Partage d'évangile quotidien
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Signes de reconnaissance

Mer. 12 Avril 2023

Ces difficultés sont plutôt un indice d'authenticité de ces faits : on ne voit pas pourquoi des romanciers les auraient inventées, à moins de succomber à cette mode florissante du complotisme.


Un point commun à plusieurs apparitions de Jésus ressuscité est le fait qu'il n'est pas immédiatement reconnu. On peut attribuer cela au fait qu'une telle expérience était impensable. Mettons-nous à leur place : nous venons de perdre un être cher, et celui-ci se retrouve là, à côté ou en face de nous, il y a fort à parier que notre conscience n'acceptera pas immédiatement ce fait, qu'elle l'occultera, au moins dans un premier temps. C'est là une des explications possibles.

Une seconde explication, non exclusive de la première, est que Jésus ressuscité ne ressemble effectivement pas exactement à Jésus d'avant sa mort, n'a pas exactement la même apparence. En effet, l'état de base, "naturel", du ressuscité semble bien être immatériel : il ne se matérialise que pour témoigner de ce qu'il est bien revenu à la vie, et rien n'oblige à penser qu'il doive nécessairement se matérialiser avec toutes les caractéristiques physiques qu'il avait avant sa mort. En quelque sorte, au contraire : lorsqu'il se matérialise, il doit faire un effort pour ressembler au souvenir des disciples, y compris d'ailleurs pour faire "apparaître" les trous des clous, du coup de lance au côté, etc.

Quelles qu'en soient les raisons, ces difficultés qu'ont les disciples à reconnaître Jésus sont plutôt un indice d'authenticité de ces faits : on ne voit pas pourquoi des romanciers les auraient inventées, à moins encore une fois de succomber à cette mode florissante du complotisme. Si ces apparitions étaient une invention, l'intérêt de leurs auteurs n'était pas de prêter le flanc au doute : était-ce bien Jésus, ou n'était-ce pas plutôt quelqu'un qui lui ressemblait ?...

Marie Madeleine, hier, finit par ouvrir les yeux quand Jésus prononce son nom : on peut penser que c'est à l'intonation qu'il y mettait d'ordinaire qu'elle l'a reconnu ; il n'y a certainement pas deux personnes qui prononcent notre nom exactement de la même façon. Aujourd'hui, à Emmaüs, c'est lorsque Jésus s'attable avec eux, puis prend du pain, puis le bénit, puis le partage, et le leur remet, que les deux disciples le reconnaissent ;  en somme, on peut penser que c'est lorsqu'il réitère les gestes qu'il avait faits le jeudi soir (le jour de sa mort, selon la façon juive de compter les jours), lors de son repas d'adieu.

On peut penser que ce récit de Luc, ou pour le moins ce "signe" auquel les disciples reconnaissent Jésus, serait, plutôt qu'un témoignage historique, une parabole, construite par Luc, pour justifier la pratique des premières communautés chrétiennes de célébrer le mémorial de la Cène. Mais on peut penser aussi le contraire : ce fait que ces disciples aient reconnu Jésus à ce "signe" a contribué à initier cette pratique de célébrer ce mémorial. D'autant qu'il est vraisemblable, pour ne pas dire certain, que Jésus pratiquait régulièrement cette bénédiction et ce partage du pain, à chaque repas pris en commun, et non pas seulement lors du dernier repas, et que c'est donc à sa façon particulière et propre d'effectuer ces gestes habituels qu'ils l'ont reconnu... tout comme Marie Madeleine l'a reconnu à sa façon particulière et propre de l'appeler par son nom.

Et les uns, comme l'autre, n'ont alors évidemment qu'une hâte : aller raconter ce qui vient de leur arriver !


P.S. : en parlant d'apparitions, j'ai lu ces jours-ci le livre d'Éric-Emmanuel Schmitt paru il y a une semaine, "Le défi de Jérusalem". Je suis, non pas déçu — parce que je m'y attendais —, mais donc très réservé sur la signification réelle de la nouvelle expérience de type mystique qu'il y relate : autant j'adhère sans aucune réserve à l'authenticité de la présence de Dieu dans celle de "La nuit de feu", autant je suis persuadé que ce n'est pas le cas de celle du "Défi de Jérusalem". Mais pour autant, je ne mets pas du tout en doute la bonne foi de l'auteur...

 

 

Et voici, deux d'entre eux, ce même jour,
    faisaient route vers un village
    éloigné de soixante stades de Iérousalem,
    du nom d'Emmaüs.
Ils s'entretenaient entre eux
    de tout ce qui était arrivé.
Or tandis qu'ils s'entretenaient et discutaient,
    Jésus lui-même s'approche et fait route avec eux.
Mais leurs yeux étaient empêchés de le reconnaître.
    Il leur dit :
« Quelles sont ces paroles
    que vous vous lancez entre vous en marchant ? »

Ils s'arrêtent, l'air sombre.
    L'un, du nom de Cléopas, répond et lui dit :
« Tu es bien le seul pèlerin à Iérousalem
    qui ne sache pas ce qui est arrivé ces jours-ci ! »
Il leur dit : « Quoi ? »

    Ils lui disent :
« Ce qui concerne Jésus le Nazarène,
qui fut homme prophète,
puissant en œuvre et en parole
    devant Dieu et tout le peuple.
Comment nos grands prêtres et nos chefs l'ont livré
    pour une condamnation à mort
et l'ont mis en croix.
Et nous, nous espérions que c'était lui
    qui allait délivrer Israël...
Mais avec tout cela, voilà le troisième jour
    depuis que ces choses sont arrivées.
Mais pourtant certaines femmes parmi les nôtres
    nous ont stupéfiés :
elles sont allées à l'aube au sépulcre
    et n'ont pas trouvé son corps.
Elles sont venues dire
    qu'elles ont même vu une vision d'anges
qui le disent vivant !
Certains de ceux qui étaient avec nous
    sont allés au sépulcre :
ils ont bien trouvé comme les femmes avaient dit,
mais lui, ils n'ont pas vu ! »

    Il leur dit :
« Ô sans intelligence, cœurs lents à croire
    à tout ce qu'ont dit les prophètes !
N'est-ce pas cela que devait souffrir le messie
    pour entrer dans sa gloire ? »
Et commençant par Moïse et par tous les prophètes,
    il leur interprète dans tous les Écrits
ce qui le concernait.

Ils approchent du village vers lequel ils faisaient route
    et il fait comme s'il allait plus loin...
    Ils le contraignent presque en disant :
« Reste avec nous :
    le crépuscule approche et déjà le jour a décliné. »
Et il entre pour rester avec eux.
Or, quand il s'attable près d'eux,
    prenant le pain, il bénit ;
après avoir partagé, il leur remet.
Leurs yeux s'ouvrent : ils le reconnaissent.
Et lui ne leur devient plus perceptible.

    Ils se disent entre eux :
« Notre cœur n'était-il pas brûlant en nous
    quand il nous parlait sur le chemin
    et qu'il ouvrait pour nous les Écrits ? »
Ils se lèvent à l'heure même,
    et reviennent à Iérousalem.
Ils trouvent groupés les Onze et ceux d'avec eux
    qui disent :
« En réalité, le Seigneur s'est réveillé :
    il a été vu par Simon ! »
Eux aussi racontent
    ce qui est arrivé sur le chemin
et comment ils l'ont connu
    au partage du pain.

(Luc 24, 13-35)