Partage d'évangile quotidien
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Ce n'est plus moi qui vis

Lun. 17 Juillet 2023

Que nous ne soyons pas qu'une machinerie corporelle, que nous ayons aussi une personnalité qui, tout en dépendant en partie de ce corps, ne s'y réduit pourtant pas, est une première chose.


Je ne crois pas que personne ne soit capable de se considérer soi-même comme n'étant qu'une machine. Une formule comme "la pensée est produite par le cerveau" n'est qu'une pétition de principe. Quand Benjamin Libet pense avoir démontré que ce que nous croyons être notre libre-arbitre n'est qu'une illusion, qu'en réalité notre cerveau a déjà pris nos décisions à notre place avant que nous ayons le sentiment (donc erroné) de les prendre par nous-mêmes, il est en fait catastrophé : il croit au libre-arbitre, mais il ne voit pas par où son expérience pécherait. Il dit alors que, bien que notre cerveau ait pris telle décision avant que nous en ayons conscience, nous pouvons encore refuser d'exécuter la décision prise à notre insu. Sauf que, ce refus qui est aussi une prise de décision, aura donc été prise elle aussi par notre cerveau avant que nous ayons l'impression de l'avoir prise consciemment...

Benjamin Libet se mord donc la queue... Mais son expérience est prise comme une aubaine par de nombreux neuroscientifiques qui sont précisément dans cette optique-là, prouver que tout ce que nous considérons comme être notre vie intérieure n'est que le produit de cette machinerie complexe qu'est notre corps, et surtout par conséquent qu'il n'existe rien en-dehors de lui, en-dehors de la matière, surtout pas ces histoires d'âme ou d'esprit qui ne seraient que de la superstition dont il convient de se débarrasser à n'importe quel prix. Joli programme, donc, dont on ne sait pas trop à quelles motivations réelles il obéit, mais dont il est évident que ceux qui le prônent n'y adhèrent pas, ne s'y conforment pas, vraiment dans la réalité de leur vie privée. Personne n'est capable de se considérer réellement soi-même comme n'étant qu'une machine.

Voilà pour ceux qui, de nos jours, aimeraient tuer l'âme, et qui, bien sûr, du coup tueraient en même temps le corps, le vrai corps, celui qui est vivant et animé, le siège de nos émotions, sentiments, pensées, et jusqu'à notre libre-arbitre. Mais qui en est le siège, et non pas le producteur. Ce n'est pas le corps qui est la source de l'âme, mais l'inverse, c'est l'âme qui façonne le corps.

Mais alors qu'on vient juste de nous mettre en garde contre ceux qui peuvent faire périr notre âme, voici que maintenant on nous dit qu'il FAUT la perdre. Les mots sont bien les mêmes en grec ; mais dans le premier cas il s'agit de faire périr l'âme "dans la Géhenne", alors que maintenant il s'agit de la perdre "à cause de Jésus", étant entendu que dans ce "à cause de Jésus" il faut comprendre "pour Dieu". A priori, cela ne semble peut-être pas guère plus compréhensible, si on oublie l'anthropologie biblique, pour laquelle nous ne sommes pas seulement corps et âme, mais encore esprit. Que nous ne soyons pas qu'une machinerie corporelle, que nous ayons aussi une personnalité qui, tout en dépendant en partie de ce corps, ne s'y réduit pourtant pas, est une première chose. Une seconde chose est que, à son tour, cette personnalité ne se réduit pas non plus à elle-même : si le corps n'en est pas la source, ce n'est pas non plus elle-même qui est sa propre source ; tel est ce que l'anthropologie biblique appelle l'esprit.

Cette expérience à laquelle nous pouvons arriver, que nous pouvons faire, plus ou moins profondément, plus ou moins inconsciemment ou consciemment, est celle que l'évangile de Jean appelle la seconde naissance, celle aussi qui est appelée ici "perdre son âme pour Jésus", celle dont parle Paul quand il dit "ce n'est plus moi qui vis, c'est Christ qui vit en moi" (Galates 2, 20), et c'est encore celle dont témoigne Jésus quand il parle de Dieu comme étant son Père. Cette expérience est celle de Dieu comme étant la source de notre être, l'être de notre être, plus intime à nous-même que nous-même.

 

 

« Ne pensez pas que je sois venu jeter la paix sur la terre,
    je ne suis pas venu jeter la paix mais l'épée,
car je suis venu disjoindre
    l'homme contre son père
    et la fille contre sa mère
    et l'épouse contre sa belle-mère :
ennemis de l'homme, ceux de sa maison !
Qui aime père ou mère
    au-dessus de moi
n'est pas digne de moi,
et qui aime fils ou fille
    au-dessus de moi
n'est pas digne de moi !
    
Et qui ne prend pas sa croix
    pour suivre pas derrière moi
n'est pas digne de moi :
qui a trouvé son âme
    la perdra,
et qui a perdu son âme
    à cause de moi
la trouvera !
    
Qui vous accueille
    m'accueille,
et qui m'accueille
    accueille qui m'a envoyé ;
qui accueille un prophète
    en tant que prophète
recevra un salaire de prophète,
et qui accueille un juste
    en tant que juste
recevra un salaire de juste,
et qui abreuvera un seul de ces petits
d'une coupe d'eau fraîche
    juste en tant que disciple,
    amen, je vous dis :
il ne perdra pas son salaire. »
    
 
Et quand Jésus eut achevé de donner ses prescriptions
    à ses douze disciples,
il partit de là
    pour enseigner et prêcher dans leurs villes.

(Matthieu 10, 34 - 11, 1)