Partage d'évangile quotidien
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Dis-moi qui tu pries

Jeu. 5 Décembre 2013

Matthieu 7, 21-27 traduction : Comparer plusieurs traductions sur le site 4evangiles.fr Lire le texte grec et sa traduction (anglaise) mot-à-mot sur le site interlinearbible.org

« Ce n'est pas tout homme qui me dit : “Seigneur ! Seigneur !” qui entrera au royaume des cieux, mais qui fait la volonté de mon père dans les cieux. 

« Beaucoup me diront en ce jour-là : “Seigneur ! Seigneur ! N'est-ce pas en ton nom que nous avons prophétisé, en ton nom que nous avons jeté dehors les démons, en ton nom que nous avons fait beaucoup de miracles ? Alors je leur déclarerai : “Jamais je ne vous ai connus. Séparez-vous de moi, vous qui œuvrez l'iniquité !” 

« Ainsi, tout entendeur de ces paroles miennes, qui les fait, ressemblera à un homme avisé qui a bâti sa maison sur la pierre. Descende la pluie, viennent les torrents, soufflent les vents et tombent sur cette maison, elle ne tombe pas, car elle est fondée sur la pierre. Et tout entendeur de ces paroles miennes, qui ne les fait pas, ressemblera à un homme fou qui a bâti sa maison sur le sable. Descende la pluie, viennent les torrents, soufflent les vents et heurtent cette maison : elle tombe, et sa tombée est grande. » 

 

 

Les mages, par He-Qi

 

 

voir aussi : Jésus ! Jésus !, Architecture sacrée, Miracles indésirables, Au nom de Jésus

C'est ici la conclusion du "sermon sur la montagne" de Matthieu, et c'est un des passages des évangiles qui militent le mieux contre la divinisation de Jésus, telle que l'ont développée les premiers chrétiens. Jésus dit clairement ici qu'il ne sert à rien de s'adresser à lui comme à un maître, encore moins comme à un dieu ! il n'en veut pas. Tout ce qu'il nous souhaite, c'est que nous entrions, comme lui, dans une démarche de relation au Père, qui, seule, peut nous servir de guide sur notre chemin spirituel. Les exemples concrets qui suivent, de supposés exploits accomplis au nom de Jésus, font peur, quand on les rapproche des récits des Actes des Apôtres, par exemple juste celui-ci en 3, 6 : "Pierre lui dit : « Je n'ai pas d'or ni d'argent ; mais ce que j'ai, je te le donne : au nom de Jésus Christ le Nazaréen, lève-toi et marche. »" !

Alors, bien sûr, on trouvera aussi dans les évangiles de nombreux passages qui justifieront que les premiers chrétiens soient partis sur une telle conception de Jésus, ou du moins qui s'en rapprocheraient, comme le "tout ce que vous demanderez en mon nom", de Jean 14, 13 par exemple. Oui, ce n'est pas surprenant, puisque c'est ce qu'ils pensaient, et que les évangiles ne racontent pas tellement ce qui s'est vraiment passé, ni ce que Jésus a vraiment dit, mais bien plus ce qu'ils ont compris de ce qu'il avait fait et dit. Et donc, la majorité a, plus ou moins rapidement, estimé que Jésus pouvait être identifié avec Dieu, et pourtant, malgré cet accord à peu près unanime, d'où viennent alors des phrases comme celles d'aujourd'hui ? Et si encore nous avions affaire ici à une incongruité, un passage unique et discordant avec l'ensemble du reste des évangiles, mais ce n'est pas le cas.

Nous le savons, Jésus ne roulait pas pour lui ! Personnellement, je n'affirme pas que Jésus n'est pas dieu, je dis seulement que là n'est pas la question, et que nos églises chrétiennes qui se sont bâties sur cette hypothèse, au point qu'elles ne peuvent pas envisager d'y renoncer sous peine – ont-elles l'impression – de s'écrouler, ont fait ce qu'il reprochait ailleurs aux pharisiens ou aux scribes : "Malheureux ! vous qui bâtissez les sépulcres des prophètes, et ce sont vos pères qui les ont tués !" (Luc 11, 47 ou Matthieu 23, 29). C'est-à-dire, qu'au lieu de faire ce qu'il disait, ils ont trouvé plus commode de se reposer sur lui pour les sauver... "Descende la pluie, viennent les torrents, soufflent les vents" : que va-t-il donc leur arriver ? C'est le drame de Jésus depuis les commencements en Galilée : tout le monde regarde le doigt qui montre Dieu, au lieu de se tourner vers ce qu'il montre. Ce sont les foules ébaubies par les signes et qui veulent faire de lui leur roi : ridicule, n'est-ce pas, nous, nous sommes passés à quelque chose de plus spirituel. Oui, nous avons fait bien mieux, en effet, nous avons fait de lui notre dieu !

En cette période de préparation à sa naissance, méditons donc la sentence d'Angelus Silesius : "Christ serait-il né mille fois à Bethléem, et non en toi, tu restes perdu à jamais".