Le cercle des intimes
Alors arrivent sa mère et ses frères. Restant au-dehors, ils le font demander.
Beaucoup de gens étaient assis autour de lui ; et on lui dit : « Ta mère et tes frères sont là dehors, qui te cherchent. » Mais il leur répond : « Qui est ma mère ? qui sont mes frères ? »
Et parcourant du regard ceux qui étaient assis en cercle autour de lui, il dit : « Voici ma mère et mes frères. Celui qui fait la volonté de Dieu, celui-là est mon frère, ma soeur, ma mère. »
voir aussi : Famille élargie, Famille nombreuse, Liens du sang
Nous y voici, à cette scène avec sa mère et ses frères. Notons qu'il n'est pas question de son père : la plupart voient ici un signe qu'il est sans doute décédé, sinon c'est lui qui aurait dû mener cette expédition. Dans cette hypothèse, Jésus étant l'aîné des enfants, il était le chef de la famille, et cela a pu jouer dans les motivations : s'il n'avait été qu'un des 'petits' frères, son attitude n'aurait engagé presque que lui, tandis que là, c'était un peu toute sa famille qui était enrôlée malgré elle dans cette aventure hasardeuse. S'ils n'avaient rien tenté, ç'aurait été donner implicitement leur consentement à toute cette histoire. Il fallait qu'ils fassent quelque chose, ils devaient montrer à leurs voisins, au village, à la communauté, qu'ils n'approuvaient pas.
Ils ont des excuses. Tout comme les scribes d'hier, il est vraisemblable qu'ils n'ont jamais été témoins d'un des 'miracles', de ces signes – guérisons et exorcismes – qui ont fait toute la popularité de Jésus. Sans aller jusqu'à suivre Luc, qui décrit un Jésus provocateur, refusant d'accomplir quoi que ce soit dans sa ville natale, il semble que ce fut le cas, qu'il ne se passa rien parmi ces gens qui le connaissaient depuis sa naissance. Il faut se rappeler qu'il n'était pas maître de ces signes, que si c'était son état d'Esprit qui autorisait qu'ils se produisent, ils le dépassaient quand même, qu'il était toujours surpris quand ils se produisaient. Et sans doute est-ce lui qui était en cause dans cette incapacité à "faire quelque chose" parmi les proches de son enfance, sans doute était-il trop impliqué, trop de connaissance trompeuse. Les gens disaient "n'est-ce pas le fils de Joseph et Marie ?", manifestant ainsi qu'ils avaient du mal à faire le lien entre le nouveau prophète et le gamin qu'ils avaient connu en "culottes courtes", mais l'inverse était aussi vrai, Jésus avait là du mal à passer au-delà des personnages de son enfance.
Donc la mère et les frères qui, comme tout leur village, ne croient pas en Jésus, et qui sont plus ou moins obligés par les conventions sociales de faire quelque chose, faute de quoi ils passeront pour complices de la mascarade. Mais, et nous en avons déjà parlé en détail, leur attitude montre que cette démarche n'est quand même pas vitale pour eux. Là où un paralytique s'était acharné jusqu'à monter sur le toit de la maison et percer un passage dans la toiture pour arriver jusqu'à Jésus, eux se contentent de rester à l'extérieur de la maison et de la foule, et prétendraient le faire se déplacer, lui, vers eux. Oui, la façade de respectabilité sociale, c'est autre chose qu'une question vitale personnelle !
Évidemment, il y a quelque chose de choquant dans ce Jésus qui n'a pas pitié de sa mère. On est limite infraction au commandement d'honorer ses parents ! Mais il faut aussi essayer de se placer du point de vue de Jésus. Regardons la scène de plus près : Marc parle de gens "assis autour de Jésus". Ce n'est pas encore clair, ils pourraient être tous assis "à table", pour un repas (les repas pouvaient se prendre allongés, mais le terme traduit ici par 'assis' pourrait aussi convenir). Alors ils précise, ces gens sont "assis en cercle autour de lui" : il ne s'agit pas d'un repas, il s'agit d'un maître rabbinique en train d'enseigner à ses élèves. C'est un peu forcé, Jésus n'a vraisemblablement pas tenu d'école rabbinique, mais l'idée est là, il y a ici une 'foule' de gens avides de recevoir quelque chose de Jésus. Et Jésus regarde longuement ces cercles autour de lui, comme pour peser dans les deux plateaux d'une balance : d'un côté toute cette soif, toute cette attente et ces espérances, et de l'autre ?

