C'est l'amour que je désire
Effectivement, qui s'étonnerait qu'un médecin passe la plus grande partie de son temps avec des malades et non avec des gens en bonne santé ? Le questionnement des pharisiens révèle une profonde divergence de vues entre eux et Jésus sur le rôle qu'ils attendaient du Messie. Pour eux, le Messie devait venir faire le tri, départager, entre ceux qui étaient dignes d'entrer dans le Royaume et ceux qui ne l'étaient pas. Cela devait être déjà comme le jugement dernier. Telle était d'ailleurs aussi la prédication de Jean le Baptiste : lui-même avertissait, donnait une dernière chance pour le repentir, mais après lui, ce serait trop tard, le Messie se contenterait de séparer bon grain et ivraie...
C'en est à se demander si Jésus était bien le Messie ! visiblement, ce n'était pas ainsi qu'il l'entendait. Tout se passe plutôt comme s'il jouait à son tour le rôle de l'avertisseur, de celui qui appelle aussi à changer sa conduite, comme l'ont d'ailleurs fait tous les prophètes avant lui depuis les origines de l'histoire du peuple hébreu. C'est sans doute là la raison pour laquelle le christianisme a ressenti le besoin de s'imaginer qu'il y aura, à une supposée fin des temps, un retour de Jésus qui viendra à ce moment-là, enfin, juger. On a du mal à s'en passer, de cette idée-là, qu'il faut qu'à un moment ou à un autre nous soyons récompensés de nos efforts de bonne conduite.
Parce que, bien sûr, nous nous classons forcément du côté des méritants, du côté de ceux qui se comportent comme il le faut. Dans le judaïsme ancien, et jusqu'à l'époque de Jésus, bien se comporter signifiait, notamment, d'offrir un certain nombre de sacrifices au Temple, offrandes dument détaillées dans la Torah selon les circonstances qui les commandaient. Mais, à côté et contre ces prescriptions figurant noir sur blanc dans les Écritures, toute une tradition prophétique s'élève aussi pour fustiger ces pratiques, comme en témoigne, parmi de nombreux autres exemples, cette citation d'Osée, qu'il faut cependant regarder d'un peu plus près.
Telle qu'elle est citée ici, dans l'évangile, elle dit que Dieu attend de nous avant tout que nous fassions preuve de compassion pour les hommes. Ce n'est cependant pas exactement ce dont parle le texte original d'Osée, qui dit que, ce que Dieu attend de nous, c'est que nous l'aimions (lui), plutôt que de lui offrir des sacrifices.
Ce léger hiatus entre le sens originel de la citation et le sens que l'évangéliste (ou Jésus ?) a voulu lui donner est un peu surprenant. Les citations n'auraient pourtant pas manquées, toujours dans les remontrances des prophètes, pour appuyer cette compassion à avoir envers les hommes plutôt que de se soucier d'être en règle avec ces histoires de mesures de froment ou d'huile, ou de couples de tourterelles, à offrir au Temple ! Peut-être alors faut-il le comprendre, non pas comme un appel aux pharisiens à faire preuve de compassion envers ces publicains, mais plutôt comme le programme de Jésus pour ces derniers comme pour les premiers : ne pas s'embarrasser de ces observances qui, dans le fond, nous resteront toujours extérieures ?
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De là, Jésus passa...
Il vit un homme assis à la taxation,
appelé Matthieu,
et il lui dit : « Suis-moi ! »,
et il se leva et le suivit.
Or, quand il fut allongé dans sa maison (pour manger),
voici que de nombreux taxateurs et pécheurs venaient
s'allonger avec Jésus et ses disciples,
ce que voyant, les pharisiens disaient à ses disciples :
« Pourquoi votre maître mange-t-il
avec les taxateurs et pécheurs ? »
Il entendit et dit :
« N'ont pas besoin de médecin ceux qui vont bien,
mais ceux qui vont mal ;
allez donc apprendre ce qu'est :
"C'est la compassion que j'espère,
et non le sacrifice !",
car je ne suis pas venu appeler des justes,
mais des pécheurs.
(Matthieu 9, 9-13)
