Partage d'évangile quotidien
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Amour, un jour

Jeu. 10 Septembre 2015

Luc 6, 27-38 traduction : Comparer plusieurs traductions sur le site 4evangiles.fr Lire le texte grec et sa traduction (anglaise) mot-à-mot sur le site interlinearbible.org

« Mais je vous dis, à vous qui entendez : aimez vos ennemis. Faites du bien à ceux qui vous haïssent. Bénissez ceux qui vous maudissent. Priez pour ceux qui vous calomnient. À qui te frappe sur la joue, offre l'autre aussi ! À qui prend ton manteau, la tunique aussi, ne la refuse pas ! À quiconque te demande, donne ! À qui prend ton bien, ne redemande pas ! 

« Comme vous voulez que vous fassent les hommes, faites de même pour eux. Si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle gratitude pour vous ? Car même les pécheurs aiment ceux qui les aiment. Et si vous faites du bien à ceux qui vous font du bien, quelle gratitude pour vous ? Même les pécheurs en font autant. Et si vous prêtez à ceux dont vous espérez recevoir, quelle gratitude pour vous ? Même des pécheurs prêtent à des pécheurs, pour recevoir en retour l'équivalent. Seulement, aimez vos ennemis, faites du bien, prêtez sans rien espérer en retour. Votre salaire sera abondant et vous serez fils du Très Haut, lui qui est bienfaisant avec les ingrats et les mauvais. 

« Soyez pleins de compassion comme votre père est plein de compassion. Ne jugez pas, et vous ne serez pas jugés. Ne condamnez pas, et vous ne serez pas condamnés. Déliez, et vous serez déliés. Donnez, et il vous sera donné. Une mesure belle, tassée, secouée, superdébordante sera donnée dans votre sein. Car de la mesure dont vous mesurez, il sera pour vous mesuré en retour. » 

 

 

Portant la croix, par He-Qi

 

 

voir aussi : Pierre d'achoppement, Aimer à la folie, Amour contagieux, Social-fiction ?, Sans commune mesure

Après les "béatitudes", qui ont fait simplement le constat de notre condition humaine, d'un bonheur qui ne peut que nous échapper si nous prétendons en être les auteurs, voici ensuite ce que nous pouvons cependant faire. Ce n'est pas une garantie, ce n'est pas un mode d'emploi ; nous ne sommes pas dans le domaine de la technique. Le bonheur ne peut pas s'acquérir, seulement se recevoir. Mais ce sont des conseils avisés qui permettent de lui préparer le terrain, de déblayer un certain nombre d'obstacles qui eux, certainement, ne nous aident pas à être heureux, au contraire.

Ça commence quand même très fort, nous sommes encore à la limite des assertions antinomiques des béatitudes : aimez vos ennemis ! Il y a une petite différence ; heureux les pauvres, ceux qui ont faim, ceux qui pleurent, sont des affirmations, tranchées, on est d'un côté ou de l'autre, alors qu'aimez vos ennemis est une invitation, à laquelle nous pouvons répondre avec plus ou moins de réussite, mais là n'est pas le plus important. L'amour des ennemis est un chemin que nous ne finirons jamais de parcourir ; il n'y aura jamais de moment, d'instant, final, où nous pourrons dire que ça est, nous savons aimer nos ennemis... C'est pourquoi, même les plus rétifs à cette idée savent bien, pourtant, qu'elle contient quelque chose d'essentiel.

Nous pouvons y objecter que nous ne savons déjà pas aimer ceux qui nous aiment, et que nous ferions mieux de commencer par là. C'est une objection qui semble raisonnable, sensée même, sauf que ça ne marche pas du tout comme ça, dans le domaine de l'amour. Si nous croyons qu'aimer consiste à poser nous-mêmes les conditions et les limites, sommes-nous bien sérieux ? nous sommes dans le domaine de la charité ou de la bienfaisance bien intentionnée, mais pas de l'amour. C'est comme tous ces gens que nous voyons en ce moment prétendre qu'ils ne veulent pas accueillir les étrangers parce qu'il y aurait déjà suffisamment de malheureux chez nous à soulager... pourquoi ai-je le sentiment que ceux qui disent ça, en réalité, n'ont pas plus l'intention d'aider leurs "compatriotes" que les autres ? Si nous choisissons vraiment de prendre le chemin de l'amour, alors nous ne pouvons pas choisir qui en sera bénéficiaire et qui ne le sera pas. Prétendre le contraire, c'est surtout montrer qu'on ne souhaite pas aimer, qui que ce soit, et sans doute, pour commencer, qu'on ne s'aime même pas soi — mais c'est peut-être une autre question.