Partage d'évangile quotidien
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À la bonne étoile ?

Ven. 27 Décembre 2013

Matthieu 2, 1-12 traduction : Comparer plusieurs traductions sur le site 4evangiles.fr Lire le texte grec et sa traduction (anglaise) mot-à-mot sur le site interlinearbible.org

Jésus né à Bethléem de Judée, aux jours d'Hérode le roi, voici : des mages d'Orient arrivent à Jérusalem.  Ils disent : « Où est le nouveau-né, roi des Juifs ? Car nous avons vu son étoile à l'Orient. Et nous venons nous prosterner devant lui. » 

Quand il entend, le roi Hérode est troublé, et tout Jérusalem avec lui. Il rassemble tous les grands prêtres et scribes du peuple. Il s'enquiert auprès d'eux : « Où doit naître le messie ? »  Ils lui disent : « À Bethléem de Judée, ainsi qu'il est écrit par le prophète : “Et toi, Bethléem, terre de Juda, tu n'es certes pas le plus petit parmi les chefs-lieux de Juda ! Car c'est de toi que sortira un chef qui sera le berger de mon peuple Israël.” » Alors Hérode à la dérobée appelle les mages. Il se fait préciser par eux le moment où a brillé l'étoile. Il leur donne mission pour Bethléem. Il dit : « Allez, informez-vous avec précision sur le petit enfant. Et quand vous aurez trouvé, annoncez-le moi, pour que moi aussi je vienne me prosterner devant lui. » 

Ils entendent le roi, et vont. Et voici : l'étoile qu'ils avaient vue à l'orient les précédait jusqu'à ce qu'elle vienne se tenir au-dessus : où est le petit enfant ! En voyant l'étoile, ils se réjouissent de fort grande joie. Ils viennent dans la maison et voient le petit enfant avec Marie, sa mère. Ils tombent et se prosternent devant lui. Ils ouvrent leurs trésors, et lui offrent des présents : or, encens et myrrhe. Avertis en rêve de ne pas repasser chez Hérode, par un autre chemin ils se retirent vers leur pays. 

 

 

Les trois rois, par He-Qi

 

 

voir aussi : Royautés

Revenons un peu avec Matthieu et les événements qui, selon lui, ont accompagné la naissance de Jésus. Nous avons vu que pour Luc, qui 'roule' pour un Jésus fils de Dieu, les événements qu'il décrit autour de sa naissance sont ceux qu'on attend, selon les canons de l'époque, pour un fils de Dieu, tels les empereurs romains par exemple, qui avaient cette prétention. Sans surprise donc, pour Matthieu, qui 'roule', lui, pour un Jésus Messie, les événements qu'il décrit vont être ceux qu'on attend pour le Messie. Plus précisément, puisque le Messie selon les conceptions de l'époque a une dimension fortement terrestre qui comprend, entre autres, de régner sur le peuple et la terre d'Israël, Matthieu nous décrit la naissance d'un roi, avec les hommages rendus par des rois voisins, et, bien sûr, les intrigues du roi actuel pour éliminer son futur rival annoncé.

Toute l'histoire que nous voyons aujourd'hui, et demain, se résume à ce seul motif. Comme Jésus n'est quand même qu'un parmi des milliers de petits descendants de David, les rois étrangers sont donc des mages, des astronomes ou astrologues (c'est la même chose en ces temps-là), qui ont décelé dans le ciel le signe de sa venue. Et comme Hérode peut par contre difficilement être considéré comme 'mage', pour qu'il soit quand même lui aussi au courant, il suffit de créer une panne d'électricité dans le ciel au moment opportun, et voici nos mages obligés de venir se renseigner auprès de lui et de lui vendre ainsi la mèche... On peut noter au passage, que les recherches des scribes pour trouver le lieu de naissance de l'enfant ne servent en rien aux mages, puisque sitôt qu'ils se remettent en route l'électricité revient dans le ciel, et c'est leur 'bonne' étoile qui les mène alors à bon port. Mais ainsi Hérode pourra, malgré l'heureux rêve prémonitoire des mages, lancer son ordre de "massacre des innocents", dont la seule raison d'être est de décrire Jésus échappant, comme Moïse, à un massacre d'enfants. Mieux encore, ce massacre annoncé à Joseph va permettre de justifier la "fuite en Égypte", dont la seule raison d'être est de pouvoir appliquer à Jésus qu'il ait accompli le même chemin que Moïse, d'Égypte en Israël. Heureusement que l'imagination débordante de Matthieu s'en soit arrêté là, ou qu'il n'ait pas voulu justifier plus de parallèles entre Moïse et Jésus, sinon nous aurions eu droit à encore plus de péripéties extravagantes.

Car il faut quand même qu'il n'ait vraiment pas eu froid aux yeux pour, même virtuellement, décimer ainsi allègrement et gratuitement plusieurs dizaines ou centaines de bébés ! Le plus malheureux, dans toute cette histoire, c'est l'image de Dieu qu'il donne ainsi à lire au commencement de son récit : un dieu qui est capable d'intervenir pour sauver son champion mais qui n'a pas levé le moindre petit doigt pour sauver les autres. Super, la bonne nouvelle... il y a donc toujours des chouchous et des dont on se fout bien de ce qui peut leur arriver. Mais finalement, ceci ne devrait pas tant nous surprendre. Le Dieu de Matthieu reste encore fortement marqué du YHWH de ses pères, et pas toujours sous son meilleur aspect, ici donc de celui qui n'avait eu aucun scrupule à ordonner le génocide des cananéens pour faire place nette à son peuple 'élu'. Mettons dans la balance, d'un côté une étoile filante et ces cadeaux royaux que sont l'or, l'encens et la myrrhe, et de l'autre ces vies innocentes sacrifiées, et demandons-nous quel plateau devrait peser le plus dans notre cœur ? Ces mages étaient-ils si sages que ça ?