Qui a peur de la mort ?
Comment sortir de cette forme spécifique d'idolâtrie qu'on pourrait appeler la jésulâtrie ? Rappelons que ce que le judaïsme appelle idolâtrie, c'est le fait d'adorer d'autres dieux que le seul vrai Dieu, et que lorsqu'on croit pouvoir combiner cette adoration d'autres dieux avec celle du seul vrai Dieu, les prophètes parlent alors de prostitution...
Quand Jésus dit, comme ici par exemple, que "si un homme garde ma parole il ne verra pas la mort", il faut évidemment se souvenir qu'il dit aussi ailleurs que "moi, je ne parle pas de moi-même, mais le Père, lui, m'a donné commandement : que dire et comment parler. Les choses donc que je dis, selon que le Père m'a prescrit, ainsi je dis" (Jean 12, 49-50). Cette parole, donc, grâce à laquelle nous pouvons dépasser la mort, c'est celle du Père, autrement dit de Dieu ; transmise par Jésus, mais qui n'est pas vraiment sa parole à lui.
Jésus, y compris dans cet évangile de Jean considéré comme celui qui donne la plus haute christologie, loin de se faire nulle part l'égal de Dieu, au contraire oriente toujours vers Lui, Le désigne, ne se veut que transparence totale par rapport à Lui. Jésus nous montre Dieu, d'une manière peut-être inégalable, mais qui ne se propose que comme modèle à imiter, pas à adorer.
Même chez Jean, donc, Jésus ne se prétend nulle part être Dieu lui-même. Que l'évangéliste ait rajouté dans la version finale de son œuvre l'affirmation que le Verbe "est Dieu" (et non pas seulement "auprès de Dieu" comme il le dit dans le verset juste avant ainsi que dans le verset juste après...) vient en fait en contradiction totale avec le portrait qu'il trace par ailleurs de Jésus tout du long de son évangile...
Aussi, ne nous y trompons pas, "ne pas voir la mort", ne signifie pas que nous ne mourrons pas : Jésus est mort, et nous aussi mourrons, mais nous pouvons ne pas la redouter, ne pas la craindre, qu'elle ne nous fasse pas de mal, si, comme lui, nous avons su ne devenir que pure transparence au Dieu qui vit en et par nous, celui qui est l'être de notre être, la vie de notre vie.
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(Jésus répond :)
« Amen, amen, je vous dis :
Si un homme garde ma parole,
il ne verra pas la mort, pour l'éternité. »
Les Juifs lui disent :
« Maintenant, nous connaissons que tu as un démon !
Abraham est mort, et aussi les prophètes,
et toi tu dis :
Si un homme garde ma parole
il ne goûtera pas la mort pour l'éternité !
Es-tu plus grand que notre père Abraham, qui est mort ?
Et les prophètes aussi sont morts !
pour qui te prends-tu ? »
Jésus répond :
« Si c'est moi qui me glorifie,
ma gloire n'est rien.
C'est mon Père qui me glorifie,
lui dont vous dites : Il est notre Dieu !
Et vous ne le connaissez pas,
mais moi, je sais qui il est.
Si je vous dis que je ne sais pas qui il est,
je serai comme vous, menteur !
mais je sais qui il est et je garde sa parole.
Abraham, votre père, a exulté de voir mon jour ;
il l'a vu, et il s'est réjoui. »
Les Juifs lui disent donc :
« Tu n'as pas encore cinquante ans
et tu as vu Abraham ? »
Jésus leur dit :
« Amen, amen, je vous dis :
avant qu'Abraham advienne, je suis. »
Alors ils ramassent des pierres pour les jeter sur lui.
Jésus se cache et sort du temple.
(Jean 8, 51-59)
