Dieu a-t-il un sexe ?
Dieu a-t-il un sexe ? Je ne me pose évidemment pas la question de l'organe physiologique, mais déjà du genre. Pourquoi concevons-nous Dieu comme plutôt masculin ? Il y a bien sûr le fait que, en français, il y a très peu de mots qui soient neutres, essentiellement des pronoms. On pourrait ainsi désigner Dieu par "ça" ou "on". Mais la raison de cet état de fait est bien antérieure, et autre, que les caractéristiques et limitations de notre langue.
Il semble que, aussi loin qu'on puisse remonter dans la préhistoire humaine, la notion de divinité ou de déité se soit toujours incarnée dans la femme, et ce jusqu'à l'invention de l'élevage. La raison en est qu'on n'avait aucune idée de comment les enfants étaient conçus : on s'accouplait selon l'instinct (ou si on préfère : selon les hormones), mais on ne savait pas qu'il y avait un rapport avec le fait que, par ailleurs, les femmes engendrent de nouveaux êtres humains. Les femmes étaient donc centrales, essentielles, sans elles le clan était voué à disparaître. D'où toutes ces statuettes de femmes grosses des seins comme du ventre, de femmes mères.
Avec l'élevage, l'éleveur découvre vite que s'il n'y a pas au moins un mâle dans le troupeau, les femelles restent stériles. La conclusion alors en est simple : en fait, c'est le mâle qui dépose dans la femelle un mini-être-humain (en termes modernes : un embryon), et celle-ci ne joue que le rôle de milieu protecteur dans lequel l'embryon pourra se développer jusqu'à devenir viable. Et on bascule alors progressivement dans l'attitude inverse, la divinité devient masculine, les panthéons sont dominés par des dieux mâles, et les cultes de déesses, héritages du culte de LA mère-déesse, régressent jusque vers l'époque de Jésus. Ce n'est que très très très récemment, à l'échelle de l'histoire, que nous savons clairement ce qu'est la fécondation sexuelle, l'union de deux gamètes !
Dans les textes de l'Alliance première, Dieu est donc, logiquement, principalement décrit avec des attributs masculins : il est père du peuple hébreu, même si, à propos de son amour miséricordieux, il est aussi parfois question de ses entrailles, autrement dit de sa matrice : "il" est alors "celui" qui matricie son peuple... En conservant ce mot de "père" pour parler de la divinité, nous maintenons ainsi une distance plus importante avec elle, que si nous l'appelions "mère". On pourrait dire que nous privilégions sa transcendance sur son immanence, que nous le situons plutôt loin de nous, "dans les cieux", que présent en nous et parmi nous, "sur terre aussi".
Un père a généralement pour ses enfants un genre d'amour différent de celui d'une mère. Du fait qu'elle l'a porté en elle, qu'il a été comme une partie d'elle-même, une mère a tendance à être plus tendre avec son enfant, mais aussi plus possessive. Le père alors, pourvu évidemment qu'il se sente concerné par sa progéniture, pourra être celui qui incite plus l'enfant à acquérir son autonomie, à se construire et s'assumer par lui-même. En ceci l'image de Dieu comme père peut être motivante : Dieu, non pas comme celui qui nous infantilise, mais au contraire comme celui qui attend de nous que nous devenions des vis-à-vis pour lui, à la limite : des alter egos (pour ne pas dire : des alter égaux).
/image%2F0553225%2F20230622%2Fob_14bea5_20230622.jpg)
Quand vous priez,
ne rabâchez pas comme les païens :
ils croient qu'ils seront entendus en multipliant les mots.
Ne leur ressemblez donc pas,
car votre père sait de quoi vous avez besoin
avant que vous le lui demandiez.
Vous donc, priez ainsi :
Notre père dans les cieux,
sanctifié soit ton nom,
vienne ton règne,
ta volonté soit faite,
comme au ciel, sur terre aussi !
Notre pain du lendemain
donne-nous aujourd'hui,
et remets-nous nos dettes
comme nous aussi avons remis à nos débiteurs,
et ne nous fais pas entrer dans l'épreuve,
mais délivre-nous du Mauvais.
Car si vous remettez aux hommes leurs fautes,
il vous remettra à vous aussi, votre père du ciel,
mais si vous ne remettez pas aux hommes,
votre père non plus ne remettra pas vos fautes.
(Matthieu 6, 7-15)
