Partage d'évangile quotidien
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Et un, et deux, et trois

Ven. 11 Août 2023

Sauver son "âme", perdu son "âme", perd son "âme", en échange de son "âme" : d'autres traductions mettront ici "vie" à la place de "âme", parlant donc de sauver ou perdre sa "vie". Le mot dans le texte grec est "psuche", d'où nous est venu en français le mot "psychisme" ou "psychique", et on aurait alors tendance à dire que ce sont ceux qui traduisent par "âme" qui ont raison. Et en un sens, oui, c'est vrai, ou plutôt ce serait vrai si on ne tenait pas compte de l'anthropologie biblique, qui n'est pas la même que l'anthropologie grecque qui imprègne notre culture sans même que nous le sachions.

Pour l'anthropologie grecque, en effet, nous serions composés d'un corps et d'une âme, le corps étant ce qui est matériel en nous, et l'âme ce qui ressort plus de l'immatériel. On pourra noter que c'est ce qu'affirme aussi le catéchisme actuel de l'église catholique romaine, ce qui n'est pas sans poser des questions sur ce qu'elle est devenue, mais c'est une autre histoire. Pour l'anthropologie biblique, de son côté, nous ne sommes pas seulement corps et âme, mais encore esprit, et c'est ce qui fait toute notre différence avec les animaux : les animaux aussi sont corps et âme, ils ont une forme de psychisme, plus ou moins évoluée selon les cas, mais ils ne sont pas conscients.

La conscience, notre conscience humaine qui est typiquement réflexive, conscience de soi, fait pourtant partie de notre psychisme, mais elle n'en est pas un produit : c'est l'esprit qui rend notre âme capable de cette conscience réflexive, exactement de la même façon que notre vie, comme toute vie, n'est pas un produit de la matière qui compose notre corps, mais c'est l'âme qui donne la vie à cette matière en lui donnant cette forme qu'est notre corps. Telle est en tout cas l'anthropologie biblique.

Perdre son âme ou perdre sa vie revient donc au même, il s'agit de sortir de cette habitude que nous avons de nous identifier à notre seul psychisme, à notre seule personnalité (voire à notre seul corps ?), comme si elle était le tout de ce que nous sommes, comme si elle était sa propre origine. Si encore nous n'étions que des animaux, on pourrait comprendre que nous tenions à ce point à notre petite personne ! et pourtant, eux, ne semblent pas en faire toute une histoire comme nous : pour eux, visiblement, quand il s'agit qu'ils meurent, cela ne leur suscite pas des angoisses ni même des peurs comme pour la plupart d'entre nous !

Personnellement, mourir ne me fait faire aucun souci (je ne parle évidemment pas d'avoir à souffrir avant de mourir...), et qu'il ne reste rien de moi, de ma petite personne, après, non plus. L'essentiel, c'est que l'esprit, lui, c'est une évidence, ne peut pas mourir, puisqu'il est celui qui est qui était et qui vient, celui qui est en tout ce qui est. Lui, sait.

 

 

    Alors Jésus dit à ses disciples :

« Si quelqu'un veut venir derrière moi,
qu'il se renie lui-même,
    porte sa croix
    et me suive !
En effet, qui voudrait sauver son âme
    la perdra,
mais qui aura perdu son âme
    à cause de moi
    la trouvera.
En effet, à quoi servirait à un homme
de gagner le monde entier
    s'il perd son âme ?
Ou que donnera un homme
    en échange de son âme ?
    
Car le fils de l'homme va venir
dans la gloire de son père
    avec ses anges,
et alors il rendra à chacun selon ses actes.
    
Amen, je vous dis,
qu'il y en a certains de ceux qui se tiennent ici
    qui ne goûteront pas la mort
avant d'avoir vu le fils de l'homme
    venir dans son royaume. »

(Matthieu 16, 24-28)