Il est interdit d'interdire
Quel est le rôle du regard dans le désir ? comment notre regard intervient-il dans nos attirances, et particulièrement dans nos convoitises ?
Quel est le rôle du regard dans le désir ? On ne mettra pas en doute le fait que, si on est aveugle, cela ne signifie pas qu'on ne puisse pas avoir des désirs. Mais si on n'est pas aveugle, comment notre regard intervient-il dans nos attirances, et particulièrement dans nos convoitises ?
Il est certain que, pour que notre désir puisse avoir un objet, cet objet doit être extérieur à nous, et par conséquent il faut que nous en ayons eu connaissance d'une manière ou d'une autre par l'un ou plusieurs de nos cinq sens. Concernant plus particulièrement l'attirance sexuelle, pour que nous ayons du désir pour une personne, il faut que nous ayons perçu quelque chose d'elle. Une telle perception peut fort bien avoir eu pour origine un simple ouï-dire : quelqu'un nous a parlé de cette personne, en nous donnant une description plus ou moins physique et plus ou moins psychologique, et cette description a pu nous donner envie de la connaître. À ce stade, ce n'est cependant encore qu'un désir relativement vague, et certainement pas encore de la convoitise.
On peut s'appuyer ici sur le récit de la tentation d'Ève dans le jardin d'Éden. Le texte nous dit exactement cela (Genèse 3, 6) : dans un premier temps, après que le serpent lui ait parlé de ce fruit censé donner la connaissance du bien et du mal, Ève d'abord se dit que ce fruit doit être intéressant à manger. Nous sommes bien là à ce premier stade, celui du ouï-dire. Et puis, dans un second temps, elle regarde le fruit et le désire, et, troisième temps, puisqu'elle le désire, elle veut le posséder, elle veut se l'assimiler, elle veut ingérer cette connaissance du bien et du mal. Le récit est très net, ce qui fait succomber Ève à la tentation, c'est d'avoir regardé le fruit. Il y avait bien sûr le désir qui avait été éveillé d'abord par la description donnée par le serpent, mais si Ève n'avait pas alors regardé le fruit, cela s'en serait arrêté là.
Il y a donc bien une manière de regarder qui n'est pas du tout innocente en fonction des arrières-pensées qui nous habitent. Et c'est ce dont il est question ici : qui regarde "pour" désirer. Ce "pour" n'est pas une erreur. Bien sûr, si on regarde "pour désirer", c'est parce qu'on a déjà ce désir en soi. Mais c'est bien ce contre quoi Jésus nous met en garde. Non pas contre le fait qu'on puisse avoir des désirs : cela est impossible. Mais contre ce qu'on fait sachant qu'on a de tels désirs. On n'est pas obligé de céder à ce désir dans notre façon de regarder. Et même, il le faut, ou du moins c'est ce à quoi Jésus nous appelle : comme Ève, notre regard peut être déjà une façon de "commettre l'adultère" dans notre cœur.
Une petite précision, si nécessaire : on ne parle normalement d'adultère que si l'autre personne est déjà en couple. Si elle ne l'est pas, cela ne signifie pas pour autant qu'il soit souhaitable de la considérer comme une marchandise qu'on pourrait acquérir, cela va de soi sans le dire, et encore mieux en le disant... mais on voit bien, surtout, à nouveau à quel point la façon dont Jésus remet en cause la Torah n'est pas du tout du laxisme. Jésus n'est pas venu nous libérer d'un soit-disant carcan qui aurait entravé notre liberté, pour nous permettre de nous abandonner à nos envies sans aucune contrainte. C'est donc plutôt l'inverse, il explicite les fondements des préceptes de la Torah, pour que nous ne les prenions plus pour des injonctions arbitraires, mais en comprenions, de l'intérieur, toute l'impérieuse nécessité, et que nous puissions jouir de la libération qui en résulte alors pour nous.
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Vous avez entendu qu'il a été dit :
"Tu ne commettras pas d'adultère."
Eh bien, moi je vous dis :
Tout homme qui regarde une femme pour la désirer,
a déjà commis l'adultère avec elle dans son cœur !
Si donc ton œil, le droit, te fait trébucher,
arrache-le, et jette-le loin de toi !
car il vaut mieux pour toi
que périsse un de tes membres,
et que ton corps entier
ne soit jeté dans la géhenne.
Et si ta main droite te fait trébucher,
coupe-la, et jette-la loin de toi !
car il vaut mieux pour toi
que périsse un de tes membres,
et que ton corps entier
ne s'en aille dans la géhenne.
Et il a été dit :
“Qui renvoie sa femme,
qu'il lui donne un acte de répudiation.”
Eh bien, moi je vous dis :
Tout homme qui renvoie sa femme,
sauf en cas de prostitution,
la fait devenir adultère,
et qui se marie avec une femme renvoyée,
est adultère !
(Matthieu 5, 27-32)
