Partage d'évangile quotidien
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La fleur au fusil

Sam. 13 Juillet 2013

Matthieu 10, 24-33 traduction : Comparer plusieurs traductions sur le site 4evangiles.fr Lire le texte grec et sa traduction (anglaise) mot-à-mot sur le site interlinearbible.org

« Il n'est pas de disciple au-dessus du maître, ni de serviteur au-dessus de son seigneur. Il suffit au disciple de devenir comme son maître, et au serviteur, comme son seigneur. S'ils appellent le maître de la maison Béelzéboul, combien plus ceux de sa maison ! 

« Donc, ne les craignez pas : car rien de couvert qui ne sera découvert, rien de caché qui ne sera connu. Ce que je vous dis dans les ténèbres, dites dans la lumière ! Ce qu'à l'oreille vous entendez, clamez sur les terrasses ! Ne craignez pas les tueurs du corps : l'âme, ils ne peuvent la tuer. Craignez plutôt qui peut et âme et corps perdre dans la géhenne ! 

« Est-ce que deux moineaux ne se vendent pas un sou ? Et pas un d'eux ne tombe sur la terre à l'insu de votre père ! Et vous, même les cheveux de votre tête, tous, sont dénombrés ! Donc, ne craignez pas : plus que beaucoup de moineaux, vous êtes précieux, vous ! 

« Ainsi, qui se déclarera pour moi devant les hommes, moi aussi, je me déclarerai pour lui, devant mon père qui est dans les cieux ! Et qui me niera devant les hommes, je le nierai, moi aussi, devant mon père qui est dans les cieux ! » 

 

 

Le sacrifice d'Abraham, par He-Qi

 

 

voir aussi : Pires que le diable !, Choisir son camp, N'ayez pas peur !

Divers conseils pour la mission, voire pour le martyr ! Puisqu'ils ont traité Jésus de Béelzéboul, comment pourrions-nous prétendre à être moins méprisés que lui ? En suivant le même raisonnement, on se dira que puisqu'ils ont mis à mort Jésus, nous serons de fieffés trouillards si nous n'allons pas nous aussi au moins jusque là... Donc, il faut y aller franchement, les petits gars ! N'ayez pas peur, puisque vous témoignez pour la vérité, votre mort ne sera pas vaine : la vérité ne peut pas être cachée, elle finira forcément par triompher, et vous aurez gagné votre paradis, tandis que, ceux qui calent, perdront quand même un jour ou l'autre leur vie, non seulement terrestre mais aussi céleste.

Il y a pourtant dans ce passage de très beaux concepts, de très belles images. "Rien de caché qui ne sera connu" : c'est cette conviction, ou cet espoir, qui peuvent faire tenir celui qui est injustement méprisé ou condamné. Et "chacun de vos cheveux est compté", et "vous valez plus que tous les moineaux", nous parlent si bien d'un Dieu qui se soucie de chacun de nous. Mais c'est le contexte qui pose problème ici, les raisons et les conclusions pour lesquelles ces idées sont exprimées. Je suis certain que Jésus n'avait pas de tendances suicidaires, contrairement à la tonalité de ce passage. Ajoutons que la dichotomie âme/corps est étrangère au judaïsme, l'âme n'est pas quelque chose qui pourrait survivre au corps, Jésus n'a pas sacrifié son corps pour que son âme ressuscite. Quant à la conclusion, ce Jésus qui renierait devant son Père ceux qui l'auront renié devant les hommes : mais c'est vraiment ce père fouettard, Jésus ? Cette façon de le promouvoir au rang de critère ultime de la foi est contraire à ce qu'il enseignait. Tout ce qui l'intéressait, c'était que nous entrions en relation avec le Père. Ce qu'il aurait pu dire, éventuellement, lui, c'est qu'il renierait ceux qui renieraient le Père, tandis que la formule que nous avons ici exprime ce que les premières communautés ont voulu faire de lui, contre lui.

Ils n'ont pourtant pas pensé à mal, en procédant ainsi. Nous pouvons les comprendre, et, à leur place, nous n'aurions sans doute pas fait mieux. Il faut nous rappeler d'où ils viennent, de qui ils étaient, avant et après la venue de l'Esprit. C'est vrai que Jésus nous dépasse tellement, tous autant que nous sommes. Il a été un tel ovni dans son milieu, sa culture et son époque. Ils en ont fait un Dieu, l'égal de Dieu, Dieu lui-même, et ce n'est pas tout-à-fait faux, en un sens. Pourtant, il est tout autant certain que ce n'est pas lui qui le leur a dit, et même qu'il s'est débattu contre ceux qui voulaient le lui faire dire, et qu'il a certainement été horrifié qu'on finisse par le lui coller sur le dos, à titre posthume, et qu'il l'est encore, aujourd'hui. Le salut par Jésus seul ? non ! Le salut par ce qu'il nous a enseigné : oui ! par ce qu'il nous a montré, par l'exemple qu'il nous a donné, par la vie qu'il a vécue, mais pas par sa personne.

Ils ne pensaient donc pas à mal, en déifiant Jésus comme ils l'ont fait, mais il y a quand même deux conséquences concomitantes et non souhaitables à ce processus, l'une personnelle et l'autre sociétale. Personnelle : en faisant de Jésus un Dieu nous nous autorisons à ne pas avoir à faire exactement le même chemin que lui, nous nous plaçons volontairement et arbitrairement dans une situation où c'est lui qui en aurait fait une partie à la place de nous tous, de tout le monde. Nous nous dédouanons et nous déresponsabilisons. Sociétale : un peu paradoxalement peut-être, la déification de Jésus est pourtant aussi ce qui permet à certains de se l'annexer et de se déclarer ses seuls interprètes autorisés. À partir du moment, en effet, où il devient Dieu, un gouffre infranchissable s'ouvre entre lui et nous, que seuls des intermédiaires accrédités (c'est-à-dire qui le prétendent) peuvent combler. C'est exactement le processus qu'il avait voulu abolir entre le Père et les hommes qui a été reconstruit, cette fois entre lui et nous.

Mais à chacun d'en juger par soi-même...