi dans un milieu exclusivement juif. De l'autre côté, Jésus, un homme dont on peut craindre le pire : de la maison de David peut-être – car son père ne serait pas vraiment son père, dit-on – et qui a grandi dans un milieu cosmopolite. C'est un véritable handicap pour les premiers chrétiens, majoritairement des galiléens qui aimeraient convertir les judéens à leur messie. On sait que l'histoire tranchera : les juifs dans leur grande majorité n'adhéreront pas à Jésus, excluront même cette secte comme hérétique, et le christianisme n'aura alors plus d'autre choix que de s'ouvrir sans réserve aux païens.

