Partage d'évangile quotidien
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Premier de série

Mar. 3 Septembre 2013

Luc 4, 31-37 traduction : Comparer plusieurs traductions sur le site 4evangiles.fr Lire le texte grec et sa traduction (anglaise) mot-à-mot sur le site interlinearbible.org

Il descend à Capharnaüm, ville de Galilée. Il les enseignait au sabbat. Ils étaient frappés par son enseignement : pleine d'autorité était sa parole. 

Dans la synagogue il y a un homme qui a l'esprit d'un démon impur. Il vocifère à grand cri : « Ah ! Qu'est-ce de nous à toi, Jésus le Nazarène ? Tu es venu nous perdre ! Je sais qui tu es : le saint de Dieu ! »  Jésus le rabroue et dit : « Muselle-toi ! Sors loin de lui ! » Le démon le flanque au milieu et sort loin de lui sans lui avoir nui. 

Et c'est un effroi sur tous. Ils se parlaient l'un à l'autre en disant : « Quelle parole, celle-ci ! Avec quelle autorité et puissance, il commande aux esprits impurs, et ils sortent ! » Et il se répandait un écho à son sujet en tout lieu du pays d'alentour. 

 

 

Le bon berger, par He-Qi

 

 

voir aussi : Ça bave, Parole contre parole, Même pas mal !

Bien qu'il ait tenu à faire commencer le ministère de Jésus à Nazareth, Luc enchaîne maintenant sur ce qui est la journée inaugurale chez Marc, à Capharnaüm (Marc 1, 21-28). En conséquence, pour faire plus vrai, il modifie habilement le "ils pénètrent" à Capharnaüm de Marc en "il descend", puisque Jésus est censé venir ici de Nazareth, qui se trouvait en altitude par rapport à Capharnaüm au bord de la 'mer' de Galilée. Par rapport à Marc, encore, Luc précise que Capharnaüm se trouve en Galilée : son auditoire ne connaît pas le pays d'Israël. Une dernière petite différence : Marc ne précise pas que l'esprit impur est sorti du possédé "sans lui avoir nui". On trouve ici une trace du métier de médecin de Luc. Pour Marc c'était sous-entendu que cet exorcisme n'ait pas causé de dommage au 'patient'. Pour Luc, c'est comme une observation à noter obligatoirement, sans quoi son rapport ne serait pas complet. C'est une nuance plutôt secondaire dans le récit, mais qui nous permet de mieux nous imprégner des personnages de la scène, dont l'évangéliste fait partie d'une certaine façon. Pour le reste, Luc est ici très proche de Marc, il a juste, selon son habitude, un peu polis les tournures et le rythme des phrases. Son écriture est plus classique que celle de Marc qui, lui, reste plus proche de la construction hébraïque ou araméenne.

C'est le premier 'miracle' de Jésus. C'est un exorcisme, et des guérisons vont suivre (demain). Cependant, nous ne devrions pas trop chercher de significations à cet ordre, exorcisme avant guérisons ou l'inverse. Les évangiles mentionnent les deux activités de Jésus, mais presque toujours ensemble : il guérit les malades et expulse les démons. Et il n'y a pas vraiment de différence dans la mentalité juive de l'époque. Une maladie est toujours liée à un esprit impur. Cela nous est dit parfois clairement, nous avons ainsi un démoniaque muet, un autre démoniaque aveugle et muet, un autre encore sourd et muet. Et on nous dit alors indifféremment que Jésus expulse le démon, ce qui guérit le possédé, ou qu'il guérit le possédé, et que le démon sort alors de lui (avec grand cri ou non). Il n'y a que dans des cas comme celui d'aujourd'hui, où apparemment le possédé ne souffre pas d'infirmité physique, et où on ne parle alors pas de maladie. C'est simplement parce qu'ils n'ont pas le concept de maladie psychique. Les maladies, donc, tant les dérèglements psychiques que les atteintes proprement physiques, sont toujours liées à la présence d'un esprit impur qui a pris possession de la personne. Et se pose alors la question de savoir pourquoi un tel esprit prend possession de telle ou telle personne et pas de telle autre ? à quoi une seule réponse évidente, imparable, irréfutable, peut être apportée : les esprits impurs ne peuvent pénétrer que dans ceux qui ont commis une faute ! Une personne parfaite ne peut pas être malade ni dérangée mentalement, donc ceux qui le sont, c'est parce qu'ils ont 'péché', eux, ou leur parents puisque les fautes peuvent se transmettre de génération en génération.

Voilà le contexte dans lequel des exorcismes-guérisons commencent à se produire par l'intermédiaire de Jésus. Une première conséquence à comprendre est que, s'il y a guérison, c'est qu'il y a eu aussi forcément "pardon des péchés". Ceci est très bien exposé dans la guérison du paralytique (Luc 5, 17-26 et //), où Jésus commence par pardonner les péchés du grabataire, puis, pour faire taire les protestations des pharisiens présents, guérit l'homme, ce qui prouve que ses péchés sont pardonnés. Ce qui nous amène à une deuxième conséquence : on dépasse largement le pardon des péchés dans le baptême prêché par Jean ! Les évangiles le soulignent tous : une des grandes différences entre Jésus et Jean, c'est que Jean ne guérissait pas. On peut donc comprendre que, là où Jean parlait de la très proche venue du Royaume, Jésus ait pu pour sa part parler du Royaume comme en train de commencer. C'est en tout cas ce que les foules vont déduire de ces événements. C'est pour ça que Jésus va avoir un tel succès en Galilée, qu'une véritable agitation va naître et se propager autour de lui, et d'une ampleur propre à susciter de l'inquiétude, d'une part dans le camp d'Hérode, le responsable politique le plus immédiat de la Galilée, et d'autre part chez les instances dirigeantes religieuses de Jérusalem, le sanhédrin.

Jésus lui-même, dans ces débuts de Galilée, pense aussi que le Royaume est là, en cours de réalisation. Sans doute ne le conçoit-il pas de la même manière que les foules. On peut supposer qu'il ne croit pas raisonnablement que les romains puissent être chassés d'Israël. Mais dans le fond il n'en sait pas vraiment grand chose. La question ne se pose pas tellement comme ça pour lui. Ce n'est pas lui qui décide ! c'est son Père... Ce que Jésus voit, ce sont ces signes qui se produisent, qui lui sont envoyés, à lui aussi, par son Père. Alors bien sûr que pour Jésus, le Royaume en question ne peut être que le Royaume de son Père, alors que pour les foules ce ne peut être que le Royaume de David restauré. Mais les deux étaient-ils clairement incompatibles à ce moment-là, des débuts en Galilée ? Personnellement, donc, je ne le crois pas. Je crois que Jésus ne savait pas, au commencement de son ministère public, quel royaume précisément il prêchait. Le Père était pour lui premier, c'était lui qu'il voulait surtout, et s'imaginait, faire découvrir, et comme les signes qui se produisaient n'étaient pas non plus, loin de là, incompatibles avec une notion du royaume telle qu'attendu par ses coreligionnaires, il n'avait pas de raison de se méfier, à ce moment-là, des espérances des foules. C'est progressivement qu'il va se rendre compte que les foules étaient en réalité imperméables au Dieu qu'il s'efforçait de leur révéler, et qu'il va en conclure que le Royaume qu'il prêche n'est pas le même que celui qu'elles attendaient, ce qui les mènera, lui d'une part, elles y compris les disciples d'autre part, à la rupture qui suit la multiplication des pains. Mais pour l'instant, nous n'en sommes pas encore là...