Rien ne va plus
Il "obligea" les disciples : on ne comprend pas pourquoi il a fallu que Jésus les "oblige" à partir sans lui si on ne tient pas compte de ce que dit l'évangile de Jean (6, 15) au même moment, après la multiplication des pains : les gens allaient venir et l'enlever pour le faire roi. Cette foule qui vient d'être rassasiée est enthousiaste, cet homme ne peut qu'être le Messie, ils sont prêts à le porter en triomphe à Jérusalem, et les disciples ne sont évidemment pas en reste, bien au contraire.
Jésus est donc obligé d'obliger, en premier les disciples, et ensuite les foules, à repartir ailleurs voir s'il y est, et ensuite, comme souvent, il ne lui reste plus qu'à prier, prendre le temps qu'il faudra pour qu'il sache ce qu'il va pouvoir faire maintenant, à quoi l'appelle désormais sa mission, sa vocation ? Pendant ce temps, il n'est pas surprenant que les disciples galèrent dans leur barque, secoués par les vagues, en butte au vent, c'est leur incompréhension de ce qui vient de se passer qui s'extériorise dans cette adversité des éléments : c'était l'occasion rêvée que Jésus se fasse enfin reconnaître par les autorités de Jérusalem, qu'il fasse son coming out !
Dans l'évangile de Jean, la conclusion de la multiplication des pains se passe un peu différemment : Jésus ne fait partir personne, il s'enfuit ou s'esquive, il part prier dans la montagne, seul, et les disciples, la nuit tombée, se résolvent à repartir en barque, sans lui.
Cette version de Jean est peut-être un peu moins vraisemblable que celle de Matthieu (laquelle est confirmée par Marc, Luc de son côté n'en disant rien), du fait qu'on comprend mal que Jésus ait pu s'en aller ainsi en catimini alors qu'il était le centre de l'attention de tous ; mais peu importe dans le fond, que les disciples aient dû essuyer une sorte de rebuffade de la part de Jésus quand il les a forcés à partir sans lui, ou qu'ils aient d'eux-même laissé tomber la partie, de guerre lasse, parce qu'il avait disparu et qu'ils ne savaient pas comment le retrouver, dans les deux cas ils se sentaient perdus, abandonnés en rase campagne, en danger, sans avenir.
Une conclusion indirecte, quand même, de tout cela, est qu'on est amenés à envisager qu'il se soit réellement produit quelque chose, un évènement qui sortait de l'ordinaire, lors de cette multiplication des pains, pour qu'une foule ait été prête à faire la révolution... mais quoi ?
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Aussitôt il obligea les disciples
à monter dans la barque,
et à le précéder de l'autre côté
pendant qu'il renvoyait les foules,
il renvoya les foules,
et il monta sur la montagne, à part, prier ;
et le soir vint
et il était seul, là.
La barque était alors déjà à plusieurs stades de la rive,
et tourmentée par les vagues,
car le vent était contraire,
aussi, à la quatrième veille de la nuit,
vint-il vers eux, en marchant sur la mer ;
les disciples, le voyant marcher sur la mer,
se troublèrent, disant :
« C'est un fantôme ! »
et de crainte ils crièrent.
Aussitôt Jésus leur parla, disant :
« Confiance, c'est moi,
ne craignez pas ! »
Pierre lui répondit et dit :
« Seigneur, si c'est toi,
ordonne-moi de venir vers toi sur les eaux. »
il dit : « Viens ! »
et Pierre descendit de la barque,
il marcha sur les eaux,
et vint vers Jésus.
Mais quand il remarqua la force du vent, il craignit,
il commença à couler, et il cria en disant :
« Seigneur, sauve-moi ! »
et aussitôt Jésus tendit la main, le saisit,
et lui dit :
« Mini-croyant ! Pourquoi as-tu douté ? »
et ils montèrent dans la barque et le vent tomba.
Ceux de la barque se prosternèrent devant lui
en disant : « Vraiment, tu es un fils de Dieu ! »
Ils finirent la traversée et arrivèrent au pays
de Gennésareth ;
les hommes de ce lieu le reconnurent,
ils avertirent tout le pays d'alentour,
et ils lui présentèrent tous ceux qui allaient mal,
ils le suppliaient
qu'ils puissent seulement toucher la tresse de son vêtement,
et tous ceux qui touchèrent furent guéris.
(Matthieu 14, 22-36)
